La Nouvelle Tribune : Les résultats de l’OPV de Maroc Telecom sont époustouflants. Le taux de sur-souscription est de 21 fois, le taux de satisfaction des petits porteurs de 18% quant aux institutionnels, ils ne seront satisfaits qu’à hauteur de 7% seulement.
Vous attendiez vous à un tel succès ?
M. Abdeslam Ahizoune:
L’introduction en Bourse de Maroc Telecom est effectivement un grand succès. L’engouement pour le titre Maroc Telecom a dépassé les prévisions les plus optimistes et nous ne pouvons que nous en féliciter.
Au-delà des pourcentages que vous citez, j’aimerais rappeler quelques chiffres qui sont sans doute encore plus éloquents. L’offre a convaincu 11 910 salariés de l’entreprise (98 %), 119 175 particuliers, 188 investisseurs institutionnels marocains et 397 internationaux.
Lors du road show que nous avons réalisé en Europe, au Moyen-Orient et aux Etats-Unis, nous avons été agréablement surpris par l’accueil chaleureux des investisseurs institutionnels et par l’attention qu’ils ont portée à la présentation de notre société.
Au Maroc, la presse a, d’une manière générale, offert au public une information claire et objective sur les résultats de nos activités et sur les modalités particulières de l’opération. Je pense que les Marocains ont entendu le message et ont eu envie de participer à l’élan de croissance d’une entreprise qu’ils connaissent.
Mais l’adhésion du public marocain aux perspectives de Maroc Telecom est aussi une réelle récompense du travail des salariés qui ont fait le Maroc Telecom d’aujourd’hui.
Derrière la reconnaissance des performances de l’entreprise lors de cette OPV, il y a aussi le succès de la politique du Gouvernement en matière de libéralisation des télécommunications au Maroc. La mise en Bourse de Maroc Telecom décidée par l’Etat a aussi contribué à mieux faire connaître à l’étranger l’environnement économique et financier du pays ainsi que ses opportunités d’investissements.
Ce grand succès est bien à partager avec tous les acteurs de cette opération et ses retombées ne se limiteront pas à ce seul événement boursier et à la seule entreprise Maroc Telecom.
Pourquoi l'option "Green shoe" a-t-elle été abandonnée et avez-vous fini par vendre la partie des actions réservées (17 millions de titres) au consortium des banques d'affaires pour faire la sur-allocation au lendemain des premières cotations à Paris et Casablanca afin de réguler le cours du titre?
C’est l’Etat Marocain qui a vendu ses actions à travers cette OPV et c’est l’Etat Marocain qui a consenti l'option " Green shoe " portant sur 17 millions de titres supplémentaires. Cette option a été effectivement exercée le 13 décembre dernier.
Au sujet de la régulation des cours, avez-vous décidé d'une politique dans ce sens pour éviter les dysfonctionnements du marché ?
La régulation de cours du marché relève en premier lieu du marché lui-même et de la compétence de la Bourse de Casablanca. Cet organisme a, le premier jour de cotation (lundi 13 décembre), décidé une "réserve à la hausse" devant l’afflux massif des demandes de titres, ce qui a eu pour effet de suspendre le cours.
La cotation a été reprise le mercredi 15 décembre avec un cours d’ouverture de 81, 22 dirhams.
Par ailleurs, la Loi marocaine (et la Loi française) autorise la régulation de cours qui s’effectue à travers un programme de rachat. Ce programme doit être autorisé par une Assemblée générale et doit faire l’objet d’une note d’opération préalable visée par les autorités boursières. Aujourd’hui Maroc Telecom ne dispose pas d’une telle autorisation.
Quelle politique d'information financière comptez-vous appliquer sachant que Vivendi Universal est soumis en France à des règles de publications financières plus serrées et notamment celle de publication tous les trois mois? Serez-vous astreint, pour l'équité de l'information sur les deux marchés, d'en faire autant au Maroc où le rythme imposé en la matière est de 6 mois ?
Comme vous le soulignez, Maroc Telecom est cotée simultanément sur les places de Casablanca et de Paris. Nous nous sommes engagés vis-à-vis des autorités boursières françaises à respecter leurs règles de publication. De facto, nous publierons, au Maroc et en France, des informations sur l’activité de Maroc Telecom tous les trimestres.
De plus, Maroc Telecom fait partie du groupe Vivendi Universal qui suit ce même calendrier. Maroc Telecom se conformera aux règles du groupe.
Par ailleurs, nous avons l’obligation de publier toute information sur l’un et l’autre marchés afin de ne pas créer de discrimination.
Ainsi, la périodicité des publications sera trimestrielle pour le Chiffre d’Affaires et semestrielle pour les Comptes.
A cette diffusion d’information s’ajoutera une première Assemblée générale d’actionnaires au cours du premier semestre 2005.
Enfin, nous avons mis en place, dès l’ouverture de la souscription, un service d’information dédié aux actionnaires, service qui restera à l’écoute des questions du public.
Quelle politique boursière comptez-vous pratiquer sachant que vous avez accordé la part belle aux petits porteurs qui attendront un bon dividende pour garder l’action à moyen terme ?
Au-delà de la mesure prise par le Gouvernement, mesure que je salue, l’intérêt de Maroc Telecom est d’avoir un actionnariat stable. Cette durabilité passe effectivement, entre autres, par le versement de dividendes.
Dans la perspective de l’OPV, nous avons modifié nos statuts qui prévoient dorénavant que le montant des dividendes sera au moins égal à la moitié du bénéfice distribuable. Pour les dividendes 2005 sur l’exercice 2004, c’est l’Assemblée générale d’actionnaires qui en fixera le montant.
Pour information en 2004, Maroc Telecom a versé au titre de l’exercice 2003, 2,7 milliards de dirhams à l’Etat Marocain et Vivendi Universal, auxquels se sont ajoutés 2,3 milliards de dirhams de dividendes exceptionnels.
Vous dirigez Maroc Telecom, une filiale de Vivendi Universal dont vous venez d’être nommé membre du Directoire. Faut-il comprendre que vous représentez l’actionnaire majoritaire quel qu’il soit, hier l’Etat Marocain, aujourd’hui Vivendi Universal ?
Je voudrais tout d’abord préciser que, depuis février 2001, le Directoire de Maroc Telecom est constitué de 5 sièges dont 3 représentants (y compris le Président) sont proposés par Vivendi Universal et 2 représentants par le Royaume Marocain.
Pour être complet, j’ajouterai que Vivendi Universal détient depuis 2001, le contrôle opérationnel de Maroc Telecom. En tant que Président du Directoire, mon rôle est avant tout de diriger l’entreprise en fonction des orientations stratégiques arrêtés en Conseil de Surveillance et des décisions prises collégialement en Directoire. Hier comme aujourd’hui, je suis au service de Maroc Telecom et, partant, de tous ses actionnaires.
En ce qui concerne ma nomination au Directoire de Vivendi Universal, je préciserai qu’il ne s’agit pas d’une nomination, mais d’une proposition de nomination qui devrait être entérinée lors de la prochaine Assemblée générale de Vivendi Universal.
A quelles nouvelles responsabilités cette nomination vous obligera t-elle ? Vivendi Universal compte t-il mener une réorganisation au niveau de Maroc Telecom et resterez-vous Président de son Directoire ?
Cette nomination sera une nouvelle opportunité pour Maroc Telecom de renforcer les liens existants avec notre Maison Mère, d’accroître la notoriété de Maroc Telecom au niveau international, de mieux connaître les métiers du groupe Vivendi Universal et de développer des synergies nouvelles.
Je devrais siéger au Directoire de Vivendi Universal aux côtés d’autres dirigeants opérationnels de filiales (Groupe SFR Cegetel, Groupe Canal +, Universal Music, Vivendi Universal Games). Mon rôle sera de participer à la gestion de Vivendi Universal et de contribuer à assurer la mise en œuvre de sa stratégie sous la présidence de Jean-Bernard Lévy.
Une nouvelle organisation au niveau de Maroc Telecom n’est pas à l’ordre du jour.
Quels sentiments vous inspire, en tant que Marocain, cette magnifique réussite qu’a été l’introduction en Bourse de Maroc Telecom ? Comment appréciez-vous le chemin parcouru par l’entreprise depuis les 5 dernières années?
Le chemin parcouru depuis la création de Maroc Telecom en février 1998 est un beau parcours d’entreprise. Tous les salariés, à tous les niveaux, ont contribué avec succès à cette évolution rapide dont une nouvelle étape s’achève avec l’introduction en Bourse. Maroc Telecom a fait la preuve de sa capacité d’adaptation, de sa maîtrise en matière de gestion, de sa faculté à conquérir de nouveaux marchés (mobile, Internet) et de sa dynamique offensive face à une concurrence toujours plus pressante.
Pour autant, l’OPV est un nouveau palier et il y a d’autres marches à monter. Maroc Telecom est une société de volonté et d’effort qui va poursuivre son développement commercial et l’implantation de services innovants dans le cadre d’une gestion financière rigoureuse.
Nous saurons démontrer à nos actionnaires que nous sommes avec notre énergie et notre savoir faire, une valeur de rendement et de croissance. Nous avons les atouts nécessaires : la notoriété de la marque, une infrastructure technique moderne et le soutien de notre maison mère, Vivendi Universal.
Entretien réalisé par
Fahd Yata