CREDOR a réussi un bel exercice 2002. Analyse.
Alors qu’à la fin de 2001, Crédor, société de crédits à la consommation avait affiché une perte de 33 millions de dirhams, la voilà qui renoue avec les bénéfices en 2002 en réalisant un résultat de 29 millions de dirhams. On rappellera également qu’en 1999, elle avait connu une diminution de sa production, engendrant une baisse de résultats en 2000 et une perte en 2001.
Mais en 2002, les principaux indicateurs de cette société de crédit ont évolué favorablement. C’est ainsi que les crédits distribués sont passés de 668 MDh à 754 MDh d’une année à l’autre, progressant de 13 % contre une moyenne sectorielle de 4,4 % à peine. Pour les encours de crédits, Crédor a connu une évolution de 3,6 % à 1,2 milliard de dirhams, celle du secteur s’établissant à environ 4,7 % avec 12,4 milliards de dirhams. Cette augmentation de la production de Crédor lui a permis de faire passer sa part de marché en 2002 de 9,8 % à 11%.
Le chiffre d’affaires de Crédor, quant à lui, se décompose en agios provenant des encours découlant de la production antérieure et de ceux de la production de l’année. Ainsi, les agios de la production de l’exercice 2002 ont progressé du fait de l’augmentation de cette dernière, tandis que les agios provenant du stock de la production antérieure ont par contre, baissé à cause du rallongement de la durée de certains crédits.
Il s’agit là du phénomène de la consolidation par anticipation qui se traduit par des renouvellements de crédits sur un plus long terme, lesquels sont conditionnés par le remboursement du solde antérieur. Plus de 30 % des crédits de Crédor ont ainsi fait l’objet d’une telle évolution traduisant ainsi la fidélisation de ses clients. Cette transformation technique permet aux clients d’ajuster le montant de leurs mensualités de remboursement. Elle leur donne également l’opportunité d’essayer de renégocier les conditions des crédits pour bénéficier de la baisse du TEG, qui est continue d’un semestre à l’autre. Enfin, ils peuvent exiger une moindre prime de risque. Une telle pratique, d’ailleurs, est devenue courante avec le développement des crédits directs.
Et si en 1998, Crédor réalisait 98 % des crédits ménagers par l’intermédiaire des revendeurs, aujourd’hui 99 % sont des crédits directs et 1 % seulement en crédits d’équipements ménagers. En conséquence, le chiffre d’affaires de Crédor (ou produits d’exploitation) pour 2002 s’élève à 199 MDh auxquels s’imputent des charges financières de 75 MDh. Cela donne un PNB (produit net bancaire) de 124MDh, lequel, après couverture des frais généraux de 68 MDh, induit un résultat avant prise en compte du risque de 56 MDh, et après une dotation nette de provisions de 26 Mdh, un résultat d’exploitation de 30 millions de dirhams. Celui-ci, compte tenu du report déficitaire de l’exercice précédent, exonère Crédor de l’IS contre une cotisation minimale d’un million de dirhams.
L’année 2002, aura donc été pour Crédor celle du redressement grâce à la réalisation de ses objectifs commerciaux conformément aux prévisions établies, mais aussi celle du renforcement des provisions conformément à la dernière circulaire de Bank Al-Maghrib. En effet, en 2002 son taux de provisionnement des créances déclassées s’est établi à 90 %, sachant que la proportion de ces créances par rapport à l’encours brut est de 20 % contre 14 % avant la nouvelle réglementation de la Banque centrale. Toutefois, Crédor avait déjà renforcé sa politique de provisionnement en 2001 avec une dotation nette de 99 MDh faisant apparaître un déficit de 33 MDh. Ceci avait conduit les actionnaires de référence à procéder à une augmentation des fonds propres de 54 MDh dont 30 MDh de capital. La solidité financière de Crédor a d’ailleurs continué de se développer en 2002, passant de 221 MDh en 2001, à 293 MDh en 2002 soit une progression considérable de 33%.
Crédor sort donc son épingle du jeu dans un secteur du crédit à la consommation morose. Troisième opérateur sur le marché, elle possède la particularité d’être une société indépendante, c’est-à-dire non adossée à une banque, contrairement à Eqdom, aujourd’hui filiale du groupe Société Générale et Wafasalaf, filiale de Wafabank respectivement première et seconde sociétés du secteur du crédit à la consommation.
Par ailleurs, les objectifs 2003 de Crédor, sont déjà fixés en termes d’augmentation de parts de marché, de gains de productivité par la simplification des procédures et la mise en place d’un nouveau plan informatique " e-mad " pour améliorer la croissance de son activité et de ses résultats. Enfin, nonobstant la conjoncture boursière défavorable, la société de financement n’a pas interrompu la distribution de dividendes malgré les difficultés qu’elle a rencontrées. Crédor propose donc pour 2002 un dividende par action de 14 Dh contre 10 Dh en 2001, soit une augmentation de 40%.
Afifa Dassouli