Structure organisationnelle insuffisante, sous-capitalisation, absence de structure de conseil et d’accompagnement, difficultés d’accès aux financements…, tels sont les facteurs en grande partie à l’origine des échecs des expériences lancées et visant à encourager la création d’entreprises par les jeunes à travers la formule “Crédit Jeune promoteur”. Pour contourner ces difficultés, le Réseau Maroc Entreprendre a adopté une nouvelle approche. Celle-ci se décline en quatre objectifs fondamentaux, selon M. Abbad Andaloussi, Président de la Fondation Attijariwafa bank et Secrétaire Général du réseau Maroc Entreprendre: “susciter des vocations d’entrepreneurs, favoriser l’éclosion des idées propres à générer des emplois, apporter un concours intellectuel et technique aux porteurs de projets sélectionnés, et enfin, consentir aux entrepreneurs créateurs, repreneurs, des prêts d’honneur sans intérêt et sans garantie, pour favoriser le lancement ou éventuellement la mutation d’entreprises”.
Parmi les profils cibles du Réseau Maroc Entreprendre figure, les porteurs de projets innovent à la recherche des fonds propres pour créer leurs entreprises, les personnes ayant déjà tiré profit des concours du micro-crédit pour créer leur micro-entreprise et qui souhaitent s’agrandir sans disposer toutefois des moyens financiers nécessaires. Si tous les projets sont les bienvenus, seuls ceux jugés viables seront retenus par le comité mis en place pour étudier les dossiers. L’examen des dossier des candidats se fait d’abord par le Directeur du Réseau Maroc Entreprendre, M. Hicham Smad, qui jouit d’une expérience dans le domaine de création, financement et accompagnement d’entreprise. Une fois le projet approuvé et suite à une rencontre avec des adhérents pour évaluer le créateur et son projet, le dossier est transmis au Comité d’engagement. Le créateur sera ainsi appelé à défendre son projet devant ce Comite qui décidera à l’unanimité le rejet ou l’agrément du projet avec ou sans conditions. “Des évaluations sont faites sur les projets et sur les porteurs de projets pour desceller les jeunes qui ont la vocation d’entreprendre”, souligne Mme Miriem Bensalah-Chaqroun, Administrateur Directeur Général d’Oulmès et Vice Présidente du Réseau Maroc Entreprendre. Les premiers dossiers de candidatures sont à l’étude et les membres du Réseau espèrent être submergés de dossiers de création d’entreprises.
Prêt sans intérêt et sans garantie
Une fois le dossier accepté, le créateur bénéficiera de l’instrument de financement mis en place par le Réseau Maroc Entreprendre, le prêt d’honneur. Il s’agit d’un crédit, sans intérêt et sans garantie et dont le montant peut atteindre 500000 dirhams.
Le prêt est remboursable sur 5 ans avec un différé d’un an. Les ressources financières du Réseau Maroc Entreprendre proviennent des cotisations minimales annuelles fixes et des dons des membres, ainsi que des dons émanant d’autres personnes physiques, morales ou autres. En cas de besoin de crédits supplémentaires, les lauréats pourront se tourner vers les banques qui ne manqueront pas de les soutenir sachant que leur projet a été agréé par le Comité d’évaluation du Réseau Maroc Entreprendre composé de chefs d’entreprises. Ces derniers, “à travers une approche plus industrielle que financière vont miser également sur leur flair pour dénicher les meilleurs profils”, note Mme Miriem Bensalah-Chaqroun. En fonction de la réussite de cette nouvelle expérience, les fondateurs n’excluent pas à recourir au marché financier pour lever des fonds (prêts, dons, etc.) à des taux nuls auprès du système financier ou des organismes internationaux (Pnud, Usaid, etc.). A noter que les prises de participations dans un projet par le Réseau ou ses membres ne sont pas tolérées.
Outre l’apport financier, et contrairement aux anciennes expériences en matière de création d’entreprises, les jeunes entrepreneurs ne sont pas abandonnés une fois leur projet avalisé par le Comité d’engagement. Un accompagnement des nouveaux entrepreneurs est programmé et est obligatoire pour tout bénéficiaire des concours du Réseau. “Ce sont les chefs d’entreprises qui donnent de leur temps pour accompagner les futurs entrepreneurs durant une période de trois ans”, fait remarquer M. Mohamed El Kettani, DG de Attijariwafa bank et Trésorier du Réseau Maroc Entreprendre. L’accompagnateur est appelé, entre autres: à entraîner le créateur à son nouveau métier, à le faire réfléchir sur ses objectifs et ses prévisions, à l’aider à tenir son tableau de bord et à l’analyser et déterminer les principaux indicateurs de son activité et de l’appréciation de l’évolution de son entreprise, etc. Il est tenu, durant toute la période d’accompagnement, à rencontrer une fois par mois le porteur de projet pour faire le point sur les avancées et les difficultés rencontrées par ce dernier.
Il est également prévu la création d’un Club de lauréats d’une même promotion qui se réunissent mensuellement, et ce pour une durée de trois années. Ces réunions obligatoires seront animées par des experts sur des thèmes de gestion et constitueront des moments d’échanges d’expériences entre les lauréats.
Afin de bénéficier pleinement de l’expérience française, “le RME a tissé un partenariat avec son le Réseau France Entreprendre pour profiter de l’expertise, des formations et d’avoir accès à certaines bases de données de celui-ci”, à signaler M. Hicham Smad. A noter que le Réseau France Entreprendre, qui regroupe 31 fédérations régionales, compte 2 500 entreprises adhérentes et plus de 1 300 entreprises lauréates qui ont créé plus de 10 000 emplois depuis 1985. L’accompagnement des créateurs d’entreprises s’est traduit par une amélioration du taux de continuité des entreprises nouvellement créées qui a atteint 80 % pour les entreprises lauréates des concours du Réseau France Entreprendre, contre une moyenne nationale de 50 %. C’est dire l’importance cruciale de se faire accompagner durant les premières années de création d’entreprise.
Enfin, signalons que l’initiative du Réseau Maroc Entreprendre est le fruit d’une volonté d’un Marocain résident en France, M. El Hassan Bouod, Président de Bouod & Cie, qui a bénéficié du soutien du Réseau Entreprendre France pour créer une entreprise devenue une succes story. C’est fort de cette expérience que M. Bouod a essayé de dupliquer ce modèle de création d’entreprises au Maroc. Du coup, l’idée a séduit les dirigeants d’Attijariwafa bank et une poignée de dirigeants d’entreprises leaders dans leurs secteurs respectifs.
Moussa Diop
Les membres fondateurs du Réseau Maroc Entreprendre
- M. Abdelaziz ABARRO, PDG Managem –Groupe ONA,
- M. Aziz AKHANNOUCH, PDG Groupe Akwa,
- M. Abbad ANDALLOUSI, Président de la Fondation Attijariwafa bank,
- M. Karim AYOUCH, Administrateur LGMC,
- M. Amine BENKIRANE, Directeur Général Kitéa,
- Mme Miriem BENSALAH-CHAQROUN, Administrateur DG des Eaux Minérales d’Oulmès,
- M. El Hassan BOUOD, Président Bouod & Cie
- M. Ayman CHEIKH LAHLOU, DG Cooper Maroc,
- M. Jaouad CHEIKH LAHLOU, PDG Cooper Maroc,
- M. Mourad CHERIF, DG Office Chérifien des Phosphates,
- M. Mohamed EL Kettani, DG Attijariwafa bank,
- M. Salaheddine MEZOUAR, Ministre de l’Industrie du Commerce et de la Mise à Niveau de l’économie,
- M. Khalid OUDGHIRI, PDG Attijariwafa bank,
- M. Ahmed RAHHOU, PDG Lesieur Cristal –Groupe ONA,
- Mme Khadija SIJELDASSI, Vice PDG MIFA,
- M. Karim TAZI, Administrateur Richebond.