Avec près de 400 000 clients actifs actuellement dont 70% de femmes, plus de 1,5 million de prêts octroyés depuis les débuts de la microfinance en 1993 pour un encours total de 3,4 milliards de dirhams, représentant environ 60 % de l'encours et du nombre de clients servis au niveau de la zone Méditerranée Sud, c'est dire que le Microcrédit a vraiment connu une percée significative au Maroc. Il n'en demeure pas moins, que beaucoup reste à faire pour atténuer la pauvreté dans le Royaume - 20% de la population vit sous le seuil de la pauvreté selon la Banque Mondiale - en permettant à de plus en plus de marocains, exclus des circuits de financement classiques, de bénéficier de petits prêts à même de les aider à sortir de la pauvreté dans laquelle ils se trouvent. Cela ne sera possible que lorsque tous les acteurs socio-économiques apporteront leurs soutiens aux associations de microcrédit. M.Brahim Benjelloun-Touimi, Président PlaNet Finance Maroc, l'a bien résumé en soulignant que "la microfinance au Maroc est une affaire de militantisme", en ce sens "qu'il s'agit de convaincre d'autres acteurs d'apporter leur pierre à l'édifice", a t-il poursuivi.
C'est conscient de cette situation que PlaNet Finance Maroc, organisme à but non lucratif ayant pour objectif de contribuer au développement du secteur de la microfinance, s'est attelé, en collaboration avec la FNAM, a promouvoir le développement du secteur à travers la mise en place d'un certain nombre de chantiers. En premier lieu, il y a la mise en place de la Centrale des risques qui sera opérationnelle à partir de mars 2005. A première vue, on peut se demander à quoi sert réellement une Centrale des Risques (CdR) pour un secteur dont le taux d'impayés ne dépasse pas 0,03%. M.Sébastien Duquet, Directeur de PlaNet Finance Maroc, justifie sa création par le fait que "les conditions exceptionnelles actuelles de remboursement du secteur pourraient ne pas durer avec l'expansion des réseaux de distribution et la multiplication d'endettement croisé". L'adage selon lequel "il vaut mieux prévenir que guérir" a été bien assimilé. Selon M. Sébastien Duquet, cette centrale a pour objectif "d'éviter le surendettement des clients en fournissant un outil pratique de recensement consolidé des engagements clientèles aux différentes associations du secteur". Ainsi, la Centrale va collecter des informations sur les micro-entrepreneurs constituant le portefeuille des différentes institutions de Microfinance, afin de connaître leurs antécédents et leurs capacités de remboursement, et de constituer une base de données consultable par les Institutions de Microfinance partenaires moyennant une cotisation. PlaNet Finance Maroc apporte un soutien technique aux associations qui le souhaitent pour développer leurs outils technologiques et acquérir le logiciel dédié au suivi du portefeuille de prêts.
Centrale des Risques
A côté de la Centrale des Risques, PlaNet Finance Maroc a mis un accent particulier sur la promotion et la transparence du secteur de la microfinance en pleine phase de structuration. Dans ce cadre, il a lancé un portail internet interprofessionnel pour le secteur au Maroc (microfinanceaumaroc.com) avec pour missions de faciliter l'échange d'informations entre les acteurs du secteur et l'extérieur et de doter aux membres de FNAM des outils interactifs décentralisés. En plus de cette vitrine interactive du secteur, et afin d'offrir plus d'informations sur ce secteur, une cartographie interactive a été développée par PlaNet Finance Maroc. La mise à jour de celle-ci sera effectuée par les associations sur une base trimestrielle. La cartographie permettra ainsi d'avoir une visibilité plus claire sur les implantations existantes des agences au niveau régional, provincial et communal.
Par ailleurs, PlaNet Finance Maroc a financé l'étude de l'impact du microcrédit sur le développement des micro-entreprises et sur l'amélioration des conditions de vie. Réalisée auprès de 1 300 bénéficiaires des 11 associations de microcrédit marocaines dans 7 régions du Royaume, les résultats de cette étude faite selon la méthodologie IKM (Impact-Knowledge-Market) seront présentés très prochainement.
Refinancement
En outre, et dans le souci d'accélérer le développement de la microfinance dans les régions rurales, les zones les plus marginalisées du pays, PlaNet Finance Maroc, la fondation Zakoura et la Fondation BMCE avaient lancé en 2003 un projet pilote de microfinance en milieu rural. A travers cette initiative, les trois partenaires mettent leurs compétences en commun pour développer la microfinance dans ces zones défavorisées afin de permettre aux populations rurales de développer durablement des activités génératrices de revenus. Ce projet-pilote a bénéficié à 500 personnes de trois douars très reculés dont ceux de Aït Iktel (près de Marrakech) et Aït Lhaj Taher (près de Khemisset). A noter qu'aujourd'hui encore, le taux de pénétration du microcrédit au niveau du monde rural reste inférieur à 10 %.
Enfin, partant du fait que l'un des obstacles majeurs au développement du microcrédit au Maroc reste lié à celui du financement, "PlaNet Finance Maroc étudie la faisabilité de la mise en place d'un instrument pérenne facilitant le refinancement des Institutions de Microfinance (IMF) marocaine", a laissé entendre M. Duquet. Ce fonds aura comme objectif de prêter ou de donner de l'argent aux IMF tout en garantissant les investisseurs. En attendant, l'organisme œuvre à trouver des moyens financiers pour certaines associations. Ainsi, à travers ses concours, l'association Al Karama a pu obtenir un financement de 20 000 euros via le Fonds de Crédit Rotatif international de Planet Finance. Le problème de refinancement explique en grande partie la faiblesse de l'encours moyen du prêt pour l'ensemble du secteur. Celui-ci est compris entre 1 300 et 1 400 dirhams, ce qui correspond à un taux de pénétration compris entre 10 % et 15 % du PIB par habitant, alors que la norme pour les meilleures institutions de microfinance dans le monde dépasse les 70%.
Plan comptable propre
Intervenant lors de cette rencontre, le Président de la FNAM, M. Rida Lamrini, est revenu sur la problématique que pose le refinancement des IMF au Maroc. Tout en saluant l'effort fait par le législateur marocain en dotant le secteur d'un arsenal juridique qui a permis son développement, Le Président de la FNAM souligne que "le cadre législatif est appelé à évoluer et à suivre le développement du secteur du microcrédit". L’assouplissement du cadre régissant le secteur, lui permettant par exemple de collecter l'épargne et d'élaborer de nouveaux produits financiers adaptés à sa clientèle non bancarisée, comme ce fut le cas dans certains pays asiatiques où la microfinance est très développée, est jugé nécessaire afin que le secteur puisse atteindre les objectifs qu’ il s'est fixé: porter le nombre de bénéficiaires de microcrédits à un million et porter l'encours du secteur à 4,5 milliards de dirhams. Il a par ailleurs souligné le professionnalisme des membres de l'association et la transparence qui prévaut dans le secteur. pour ce dernier point, "un plan comptable propre au secteur du microcrédit est en voie de finalisation et sera remis bientôt aux autorités compétentes du Royaume", a révélé M.Lamrini.
Moussa Diop
Principaux objectifs de PlaNet Finance Maroc
PlaNet Finance Maroc est la représentation au Maroc de PlaNet Finance, un organisme à but non lucratif qui a pour objectif de contribuer à la lutte contre la pauvreté à travers le développement du secteur de la microfinance. PlaNet Finance Maroc ambitionne d’aider les associations de microcrédit et leurs fédérations en leur fournissant des services opérationnels en terme de capacités de financement et de structuration pour faciliter leur croissance et pérenniser leur développement. Dans ce cadre, elle a développé avec les autorités marocaines, les Institutions de Microfinance marocaine et la FNAM, son plan d’action dont les objectifs à long terme sont :
- accompagner les IMF dans leur développement, grâce à la mise en place d’une centrale des risques,
- les aider dans la recherche de financement, via des missions de rating, et la mise en place d’un mécanisme pérenne facilitant le refinancement du secteur,
- favoriser la reconnaissance du secteur auprès des acteurs économiques et institutionnels marocains, par la mise en place d’une conférence régionale, la création d’un portail de la microfinance au Maroc et d’une cartographie,
- fournir aux institutions de Microfinance des outils techniques et méthodologiques leur permettant d’améliorer leurs outils de gestion, afin d’atteindre les benchmarks internationaux, grâce notamment à la mise en place d’un Centre de Ressources et de Formation et un soutien au développement de leur SIG (Système d’information de gestion)