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Les petits porteurs demandent un cours d’achat “plus honorable” OPA BNDE

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Publier le : March 27, 2003

 

Dans un entretien accordé à La Nouvelle Tribune, M. Abdellilah Yahyaoui, membre de l'Association Marocaine pour la Défense des Actionnaires Minoritaires (AMDAM), étale l'indignation et le mécontentement des actionnaires personnes physiques de la BNDE. L'action est proposée à seulement quelque 50 Dhs, dans le cadre d'une offre publique d’achat (O.P.A.) lancée par la CDG depuis le 24 mars 2003 et pour quatre semaines. Les actionnaires minoritaires appellent au secours et attirent l'attention sur l'importance de la transparence des comptes, exhortant l'Etat à donner le bon exemple.

 

La Nouvelle Tribune :

Pourquoi, lancez-vous aujourd'hui un appel aux détenteurs d'actions BNDE, à l'occasion de l'OPA lancée par la CDG sur la BNDE ?

M. Abdellilah Yahyaoui : La réalité, c'est que les petits porteurs sont bafoués dans leurs droits. Nous avons l'impression de nous faire avoir par cette institution étatique. Nous n'arrivons pas à comprendre pourquoi, c'est toujours l'actionnaire minoritaire qui paie les pots cassés.

 

Que déplorez-vous exactement ?

Depuis son introduction en bourse, la BNDE n'a fourni que des résultats positifs, a distribué des dividendes... Mieux encore, selon la note d'information et de contrôle des comptes, présentée par la BNDE et visée par le Conseil Déontologique des Valeurs Mobilières (CDVM), les objectifs de la banque portaient sur la réalisation en 2001 d'un montant d'agréments de 3,7 milliards de Dhs,(contre 3,1 milliards en 2000) et la consolidation des résultats d'exploitation dégagés sur les différentes opérations engagées. Les objectifs tablaient aussi, à moyen terme, sur une stratégie qui consistait à renforcer le financement des investissements par l'octroi de crédits à terme et de crédits d'accompagnement à travers un réseau d'agences plus étendu. Les prévisions d'exploitation établies en 2001 permettaient à la BNDE d'envisager des bénéfices avant impôts de l'ordre de 163 millions de Dhs. Au chapitre des "Faits Exceptionnels et Litiges", il est signifié qu'il n'existait pas de faits exceptionnels ou d'affaires contentieuses susceptibles d'affecter de façon significative les résultats, la situation financière et l'activité de la BNDE.

Lorsqu'un actionnaire minoritaire est devant des états si positifs, il ne peut qu'acheter. Ceci d'autant plus que le Conseil d'Administration représenté par son Président de l’époque, M. Farid Dellero, avait attesté la conformité des données de la note d'information à la réalité. Les Commissaires aux Comptes, contrôleurs (MM. Mostafa Daoudi et Hamad Jouahri), avaient authentifié les états de synthèse de la banque, signifiant que la sincérité des informations financières et comptables n'appelait de leur part aucune observation. De plus, les rapports d'évaluation de KPMG et de PWC ont, par la suite, fixé l'action à respectivement à 344 Dhs et 490 Dhs . Ce que nous déplorons c'est que la CDG n'ait même pas pris la peine de contacter l'actionnaire minoritaire.

 

Mais comment, puisque les actionnaires minoritaires sont dispersés ?

À présent, ils ont un représentant en l'Association Marocaine pour la Défense des Actionnaires Minoritaires (AMDAM), qui est en cours de validation. D'ailleurs, nous lançons un appel pour une action commune. Dans tous les cas, nous refusons de souscrire aujourd'hui. Au moment d'acheter, on nous avait présenté une entreprise avec de solides fondamentaux. À la page 111 du Guide de la Bourse du Maroc, il est inscrit sur la BNDE que :

"la structure durablement bénéficiaire du compte d'exploitation de la BNDE est par ailleurs renforcée par les plus-values générées par une gestion dynamique du portefeuille titres de participations comme l'indique le bénéfice brut qui ressort à 123 millions de Dhs au 31 août 1997 contre 37 millions de Dhs à la même date en 1996. Au niveau du bilan, les fonds propres connaissent une consolidation constante qui reflète leur évolution au cours des cinq dernières années, où ils sont passés de 370 millions de Dhs à 850 millions de Dhs, donnant ainsi à l'institution une assise financière des mieux structurées". Devant de tels chiffres, en 1997, nous avons misé toute notre épargne sur la BNDE. Un très grand nombre parmi nous n'ont jamais vendu, constituant une épargne longue et misant sur une valeur étatique.

 

Vous êtes donc pris de court ?

Effectivement, car on s'attendait à tout sauf à cela. N'est-ce pas que les pouvoirs publics doivent donner le bon exemple ? Pourquoi devons-nous être les victimes d'une faillite d'une société cotée ?

 

Qu'exigez-vous maintenant ?

Nous demandons un achat à un cours plus raisonnable. Nous serions prêts à investir dans une société cotée en bourse et dont le cours dégringolerait de 95 % de sa valeur initiale, mais à condition que ce soit sur une conjoncture normale. Mais quand il s'agit d'écritures qui ne reflètent pas la réalité, nous nous inscrivons en faux. D'ailleurs, nous trouvons que nous assistons à une obligation d'achat plutôt qu'à une offre d'achat.

 

Quelles actions comptez-vous mener ?

Actuellement, nous sommes en train de réunir le maximum d'actionnaires minoritaires, de nous entourer de conseillers pour défendre notre cause et sauvegarder nos intérêts. Dans une première étape, nous comptons entrer en contact avec les dirigeants de la CDG pour leur communiquer notre point de vue. Cela permettra d'entamer un dialogue pour éclaircir notre position. Nous avons confiance à l'Etat, et ne voudrons pas être des boucs émissaires. Ensuite, nous comptons dans une seconde étape défendre nos intérêts. Et avec les sociétés de bourse que nous contactons, nous mènerons une action commune de revendication. Nous ne sommes pas là pour attaquer qui que ce soit, mais pour défendre nos intérêts et notre épargne, le fruit de plusieurs années de labeur.

 

Enfin, que suggérez-vous?

Si la CDG persiste, elle risque de commettre une grave erreur. Il y va de l'image de marque de la place de Casablanca, qui reflète celle du pays. La confiance qui commence à reprendre tant bien que mal va en prendre un sacré coup. Car pour proposer l'action à 50 Dhs, alors que les Espagnols avaient acheté le 8 mars 2000 159.581 actions à 295 Dhs l'unité, laisse perplexe plus d'un. Surtout que récemment la BMCE puis les caisses d'épargne andalouses avaient proposé des sorties honorables proposant tour à tour 325 Dhs et 190 Dhs l'action. Il est temps d'aller à plus de transparence, pour l'avenir de la place.

Propos recueillis par

D. MB.



 

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