La cinquième convention du Crédit Agricole qui s’est tenue le samedi 09 décembre 2004 a été l’occasion pour le management et les employés de la Banque de se pencher sur l’avenir de leur institution. La Banque Verte a connu, il faut le préciser, au cours de ces deux dernières années des transformations notables qui ont touché, entre autres: la dimension de la Banque suite à l’acquisition de la BMAO, le changement du statut avec sa transformation en société anonyme à Conseil de Surveillance et Directoire, l’adoption d’une nouvelle organisation adaptée aux objectifs du concept de “3 Banques en une”, la mise en place du nouveau statut du personnel suite à un accord consensuel entre la direction de la Banque et l’ensemble du personnel et enfin l’adoption d’un plan stratégique de développement “Cap 2008” qui devrait donner une nouvelle dimension au Crédit agricole du Maroc. En gros, c’est dans un climat serein qu’a eu lieu cette cinquième convention du personnel de la Banque verte.
Lors de cette journée, un accent particulier a été mis sur la nouvelle stratégie adoptée par la Banque sous le concept de “3 Banques en une” dans le cadre du plan d’entreprise “Cap 2008”. Cette nouvelle stratégie vise trois objectifs fondamentaux. Le premier est de permettre au Crédit Agricole du Maroc de poursuivre dans de meilleures conditions sa mission de Service Public “ en accompagnant l’agriculteur marocain”. Toutefois, la nouvelle vision implique un regard nouveau sur le monde rural qui représente 50 % de la population du pays et éviter par la même occasion l’exode rural et ses effets néfastes. Pour y arriver, “ il faut développer et catalyser de nouvelles idées et également collecter plus d’argent en urbain et péri-urbain et le drainer vers le monde rural dans le respect des normes de Bank Al Maghrib et dans des conditions sécurisées”, fait remarquer M. Tariq Sijilmassi, Directeur Général du Crédit Agricole. En terme plus clair, “la Banque se donne une mission de développement durable et mettra en place une nouvelle politique visant à créer des pôles d’excellence selon les régions”. Il s’agit entre autres, de contribuer au développement dans le monde rural de l’agro-industrie, de la bio-agriculture, du tourisme rural, de nouvelles agricultures, moderne et contribuer aux reconversions des sols en nouvelles cultures d’excellences. Ainsi, la Banque va créer de nouveaux produits qui vont permettre aux jeunes diplômés de monter une véritable industrie de services (location de tracteurs, conseil, expertise, etc.).
Recouvrer à temps
Le second objectif de la nouvelle stratégie concerne la Sécurité. “Le temps où les crédits étaient distribués sans se soucier des risques et où les ressources étaient drainés à n’importe quel coût, est révolu ”, à laissé entendre M. Sijilmassi. Pour atteindre cet objectif de sécurité, la Banque a créé au sein de la Direction du Recouvrement & Contentieux, une nouvelle sous-direction qui a pour but de “recouvrer à temps”. Ainsi, cette nouvelle structure “va continuer à se battre pour recouvrer les financements de campagne même lorsque celle-ci sera terminée”, a annoncé le Directeur Général. Pour illustrer l’accent mis sur la sécurité, M. Sijilmassi a annoncé que “le Crédit Agricole affirme sa volonté à se conformer à toutes les dispositions règlementaires de Bank Al-Maghrib et de BâleII”.
Enfin, le troisième objectif, la Banque Verte souhaite renouer avec une rentabilité forte. A noter qu’actuellement, les résultats de la Banque sont presque quasi nuls du fait qu’elle s’est habituée au cours de ces dernières années à procéder à des abandons de créances au profit des agriculteurs en difficulté pour des montants qui sont comprises entre 2 et 3 milliards de dirhams. A titre illustratif, “entre septembre 2003 et septembre 2004, les abandons de créances au profit des agriculteurs en difficulté ont atteint 470 MDH”, à noté M.Sijilmassi. Dorénavant, les dispositions mises en place lors des octrois de crédit et les procédures de recouvrement devront éviter à la Banque de supporter des abandons qui grèvent très lourdement ses bénéfices. Outre ces mesures, plusieurs mesures entreprises au cours de ces derniers mois devraient contribuer à l’amélioration des résultats du Crédit Agricole suite à l’acquisition de la BMAO. Dans ce cadre, toutes les mauvaises créances de la Banque (Crédit du Maroc et BMAO) ont été neutralisées par les importantes dotations en provisions. Par ailleurs, la réduction du tiers du personnel de la BMAO s’est traduite par d’importantes réductions de charges. Enfin, l’élimination de tous les dépôts rémunérés à plus de 5 % s’est traduite par d’importantes économies de coûts financiers. Aujourd’hui, le coût de financement du Crédit Agricole tourne autour de 2,4% seulement. Par ailleurs, le réseau de la BNDE est appelé également à contribuer fortement à l’amélioration des résultats du Groupe.
“3 Banque en une”
Pour atteindre tous ces objectifs, le management du Crédit Agricole a adopté le concept de “ Banques en une”. A travers ce concept, la Banque Verte se veux une banque de proximité au profit dans trois marchés : le marché des PMEA (petite et moyennes exploitations agricoles), la marché des filières agricoles et le marché des Particuliers & Professionnels.
Sur le premier marché, la Banque, leader du financement du secteur agricole, veut se positionner comme le partenaire privilégié des PMEA. Elle s’est fixée un objectif de financer directement 300 000 PMEA à l’horizon 2008 contre seulement 50 000 actuellement, de financer 300 000 autres PMEA dans le cadre de conventions avec l’Etat et 100 000 autres via le micro-crédit. Du fait des risques que représentent les PMEA, le CAM met en place des outils de scoring et créé un Help Desk qui lui permet d’avoir une cartographie régionale des financements, d’identifier les risques et le suivi du déroulement des campagnes.
Au niveau du marché des Filières Agro-alimentaires (lait, huiles, produits de la mer, fruits et légumes, céréales et légumineuses, tabac, etc.), qui constitue le marché naturel du Crédit Agricole, l’objectif du Crédit Agricole est d’accentuer sa présence. A noter que ce marché à réalisé au titre de l’exercice 2003 un chiffre d’affaires de 184 milliards de dirhams et affiche une croissance moyenne annuelle de 7,5 %. En plus, il présente un profil de risque plus favorable. Partant, la Banque affiche ses ambitions et compte occuper une position leader avec un portefeuille clientèle fort de 2 000 entreprises agro-alimentaires, 210 000 exploitations agricoles et 500 entreprises situées en amont et en aval de la filière agro-alimentaire. Du coup, le Crédit Agricole est prêt à accroître ses créances saines octroyées à ce marché en raison de 15 % par an pour atteindre 12,9 milliards de dirhams en 2008, contre 8,1 milliards de dirhams en 2003. Pour atteindre cet objectif, l’offre de la Banque sera adaptée aux exigences de la clientèle ciblée de ce marché. Ainsi, envisage-t-elle d’aider les agriculteurs dans leur reconversion vers des cultures plus rentables et viables et la modernisation des exploitations via l’investissement et l’apport de fonds de roulement.
Enfin, sur le marché des Particuliers & Professionnels, le Crédit Agricole veut profiter pleinement du fort développement de certains créneaux comme le crédit immobilier, la bancassurance, la monétique, etc. Sur ce marché, la Banque s’est fixée pour objectif de faire croître la collecte de ses ressources au meilleur coût. En terme de ressources, la Banque compte atteindre 30 milliards de dirhams en 2008 contre seulement 14,5 milliards en 2003, avec un taux de rémunération de 1,4 % contre 2,4 % actuellement. En devenant ainsi une véritable banque universelle au même titre que toutes les banques commerciales, tout en gardant son rôle de service public pour accompagner le développement durable du monde rural, le Crédit du Maroc compte faire croître les commissions générées par les différentes opérations pour les porter à 15 % de son produit net bancaire contre 8 % actuellement.
Moussa Diop