La Nouvelle Tribune : Selon vous, le Maroc a-t-il une chance de convaincre en Grande Bretagne de ses atouts et potentialités, de son attractivité ?
Comme vous le savez, Londres abrite la City qui est le premier centre financier en Europe. Celle-ci attire non seulement des capitaux britanniques, mais aussi du monde arabe, australiens, chinois, japonais. Ce grand centre financier a un savoir faire certain qui s’exprime notamment à travers l’usage de notre langue et une expertise reconnue pour les questions intéressant le monde arabe, l’ensemble islamique ou encore le Moyen-Orient.
Il est donc de notre devoir de mettre en relief nos atouts et nos potentialités économiques pour attirer de tels investisseurs. Nous nous présentons donc sur un marché où il y a des liquidités, un potentiel d’investissements et il s’agit d’œuvrer pour mieux vendre l’image du Maroc, et notamment les réformes déjà accomplies. Car il y a un gap informationnel à combler entre ce que nous faisons en réalité et la perception qu’en ont nos partenaires virtuels.
La présence aujourd’hui à Londres du Groupe ONA et de son Président, accompagné de responsables de la Bourse de Casablanca et des autorités de tutelle, comble en partie ce déficit en informations. D’un autre côté, le Conseil maroco-britannique des Affaires, co-présidé par M. Mourad Chérif, Directeur général de l’OCP et par le Président de Morgan Stanley, l’une des plus grandes banques d’affaires de Grande Bretagne et d’Europe, et qui compte en son sein des représentants des secteurs d’activités parmi les plus dynamiques, travaille en étroite coordination avec notre ambassade à Londres, afin de relayer les réalités nouvelles du Royaume et l’attractivité qu’il présente, notamment en termes de retour d’investissement et de rentabilité, lesquels dépassent parfois les 20 %. Nous oeuvrons pour que le secteur des services financiers, qui est l’un des avantages compétitifs de Londres par rapport aux places européennes, soit attiré par le Maroc. Un de nos principaux objectifs est donc d’intéresser des compagnies d’assurances britanniques, des banques également, soit dans le retail banking, soit dans le merchant banking.
Evidemment, il y a à Londres des banques marocaines et notamment la Banque Populaire qui s’occupe d’un créneau particulier, celui de nos compatriotes résidant en Grande Bretagne, tandis que BMCE Bank, qui a installé depuis quatre ans une représentation, travaille de façon très satisfaisante en générant des affaires entre la Grande Bretagne et le Maroc.
Notre espoir est de voir une autre banque s’installer ici pour renforcer notre présence et je pense, dans ce cadre, à Attijariwafa bank pour, avec l’appui d’ONA, évoluer sur le marché financier de la City.
On a l’impression que tout ce que vous évoquez est encore virtuel, au stade des projets. Peut-on citer des actions concrètes, notamment au niveau du conseil conjoint des affaires ?
Ce conseil est opérationnel depuis deux ans et il a réalisé des opérations concrètes. C’est ainsi que nous avons réussi à mettre en relation d’affaires nos exportateurs de l’agro-industrie et TESCO, l’un des plus gros distributeurs du marché britannique, lequel est des plus concentrés. Aujourd’hui, vingt compagnies marocaines exportent des produits agro-alimentaires en Grande Bretagne. Sur la vingtaine, cinq possèdent des standards internationaux de qualité et de gestion qui intéressent un distributeur du calibre de TESCO, huit à neuf peuvent aspirer à une telle opportunité à condition de s’adapter aux normes requises.
A travers le Comité conjoint, nous avons également approché Accenture, qui est une compagnie dédiée aux ressources et au conseil.
Par ailleurs, PLO, l’un des premiers opérateurs mondiaux dans le transport maritime s’intéresse à la deuxième concession du terminal de containers du Port de Tanger-Med.
Au niveau du tourisme également, on perçoit un fort intérêt pour le Maroc. D’ailleurs, le taux de fréquentation a sensiblement augmenté, et je pense que la politique suivie par les pouvoirs publics au niveau du transport aérien pour ouvrir notre ciel à d’autres opérateurs, notamment pour des liaisons de point à point, aura des effets encore plus positifs. Je pense notamment à la filiale de Royal Air Maroc, Atlas Blue, qui va opérer entre Londres ou Manchester et plusieurs villes du Royaume. British Airways, à travers sa compagnie GB Airways gère d’ores et déjà onze fréquences hebdomadaires vers le Maroc et nous avons ouvert le cabotage de Londres vers Fès et Marrakech et, ultérieurement Agadir.
Cette politique d’open sky rend le marché plus accessible pour nous puisque nous en épousons les réalités.
On parle également d’un grand projet avec un opérateur touristique de haut niveau.
En effet, au niveau de l’investissement, il y a une multinationale appelée "Sea Containers" qui dispose d’une filiale tourisme dénommée "Orient Express". Elle opère dans dix-huit pays et gère aujourd’hui le fameux train de luxe "Orient Express" qui va de Londres à Istanbul en passant par Paris, Venise, Budapest, Vienne, etc. Elle gère des trains similaires en Malaisie, au Pérou, en Australie. Elle dispose également d’hôtels de grand luxe, des établissements comme le Cipriani de Venise, quatre palaces au Pérou et d’autres établissements aussi loin que Bora Bora, à Tahiti.
Ce groupe projette la création d’un train de luxe qui relierait Tanger, Fès, Meknès, Rabat et Marrakech et la réalisation sur ce circuit d’hôtels de grande classe, respectueux et révélateurs à la fois de la tradition et de la culture marocaines.
Des contacts sont donc très avancés depuis l’entrevue que le Premier ministre a accordée aux dirigeants de ce groupe en décembre 2003. Des instructions ont été données aux départements ministériels concernés pour une facilitation des process, notamment au niveau des transports et du tourisme. M. Adil Douiri est venu à Londres et a tenu une réunion de travail avec le PDG d’Orient Express, et un plan de travail a été lancé pour faire avancer les choses.
Quel pourrait être le montant d’un tel investissement ?
Ce n’est pas ma partie et il ne m’appartient pas d’évoquer des questions qui n’intéressent pas directement l’Ambassade, mais un rapide calcul en termes de chambres, d’unités hôtelières et de train, pourrait donner une hauteur approximative supérieure à 100 millions de dollars.
Mais un tel projet, indéniablement, tirera vers le haut le tourisme, notamment dans son segment luxe, un peu dans le style de celui réalisé à Amelkiss à Marrakech, Amenjena.
Propos recueillis par
Afifa Dassouli