L’OPA des actions BNDE détenues par des petits porteurs, lancée par la CDG sur une durée de quatre semaines, suscite bien des remous et réactions. La Nouvelle Tribune propose dont ci-après deux entretiens de nature à éclairer l’opinion publique. Le premier avec M. Hassan Boubrik, directeur du Pôle " marchés des capitaux " à la Caisse de Dépôt et de Gestion, le second avec M. Abdelilah Yahyaoui, membre d’une association de défense des petits porteurs qui, sans être encore totalement reconnue par les pouvoirs publics, n’en exerce pas moins son action de lobbying.
La Nouvelle Tribune : Dans le cadre de la reprise de la BNDE par la CDG, vous venez de lancer une OPA réservée aux petits porteurs alors que par définition, une OPA s’adresse à tous les actionnaires. Pourquoi ne pas l’ouvrir à tous les détenteurs en bourse de la BNDE et, en particulier, aux OPCVM eux-mêmes détenus par des personnes physiques ?
M. Hassan Boubrik : Tout d’abord, je voudrais rappeler qu’aujourd’hui, nous n’avons aucune réglementation régissant les opérations d’offre publiques. La CDG n’avait aucune obligation d’acquisition des titres BNDE. Nous avons lancé cette opération, en concertation avec les pouvoirs publics et la banque, afin d’offrir une porte de sortie aux actionnaires physiques, dans un souci de préserver, autant que possible, la confiance des petits porteurs dans le marché. Ces personnes physiques, par définition, n’entrent pas dans le cadre de ce qu’on peut désigner par investisseurs qualifiés.
Pour ce qui est des OPCVM, nous considérons que ce sont des gestionnaires avisés. À ce titre, nous ne voyons pas de raison pour les inclure dans l’offre. Par ailleurs, les montants en jeu sont insignifiants et l’impact sur la valeur liquidative des OPCVM est quasi-nul. Le nombre de titres BNDE détenus par ces derniers ne dépasserait guère 10000, pour un montant, à 50 DH le titre, de 500000 DH. Ce chiffre est à comparer aux 60 milliards de dirhams d’actifs gérés.
Dans le cas d’espèce, sachant que vous comptez retirer la BNDE de la cote, pourquoi ne pas lancer tout simplement une OPR (offre publique de retrait) ?
Notre offre ne pouvait s’adresser à l’ensemble des actionnaires de la BNDE. C’est une question de principe et de coût.
Pour les investisseurs qualifiés qui ont pris le risque calculé d’un placement sur les titres BNDE, ils ont le choix de se retirer du capital au dirham symbolique - sachant que la valeur de l’actif net de la banque est aujourd’hui négative-, ou de garder leurs titres.
La banque a besoin d’être recapitalisée. Cette recapitalisation devrait se faire à travers une opération accordéon, c’est-à-dire une réduction du capital, suivie d’une augmentation. Les investisseurs qui souhaitent suivre cette augmentation auront les mêmes droits de souscription, garantis par la loi à tous les actionnaires.
Le prix de 50 dirhams l’action, proposé par l’offre, ne compense pas les pertes subies par les épargnants en bourse sur la valeur BNDE. Ne serait-il pas plus judicieux de les indemniser pour préserver chez ces petits porteurs l’esprit du boursicoteur ?
Il ne s’agit pas pour nous de compenser les pertes des épargnants. D’ailleurs, si certains ont payé leurs actions à des prix très chers, d’autres les ont acquises à des cours bas, après le glissement enregistré par les cours. Ensuite et quel que soit le prix offert, ce prix serait sujet à la critique. Nous avons déterminé le prix de 50 DH, par référence à la moyenne du cours sur 12 mois. Ce prix, compte tenu de la situation de la banque, donne une réelle opportunité de sortie aux petits porteurs.
La CDG, tout particulièrement dans l’affaire de la BNDE, représente l’Etat, la puissance publique. N’est-il pas fortement préjudiciable à son image de marque de courir le risque d’une assimilation à des sociétés privées qui, comme Somafic ou General Tire, ont " tué " la Bourse en spoliant les petits porteurs ? N’avez-vous pas l’obligation morale impérieuse de protéger les petits porteurs et leur épargne ?
La Caisse intervient dans cette opération en tant qu’institution financière et actionnaire de référence. Nous travaillons en étroite collaboration avec les pouvoirs publics, dans le cadre d’une convention qui nous lie pour la mise en œuvre du plan de redéploiement de la BNDE. Notre action se situe à ce niveau et notre mission est de conduire ce plan dans les meilleures conditions afin de préserver au mieux les intérêts de l’ensemble des partenaires de la BNDE (déposants, créanciers…) et de son personnel.
Je ne me prononcerai pas sur la radiation de SOMAFIC ou de Général Tire. Je voudrais en revanche insister sur deux points:
D’abord, les investisseurs doivent savoir que les placements en bourse sont par définition risqués et qu’il faut s’entourer d’un maximum de précautions, notamment en termes d’analyse et de diversification de portefeuille.
Ensuite, je pense qu’il faut poursuivre les efforts en matière de transparence du marché dans le but de garantir une information complète et de qualité pour les investisseurs. Le CDVM a fait un travail très important dans ce sens. L’information exigée des sociétés faisant appel public à l’épargne a énormément gagné en exhaustivité et en qualité. Par ailleurs, la nouvelle loi sur les sociétés anonymes tend à responsabiliser davantage le management et le commissaire aux comptes. Tout cela va dans le bon sens. La confiance reviendra sur le marché.
Le plan de conversion de la BNDE annonce une recapitalisation de la banque. Ce faisant, ne serait-il pas préférable de reconstruire sa santé financière, avant de la retirer de la cote ?
Le maintien de la BNDE dans la cote de la bourse de Casablanca pendant la mise en œuvre du plan de redéploiement ne serait ni une bonne chose pour le marché, ni de nature à garantir plus d’efficacité à la conduite du plan.
De plus, la nature des activités de banque d’affaires que la BNDE est appelée à exercer à l’avenir rend cette cotation difficilement envisageable, du moins à court terme.
Cette OPA a pour objectif la sortie les petits porteurs du capital de la BNDE. Comment comptez-vous procéder avec les autres, c’est-à-dire les institutionnels, les OPCVM et surtout les actionnaires espagnols, les caisses d’épargne andalouses notamment qui ont acheté environ 5% du capital de la BNDE à 190 dirhams l’action ?
D’après nos informations, les caisses d’épargne espagnoles détiennent moins que le chiffre que vous avez cité. Néanmoins, le maintien de bonnes relations avec ces dernières est une de nos préoccupations. Nous connaissons par ailleurs le rôle que ces Caisses d’Epargne ont et continuent de jouer en Andalousie.
Ces investisseurs sont informés de la situation réelle de la BNDE. Mais au-delà de la BNDE, nous sommes convaincus, de part et d’autre, de la nécessité de mettre en place des relations de partenariat solides et diversifiées dans les différents domaines d’intérêt commun. C’est dans ce sens que nous allons travailler dans les semaines et mois à venir.
Entretien réalisé par
Afifa Dassouli