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Le dirham entre un euro fort et un dollar faible

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Publier le : November 18, 2004

L’Euro, la monnaie européenne,  a atteint ces jours derniers son plus haut, soit 1,3 dollar.
Face à cette situation, qui mine l’économie européenne tout en avantageant celle des Etats-Unis, la BCE (Banque Centrale Européenne) se trouve singulièrement en panne de solution. En effet, son Président, M. Jean-Claude Trichet et son " board of governors " assistent impuissants à la remise en cause de la reprise fragile de l’économie européenne, essentiellement tirée jusque-là par les exportations. La BCE se trouve dans l’incapacité de freiner les mouvements  brutaux qui affectent les cours de la devise européenne et qui font supporter essentiellement à la zone euro le poids des ajustements économiques mondiaux induits par le fait que les Etats-Unis ont délibérément choisi de cumuler les déficits budgétaires, commerciaux et de la balance des paiements, lesquels fragilisent leur monnaie. Inversement, les niveaux actuels de l’Euro  pénalisent de plus en plus les entreprises exportatrices européennes et transforment de ce fait les excédents commerciaux des pays membres de l’UE en déficits chroniques. C’est tout particulièrement  le cas de la France dont le commerce  extérieur, qui affichait un excédent sur les trois dernières années, est tombé  dans le rouge, affichant un déficit pour les neuf premiers mois de l’année 2004 de 3,3 milliards d’euros.
Une situation d’autant plus grave qu’à cette mauvaise performance commerciale, risque de s’ajouter celle de la balance des paiements, rompant ainsi avec plus de 12 années consécutives d’excédents.
Cette conjoncture, qui pénalise gravement l’Europe n’est pas sans incidences sur l’environnement international. Si les économies des pays asiatiques,liées au dollar, en profitent pour améliorer leur compétitivité commerciale, on devrait se poser la question pour le cas du Maroc dont le dirham est très étroitement lié à l’euro.
Mais avant de répondre à cette interrogation, il faut rappeler qu’avec l’avènement de l’euro, le panier des devises de référence de la valeur de change du dirham avait été remodelé dans l’objectif de l’adossement de notre devise nationale à une monnaie faible et destinée à le rester par rapport au dollar, compte tenu de la force de l’économie américaine. Ce choix se justifiait naturellement par une volonté politique de favoriser  l’amélioration de la compétitivité  de nos exportations dans leur zone de destination principale, l’Europe.
C’est ainsi que l’euro constitue aujourd’hui plus de 80% du panier de devises qui est la base de valorisation du dirham, contre 15% pour le dollar et 5% pour les autres devises comme le yen, la livre sterling, la couronne suédoise, etc.
Toutefois, alors que la situation s’est inversée et que le rapport entre le dollar et l’euro pénalise la monnaie européenne, le Maroc a maintenu ce même panier dont il tire aujourd’hui un grand parti. En effet,  quand l’euro est passé, entre le début de janvier 2004 et le 16 novembre, de 1,259  à 1,299 dollar en prenant 3,18%, la valeur de l’euro par rapport au dirham, elle, a évolué de 11,047 à 11,11, soit une appréciation de 0,57% seulement contre une perte de change du dollar par rapport à la monnaie nationale, de 2,51% puisque la devise américaine valait 8,78 dirhams contre 8,58 dh aujourd’hui.  Par rapport à l’euro donc, les produits marocains restent moins chers et donc compétitifs  à l’export alors que nos importations en euros se sont beaucoup renchéries par rapport à celles réalisées en dollar. Mais, l’analyse des chiffres des neufs premiers mois de 2004 montre que le déficit structurel de la balance commerciale du Maroc s’est aggravé pour près d’un tiers s’élevant à 49,9 milliards de dirhams du fait d’un accroissement  des importations plus rapide que celui des exportations, dépréciant le taux de couverture de 62,5% à 56,3% d’une année à l’autre. En outre, les importations ont enregistré une hausse de 14 %, à 114,2 milliards de dirhams, tout en se diversifiant du fait de l’ouverture du pays par la mise en application des accords  de l’OMC. Mais, dans ces importations, la part de la facture pétrolière de 10,5 milliards de dollars, en expansion de 69%, a été amortie par la faiblesse de la monnaie américaine. De même, sur la même période, les exportations marocaines se sont limitées à 64,3 milliards de dirhams contre 53,3 Mdh en 2003, s’améliorant de 2,9 %, essentiellement du fait de l’amélioration des exportations de l’OCP qui atteignent 11 milliards de dirhams tout en pâtissant terriblement de la faiblesse du dollar qui masque leur réelle croissance en volume. 
Ainsi,le déficit commercial du Maroc, s’explique donc beaucoup plus par une faiblesse de son économie à l’exportation, aggravée par son ouverture qui engendre spontanément une multiplication des importations, que par la force ou la faiblesse des devises. Par contre, l’impact  de la faiblesse du dollar, dans le contexte actuel  de crise pétrolière et de flambée du baril qui a pratiquement doublé en 2004 passant de 25 à 43 dollars, est salutaire pour notre pays. En effet, le Maroc, compte tenu de son déficit budgétaire chronique, apprécie à sa juste valeur l’occasion de minorer le poids de sa facture pétrolière. Et ce, d’autant que le déficit de la balance commerciale marocaine est quelque peu compensé par les transferts des MRE et les recettes du tourisme qui ont respectivement progressé sur la période examinée en 2004 de 7,2% et 9,7% à 28,5 milliards et 26,7 milliards de dirhams alors que les investissements étrangers ont stagné.
Un constat s’impose donc en conclusion: l’économie marocaine est sensible à la monnaie dans laquelle sont libellées ses importations du fait de la faiblesse de ses exportations. La flambée internationale des prix pétroliers, aux incidences fondamentales sur nombre de secteurs d’activités nationaux, au poids exorbitant sur une Caisse de Compensation trop sollicitée, est ainsi relativisée grâce à la baisse du dollar.
Le malheur des uns fait le bonheur des autres...

Afifa Dassouli



 

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