Pourtant, banquiers locaux et étrangers, analystes nationaux et internationaux ne tarissent pas d’éloges sur la qualité de cette IPO lancée conjointement à la Bourse de Casablanca et sur le premier marché Euronext de Paris, à l’image de ce dirigeant d’une filiale marocaine d’une grande banque française qui précisait à La Nouvelle Tribune qu’il s’agissait là d’une très belle opportunité pour les petits porteurs à la recherche d’un placement à moyen terme. Une occasion, affirmait-il encore, de lancer durablement les bases d’une culture et d’un comportement boursiers pérennes au Maroc, à la faveur de l’introduction en bourse d’une entreprise performante, mais également aux potentialités de croissance évidentes, comme en témoignent ses résultats les plus récents.
Des propos, somme toute, de la même veine que certains commentaires de la presse de l’Hexagone qui, à l’instar du quotidien économique " Les Echos ", écrivait, enthousiaste, dans son édition du mardi 23 novembre à l’occasion de l’annonce de l’introduction en bourse de MT : "Ah, que la vie des investisseurs serait simple, ou monotone, si toutes les sociétés cotées ressemblaient à Maroc Telecom".
La presse parisienne enthousiaste
Qualifiant notre opérateur historique des télécommunications de "trésor marocain", le même quotidien assimile Maroc Telecom à "une machine à imprimer les billets de banque" et précise qu’ " avec une marge brute de 57 % du chiffre d’affaires, la filiale de Vivendi Universal fait mieux que les opérateurs européens les plus performants". L’article met également l’accent sur la situation confortable de Maroc Telecom qui détient 67% du marché local du mobile et 97% du fixe.
Des appréciations et des commentaires qui, sans nul doute, n’ont rien à voir avec de la complaisance et qui traduisent une réalité que les institutionnels nationaux et étrangers ont parfaitement perçue, eux qui se pressent au portillon pour souscrire à l’IPO de Maroc Telecom.
Une démarche, par contre, qui tranche singulièrement avec les critiques et les analyses du microcosme grincheux casablancais.
Car, au-delà de la propension à la prophétie apocalyptique, qui transforme d’ailleurs ces journalistes en Nostradamus à la petite semaine, ce sont de bien maigres arguments qu’ils livrent pour étayer leurs accusations outrancières.
Comment, en effet, sous-estimer à ce point le staff dirigeant de Maroc Telecom, la maison mère Vivendi Universal, le Département des Finances, le CDVM et l’ensemble des banques conseil (Merryl Lynch, BNP Paribas et Attijari Finance Corp) pour affirmer comme cela a été fait par certains que toutes ces institutions s’étaient rendues coupables d’opacité et de manipulation de documents à l’occasion de cette introduction en bourse de Maroc Telecom ?
S’appuyant sur des arguments spécieux, profitant de l’occasion pour verser dans les attaques de personnes, ces spécialistes de la désinformation se montrent en fait incapables de se livrer à une simple analyse des fondamentaux d’une société en axant leurs critiques sur une seule créance d’une société dans laquelle Maroc Telecom est actionnaire à hauteur de 35 %, GSM Al Maghrib, et dont la dette représente à peine 1 % du chiffre d’affaires de l’opérateur historique, feignant de surcroît d’oublier au passage qu’il ne s’agit nullement d’une créance compromise.
Seraient également idiots, moins informés ou complaisants tous les analystes financiers et autres experts des sociétés de bourse de Casablanca et Paris, qui, contrairement aux accusateurs professionnels d’une certaine presse, recommandent la souscription à l’introduction en bourse tant attendue de Maroc Télécom, faisant prévaloir des arguments de tous ordres sur la base de projections de l’entreprise sur les deux à trois prochaines années.
Et que dire de l’argument qui reproche à Maroc Telecom de ne pas avoir fourni dans la note d’information visée par le CDVM, de prévisions chiffrées de ses résultats à venir sinon qu’il est particulièrement spécieux ?
Des prévisions aussi positives que nombreuses
Certes, jusqu’à présent, le "gendarme de la Bourse" exigeait des émetteurs, pour aider les analystes locaux à faire leur recommandation, de telles prévisions de résultats. Mais l’IPO de Maroc Telecom a ceci de particulier qu’elle est conjointement lancée à Casablanca et Paris. Or, sur les places financières occidentales, les projections des sociétés à l’occasion de leur introduction en bourse, se traduisaient par des engagements que les émetteurs refusent désormais de prendre à la suite d’affaires où les petits porteurs ont eu à attaquer certaines sociétés pour engagements non tenus. De ce fait et sachant que toute information publiée à Casablanca arriverait à Paris et réciproquement, le CDVM a accepté que Maroc Telecom se conforme à la récente pratique française et ne fournisse aucune prévision sur son activité. Par contre, comme le savent ceux qui lisent l’abondante littérature financière produite ici et là-bas, toutes les prévisions faites par les analystes sont positives et excipent de taux de progression du chiffre d’affaires d’un minimum de 5% par an et d’une marge importante favorisée par la faiblesse des amortissements des immobilisations de MT, bien qu’ils en prévoient la baisse du fait même de son hauteur aujourd’hui excessive.
Il ne fait donc de doute pour personne que les potentialités de l’opérateur historique marocain sont patentes, sachant que le taux de pénétration actuel du marché des télécoms, pour le fixe est d’à peine 4 % contre 10 fois plus potentiellement et de 27 % pour le mobile contre 40% réalisables.
Certes, il est également clair que la concurrence sera plus rude sur le marché et que Maroc Telecom devra compter avec d’autres opérateurs, aussi bien sur le fixe que sur le mobile, caractérisé aujourd’hui par la présence d’un seul compétiteur, Meditel.
Mais, MT ne peut que profiter comme cela a déjà été le cas avec l’arrivée du second opérateur GSM, de l’ouverture du marché en mettant en œuvre une politique active d’amélioration de sa compétitivité. D’autant que pour l’heure, Vivendi Universal, au statut d’actionnaire majoritaire, continuera certainement de profiter de la situation quasi-monopolistique de MT sur les deux prochaines années, le temps du lancement de l’appel d’offre international pour l’attribution de la deuxième licence du fixe et l’arrivée d’autres opérateurs.
De plus, la trésorerie de MT est un autre de ses points forts avec un excédent net de dettes, tous frais d’exploitation payés et investissements de développement financés, de 4 milliards de dirhams soit le quart de son chiffre d’affaires. Cette manne financière constitue d’ailleurs une source de distribution de dividendes, sachant que les deux actionnaires de référence de MT et tout particulièrement l’Etat, qui possèdera désormais 35 % du capital, ont intérêt à une distribution de bénéfices maximale, comme ils l’ont déjà fait en juin 2004 par le biais d’un super dividende conséquent. Ce qui fait de l’action MT une valeur de rendement avec un "dividend yield" de 6% l’an contre un taux de rémunération moyen de ce terme de 3 % brut.
D’autre part, il ne faut pas oublier que MT sera cotée sur le premier marché d’Euronext à Paris, lequel marché n’accepte que les sociétés d’une capitalisation boursière supérieure à un milliard d’euros. Elle sera donc logée à la même enseigne (au bon sens du terme) que BNP Paribas, France Télécom, HSBC Holding, Shell, General Electric, IBM et bien d’autres parmi les plus grosses entreprises multinationales. C’est, d’ailleurs, une des raisons principales qui devraient donner un peu d’humilité aux commentateurs de mauvaise foi car, de ce fait, une seule et unique note d’information sur Maroc Telecom a été publiée à Casablanca et à Paris, visée par le CDVM et approuvée par l’Autorité des Marchés Français (AMF) qui réunit depuis l’an dernier le gendarme de la bourse française, l’ex COB (commissions des opérations de bourse), et le CMF, (conseil des marchés financiers). Or, chacun sait que depuis l’adoption de loi sur la sécurité financière en France et après le Sarbanes-Oxley Act aux USA, consécutif au scandale ENRON, les sociétés cotées sont juridiquement responsables des informations publiées. Elles sont tenues de maîtriser l’audit interne de leurs comptes et de prendre des commissaires aux comptes indépendants.
Maroc Telecom en s’introduisant à la Bourse de Paris constitue une fierté pour le Royaume en entier et tout particulièrement pour les " faiseurs d’opinions ". Enfin, pour ceux qui l’ignorent, après l’instauration de l’AMF, créée il y a un an par la loi sur la sécurité financière, M.Sarkozy, ministre des finances français jusqu’au 29novembre dernier, a déposé tout juste avant son départ de Bercy un nouveau projet pour doter cette autorité des marchés de moyens accrus afin de renforcer, entre autres, sa capacité à lutter contre les infractions et de favoriser l’émergence d’un environnement propice à des analyses financières objectives.
Si Maroc Telecom a été admise dans un tel contexte réglementaire sur le marché principal de la Bourse de Paris, c’est bien parce que ses fondamentaux sont solides et qu’elle est une valeur digne de jouer dans la cour des grands.
N’en déplaise aux grincheux professionnels et aux donneurs de leçons patentés.
Afifa Dassouli