Secteur dynamique qui affiche des taux de croissance significatifs au cours de ces dernières années, l’industrie cimentière marocaine fait aujourd’hui face aux défis que lui impose l’ouverture accrue des frontières à la suite des multiples accords de libre-échange signés par le Maroc avec divers partenaires économiques. Le secteur, qui comprend actuellement 4 opérateurs –Lafarge Ciments, Ciments du Maroc, Holcim Maroc et Asment de Témara- adossés à des groupes internationaux – Lafarge, Italcimenti, Holcim Ltd et Cimpor- dispose actuellement d’une capacité de production de 10,8 millions de tonnes. Afin d’éviter une saturation des capacités de production, les différents opérateurs du secteur ont tous annoncé des programmes d’extension de leurs unités et/ou l’implantation de nouvelles unités et ce pour porter la capacité globale du secteur à plus de 16,7 millions de tonnes à l’horizon 2010. Pour cela, pas moins de 6,5 millions de dirhams d’investissements sont annoncés par les acteurs du marché pour faire face à la dynamique de la demande du marché.
Reste que les défis majeurs auxquels devront faire face les entreprises du secteur sont aujourd’hui liés à l’ouverture accrue de l’économie marocaine suite à la multiplication des accords de libre-échange. Dans ce cadre, celui signé avec quatre pays arabes, plus connu sous le nom d’accord quadrilatéral (Maroc, Egypte, Jordanie et Tunisie) constitue un défi majeur pour la compétitivité de l’économie marocaine en ce sens qu’il entre en vigueur dès 2005, après sa ratification. Du fait de l’absence d’un délai pour se mettre à niveau, l’industrie cimentière marocaine fera face à une concurrence accrue de ses homologues des pays cités, particulièrement ceux de l’Egypte. Dans cette compétition, les cimentiers marocains partent avec un handicap majeur, celui de l’environnement dans lequel ils évoluent comparativement aux producteurs égyptiens. Le coût de la main-d’œuvre relativement élevé, l’imposition conséquente des entrants soumis à la TIC, le surcoût de l’énergie par rapport aux autres pays de la région ..., sont autant de facteurs qui amenuisent la compétitivité des industriels marocains. Toutefois, comme l’expliquent les analystes, si le prix de vente du ciment au Maroc (65 dollars la tonne) est l’un des plus élevés de la région -54 dollars en Tunisie et 52 dollars en Egypte-, il n’en demeure pas moins que les producteurs qui s’attaqueront au marché marocain sont appelés à supporter un certains nombre de charges dissuasives (TIC, taxe spéciale sur le ciment, coûts de fret maritime, coût de transport terrestre, coûts de stockage, etc.). Ainsi, selon le scénario construit par ces analystes, le prix de revient de la tonne de ciment importée d’Egypte dépasserait 75 dollars la tonne. En plus, la mise en place de la nouvelle norme marocaine (NM 10/10/004-2003 homologuée en juin 2003) de qualité proche de celles adoptées par les pays européens, constitue en plus une barrière non tarifaire, non négligeable qui impose aux exportateurs étrangers une configuration adaptée aux besoins du marché marocain. La fidélisation accrue de la clientèle et la diversification des opérateurs nationaux (Béton prêt à l’emploi, granulats, produits adjuvants, etc.) assurent davantage la protection des producteurs nationaux. C’est dire, qu’en fait, il n’y a pas encore vraiment péril en la demeure. N’empêche, conscient de la nécessité d’encourager le secteur cimentier à améliorer sa compétitivité, et vu son poids dans l’économie nationale, plus de 5 % du PIB, l’État se penche de plus en plus sur les moyens à même de lui doter les moyens à même de concurrencer à armes égales les opérateurs étrangers, égyptiens particulièrement. Dans ce cadre, “il est important d’accélérer le processus de libéralisation du secteur énergétique en vue de permettre aux opérateurs de s’approvisionner en énergie à moindre coût notamment en provenance de l’Espagne ou de l’Algérie”, soulignent les analystes du Département analyse et recherche d’Attijariwafa bank.
Fondamentaux solides
Sur un autre registre, l’analyse des fondamentaux des sociétés cotées du secteur révèle une assise bilantielle saine. Les capitaux propres de Lafarge, Ciments du Maroc et Holcim ressortaient à fin décembre 2003 respectivement à 2 707 MDH, 1 836 MDH et 758 MDH, en progressions annuelles moyennes respectives de 18,21 %, 12,47 % et 8,19 % sur la période 1995-2003. Pour ce qui est de la rentabilité des fonds propres (RoE) des trois cimentiers, c’est Holcim qui affiche le meilleur ratio (33,3 %), du fait de la faiblesse relative de ses fonds propres, contre 32,9 % pour Ciments du Maroc et 23,9 % pour Lafarge. La rentabilité des actifs (RoA) est également très appréciable au niveau du secteur. C’est Ciments du Maroc qui présente le taux le plus élevé, 23,1%, contre 19,3 % pour Holcim et 18,1% pour Lafarge.
Par ailleurs, dégageant une trésorerie structurellement excédentaire, les cimentiers marocains présentent un endettement net négatif de par la prépondérance de la trésorerie active et des titres et valeurs de placement. A fin 2003, l’endettement net de Ciments du Maroc et Lafarge se situait respectivement à -815 MDH et -807 MDH contre -296 MDH pour Holcim suite aux distributions de dividendes exceptionnelles.
Au niveau des croissances bénéficiaires, le secteur cimentier affiche des taux largement supérieurs à ceux du marché. Ainsi, pour la période 2001-2003, les taux de croissance annuels moyens des bénéfices de Holcim, Lafarge et Ciments du Maroc ressortent respectivement à 49,4 %, 28,3% et 23,1%.
Décotes importantes
Enfin, concernant la valorisation des entreprises cotées, “l’agrégation de l’ensemble des méthodes de valorisation nous permet de conclure que globalement les titres du secteur cimentier sont correctement valorisés et que le prix actuel intègre parfaitement les anticipations de croissance desdites valeurs”, souligne t-on dans l’étude. Toutefois, poursuivent les analystes d’Attijariwafa bank, “avec la baisse du marché constaté au cours des mois de septembre et octobre, les titres Lafarge, Holcim et Ciments du Maroc ressortent avec des décotes globales de respectivement 33,5 %, 42,9 % et 18,6%”. Si plusieurs méthodes de valorisation ont été utilisées –ratio d’exploitation, ratio de rentabilité, multiples boursiers, multiples de rendements, ratio de comparaisons à l’international, etc.- pour cette valorisation, les analystes soulignent tout de même que “la méthode d’actualisation des cash flow d’exploitation (DCF) semble la plus appropriée pour l’évaluation du secteur”, en ce sens que, “cette approche traduit la dynamique de croissance à laquelle adhère le secteur” poursuivent-ils. Selon cette méthode, qui se base sur un certain nombre d’hypothèses –une prime de risque du marché de 4,5 %, taux de croissance des cash flows d’exploitation à l’infini de 3% au-delà de 2010, un taux sans risque de 4,9 %, etc.- les valeurs théoriques des titres Lafarge, Ciments du Maroc et Holcim ressortent respectivement à 2 843 dirhams, 1 549 dirhams et 1 276 dirhams alors que les cours des titres ressortaient respectivement à 2 545 dirhams, 1 485 dirhams et 1 214 dirhams au 29 octobre 2004.
Partant, les analystes du Département d’analyse et recherche d’Attijariwafa bank recommandent les titres des trois cimentiers à l’achat.
MD