La Nouvelle Tribune : Les bons fondamentaux du Maroc sont-ils suffisants pour la promotion du pays ?
M. Bassim Jaï Hokimi : Il y a effectivement certains pays qui accordent plus la priorité au dynamisme économique qu’à la gestion de leurs finances publiques. Cela a été notamment le cas de la Turquie, il y a quelques temps et d’aucuns avaient même l’impression, à ce niveau, d’une fuite en avant.
Je ne crois pas que telle est la voie à suivre, mais il ne faut pas, dans le même temps, s’arrêter à la seule satisfaction des indicateurs financiers. L’inflation maîtrisée par exemple n’est pas une fin en soi, mais un moyen pour avoir une meilleure dynamique d’investissements.
Pensez-vous qu’il y a une bonne écoute de la part des milieux d’affaires britanniques?
Effectivement, je crois qu’il y a un réel intérêt pour le Maroc, pour ce processus de construction actuel, avec lucidité sur ses succès, ses insuffisances, ses capacités de progrès. Tous les contacts que j’ai pu avoir ont montré que mes interlocuteurs éprouvent le plus grand intérêt pour ce Maroc carrefour géographique, dans une dynamique d’échanges, marquée notamment par l’Accord de Libre Echange avec les Etats-Unis et plusieurs autres pays.
A la question que l’on nous pose souvent de savoir comment faire, à qui s’adresser et par où commencer, nous pouvons aujourd’hui répondre qu’il y a des Centres Régionaux d’Investissements, des zones industrielles, etc. Je pense qu’il y a encore beaucoup à entreprendre pour mieux faire connaître les potentialités du pays et, surtout, les nouvelles opportunités nées des accords de Libre Echange ainsi que des dispositifs pratiques d’accueil des investisseurs.
Une liste de partenaires a été fournie à la presse. Comment choisissez-vous vos interlocuteurs, qui sont-ils, quel intérêt portent-ils au Maroc, comment vous essayez-vous à les convaincre?
En fait, dans un auditoire comme celui qui est là aujourd’hui à Londres, il y a notamment des représentants du secteur financier, des banques d’affaires, comme Merrill Lynch, HSBC, etc. Ils sont effectivement intéressés par l’environnement global du Maroc et par la Bourse de Casablanca, par l’action ONA en particulier et celles de ses filiales cotées. Une partie donc de notre présentation leur était clairement adressée en tant qu’investisseurs financiers.
Une autre partie de l’auditoire représentait des investisseurs potentiels, essentiellement attirés par le secteur du tourisme, d’où notre focus sur ce secteur.
Car, à Londres comme ailleurs, la communauté des affaires est en fait un village, un petit monde et l’accès à des clubs comme celui-ci donne une voie directe sur de plus grandes sphères de contacts. D’où la proposition qui m’a été faite de reprendre la même démarche, ultérieurement, dans d’autres cercles.
C’est donc une action permanente qui doit être entreprise, au départ en direction de petits cercles qui sont progressivement élargis, grâce à l’information qui se propage rapidement et aux relais diplomatiques.
Quelle place Londres occupe-t-elle dans votre démarche de promotion du groupe ONA?
Après Paris et Madrid et la tenue récente et réussie à Marrakech du Conseil Arabe des Affaires, Londres nous apparaît comme une caisse de résonance supplémentaire pour nos contacts avec le Moyen-Orient. Dans l’auditoire d’aujourd’hui, certains représentants de Merrill Lynch, travaillent avec l’Egypte, d’autres de HSBC avec la Jordanie, mais il faut savoir que nous avons également des relations directes avec les investisseurs du Moyen-Orient.
D’ailleurs, il y a beaucoup de choses intéressantes qui se profilent avec de tels partenaires, comme Tanger-Med avec les Emirats, le port d’Agadir, etc…
Ceci étant, lorsque les pays du Golfe nous voient prendre contact avec des places financières comme Londres, leur appréhension du Maroc et de ses opérateurs est encore plus positive.
Pensez-vous, comme d’autres, que la pression fiscale est un facteur dissuasif pour l’investissement, notamment pour les étrangers ?
Il est normal qu’un investisseur paie ses impôts. Il ne faut pas trop développer une logique d’exonération fiscale tous azimuts. Il s’agit plutôt d’élargir l’assiette fiscale et de diminuer le niveau de pression sur la base fiscale actuelle. Ce qui est vrai, c’est qu’à une certaine époque, le Maroc avait réduit la hauteur de l’impôt sur les sociétés notamment et que les choses ont stagné depuis un certain temps alors que dans d’autres pays, les taux ont continué de baisser. D’ailleurs, ce ne sont pas tant les taux maxima qui sont problématiques, mais le fait qu’on arrive à ces taux très rapidement.
Il est par ailleurs nécessaire de suivre la compétitivité de la fiscalité par rapport à d’autres pays, parce que certains ont été très agressifs en ce domaine, notamment en Europe centrale, en Asie ou dans le Bassin méditerranéen.
Mais pour le Maroc, plus on élargira la base plus on aura de marge de manœuvre pour accompagner et optimiser la fiscalité et l’amener à des niveaux compétitifs.
Vous avez fait des "promesses" en termes d’amélioration du flottant en bourse des filiales de l’ONA ?
J’ai effectivement exprimé le souhait de voir plus de flottant en bourse des actions des filiales du Groupe ONA. En fait, il s’agit soit de retirer ces filiales de la Bourse, soit de leur donner un flottant plus conséquent. Pour cela, nous choisirons le moment opportun, soit par une cession supplémentaire du capital en bourse, soit par augmentation de capital pour satisfaire d’éventuels besoins de financements d’investissements et donner ainsi à la Bourse son rôle naturel de drainage de l’épargne.
Derrière cela également, il y a la volonté d’une certaine évolution en termes de participations au capital des sociétés. Aux Etats-Unis par exemple, on considère qu’on n’a guère besoin de disposer de la majorité de 51% du capital pour contrôler une société.
Entretien réalisé par
Afifa Dassouli