Une lecture sommaire des résultats de l’opération, avec une sur-souscription de l’offre de 21 fois, aurait donc pu faire regretter à l’Etat marocain de ne pas avoir fait confiance à la place financière de notre pays pour réunir les 9 milliards de dirhams attendus de le cession des 15% du capital de l’opérateur national.
Mais, une analyse plus fine des éléments de l’opération, révèle que c’est l’engouement des investisseurs étrangers qui a fait jouer l’effet de levier les deux derniers jours de la période de souscription de l’OPO, lorsque la plus grosse part des souscriptions, tant des institutionnels que des particuliers, a été réalisée. En effet, c’est le "closing" rapide de la tranche internationale, qui a boosté a demande nationale et a permis d’atteindre un taux de sursouscription supérieur à 21 fois.
La confiance manifestée par les étrangers a renforcé celle des investisseurs institutionnels et particuliers marocains. Les sociétés de bourse affirment même que sans le rush des investisseurs étrangers, (pour reprendre une expression de La Nouvelle Tribune), la sur-souscription au Maroc serait restée dans la norme habituelle de 3 à 4 fois plus.
Plus de deux milliards d’actions MT demandées
Ainsi, la demande des investisseurs internationaux a dépassé les 156 milliards de dirhams, soit plus de 80% de la demande globale.
2 286 120 339 actions ont été demandées par ceux-ci, soit 32,90 fois plus que la part qui leur était allouée. C’est donc cette performance qui a effectivement permis d’atteindre le taux global moyen de sur-souscription de 21,5 fois. En effet, la tranche des institutionnels marocains a été sur-souscrite 13,12 fois, celle des particuliers 4,67 fois, tandis que les entreprises locales au chiffre d’affaires inférieurs à 10 millions de dirhams réalisaient une sur-souscription de 10,25 fois seulement. Globalement, au niveau de la Bourse de Casablanca, l’OPO a été souscrite 10,57 fois alors que sur Euronext, elle l’a été 47,06 fois.
D’ailleurs, cette dynamique induite par les investisseurs étrangers continue, puisque la cotation à Paris est une référence pour celle de Casablanca. Et si le taux de souscription global a été mis en avant lors de la publication des résultats, c’est plutôt la dimension internationale de la réussite de l’opération qu’il faut mettre en évidence pour souligner la place retrouvée par le Maroc sur la scène internationale à cette occasion.
Les institutionnels étrangers proviennent de 32 pays répartis sur tous les continents et ils ont réalisé 53 % de l’offre, laquelle a été le fait à hauteur de 48,3 %, de six pays seulement : la France avec 7,6 %, le Royaume-Uni 9,5 %, les Etats-Unis 7,3 %, le Koweït 10,1 %, l’Arabie Saoudite 3,1 % et les Emirats Arabes Unis 10,7%. Quand au taux de satisfaction des institutionnels étrangers, il s’est limité à 3,04 % seulement des 156 milliards de dirhams demandés.
Le succès de la tranche internationale est dû à plusieurs facteurs dont la qualité du papier Maroc Telecom, la valeur de son management et l’appréciation positive du Maroc portée par les investisseurs étrangers.
Le choix d’un consortium de banques d’affaires composé de BNP Paribas et Merill Lynch, lesquelles avaient déjà travaillé sur la cession d’une partie du capital de MT, accompagnées d’Attijari Finances Corps pour la partie marocaine, a également eu un effet positif sur l’ensemble de l’opération.
De plus, il faut avoir à l’esprit, pour une saine appréciation de la performance de Maroc Telecom, que la décomposition de l’offre s’exprimait en une offre publique pour la part marocaine et en placements privés et directs pour la part étrangère.
Le tour du monde en dix jours
La démarche adoptée par les membres du consortium à l’endroit des investisseurs institutionnels a donc été ciblée induisant un choix judicieux des investisseurs à partir des critères établis par le vendeur, comme celui de la stabilité du placement et le refus des fonds spéculatifs ou " hedge funds". Une liste d’investisseurs a été proposée par BNP Paribas, Merril Lynch et Attijariwafa bank au Ministère des Finances, sur la base de laquelle, le road show de MM. Oualalou et M. Ahizoune a été organisé.
C’est ainsi que le Président du Directoire de Maroc Telecom a, 10 jours durant, rencontré plus de 600 représentants d’investisseurs dans 16 villes différentes, en conférences plénières ou en rencontres privées " one to one ". En cette occasion, M. Ahizoune représentait à la fois l’Etat marocain, qui cédait par introduction en bourse 15 % du capital de Maroc Telecom, mais également le nouvel actionnaire majoritaire, Vivendi Universal, qui venait d’acquérir 16 % du capital de MT portant sa participation à 51 %.
Ces rencontres, de plus, ont été caractérisées par des questionnements nombreux des investisseurs internationaux, essentiellement axés sur les habitudes et les comportements de la clientèle marocaine, les fondamentaux de l’entreprise, son développement, sa stratégie, son management, plutôt que sur le Maroc ou l’environnement régional.
Un succès des plus probants donc pour Maroc Telecom et le consortium qui ne fera pas pour autant oublier que seuls 30 % de l’offre ont été cotés à Paris pour encourager les investisseurs étrangers à venir directement à la Bourse de Casablanca, sachant qu’ils ont la chance de pouvoir arbitrer entre Paris et la place casablancaise, ce que le contrôle des changes interdit aux Marocains.
In fine, on regrettera que les identités des institutionnels étrangers n’aient pas été communiquées en cette occasion, même s’il est clair que ceux-ci sont très largement composés de fonds d’investissements, de banques, de caisses de retraite et de compagnies d’assurances.
Afifa Dassouli