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Nouvelle charte entre Attijariwafa bank et le Crédit Agricole

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Publier le : November 4, 2004

C’est ainsi qu’après son absorption d’Indosuez, le Crédit Agricole français était devenu le partenaire stratégique du groupe Wafabank. En effet, cette banque marocaine répondait à ses objectifs fondamentaux de développement à l’international et notamment dans un pays de la rive Sud de la Méditerranée. C’est dans cet esprit qu’il renforça sa position dans le capital de Wafabank, passant de 9 % à 15 %. Mais, à la suite de l’acquisition du Crédit lyonnais par le Crédit Agricole et, d’autre part, la prise de participation de 33 % de Wafabank dans le capital du Crédit du Maroc, filiale du Lyonnais, les perspectives d’une relation plus étroite entre la Wafa et le Crédit Agricole étaient données comme probables par nombre d’analystes et d’observateurs qui croyaient fermement en un renforcement substantiel de la banque française dans le capital de son homologue marocaine.
Jusqu’à la mi-2003, on a donc cru à un rapprochement entre Wafabank et le Crédit du Maroc, avant que les solides préventions du PDG du Crédit Lyonnais, M. Jean Peyrelevade à l’époque, envers le PDG de Wafabank, M. Abdelhak Bennani, ne fassent cesser toutes les rumeurs de rapprochement.

Espoirs déçus

Pourtant, les dirigeants de Wafabank avaient cru que l’entrée du Crédit Agricole dans le capital du Crédit Lyonnais induirait une amélioration des relations avec cette banque, alors que des concurrentes françaises renforçaient leur présence au Maroc, telle la Société Générale ou BNP Paribas.
Mais, fondamentalement, le différend était trop profond entre un management marocain qui, sous la houlette de M. Abdelhak Bennani, aspirait à la direction de la nouvelle entité née d’une fusion entre Wafabank et le Crédit du Maroc et les dirigeants du Crédit Agricole-Crédit Lyonnais qui, également, voulaient assurer la direction effective de cette banque.
Bien évidemment, toutes ces projections et tous ces calculs furent chamboulés le 24 novembre 2003, lorsque fut officiellement annoncé le rapprochement entre la BCM et Wafabank.
La BCM, avant d’acheter Wafabank, avait d’ailleurs informé de ses intentions les actionnaires étrangers des deux établissements.
Très vite ensuite, les dirigeants de la Banque Commerciale du Maroc prirent attache avec leurs confrères du Crédit Agricole pour les assurer, alors que s’organisait la fusion entre la BCM et Wafabank, de leur volonté de construire la nouvelle entité en partenariat avec tous leurs actionnaires.
Durant tout le premier trimestre 2004 donc, un flux soutenu et important d’informations s’organisa entre les dirigeants de la BCM et du Crédit Agricole tout particulièrement dans l’optique de la création d’un nouveau partenariat qui tiendrait compte des relations croisées Crédit Agricole-Wafabank et Wafabank-Crédit du Maroc, alors que de surcroît, le Crédit Agricole avait des participations importantes dans deux des filiales de Wafabank, Wafasalaf, par l’intermédiaire de sa société de crédit à la consommation SOFINCO, et Wafa Gestion par le biais de Crédit Agricole Asset Management (CAAM), dont il possédait d’ailleurs  la minorité de blocage, 35 %. Pourtant, le comportement du Crédit Agricole n’était pas le même au niveau de ses deux participations. En effet, SOFINCO, compte tenu du fait qu’il s‘agissait de la première relation à l’international qu’il nouait dans un métier très risqué, nécessitant systèmes de reporting, scoring et contrôles, s’est beaucoup impliqué dans la gestion avec quatre conseils d’administration par an, alors qu’avec la même relation de capital, CAAM, ne s’est pas réellement investi dans la conduite de Wafa Gestion.
On rappellera que ces partenariats avaient été noués au début des années 90 pour donner un coup de fouet aux métiers para bancaires par des associations avec des partenaires étrangers pour bénéficier de leur expertise. Sachant qu’un investisseur étranger accepte de prendre une participation soit dans l’optique d’un placement financier pour en attendre un rendement, soit dans l’optique d’un projet industriel via un un partenariat stratégique capitalistique dans l’objectif de créer de la richesse et d’en profiter, on a pu percevoir, très vite, que les comportements de cet actionnaire étranger penchait plutôt vers la seconde option. Cela a supposé d’ailleurs un transfert de know how et l’attitude d’un partenaire qu’on consulte et qu’on écoute. Le Crédit Agricole, banque universelle répondant en termes de management aux normes internationales, a eu avec ses filiales marocaines les mêmes exigences que celles imposées aux autres, tout en respectant une certaine souplesse qui tenait compte de l’environnement local.

Un champion national est né dans la gestion d’actifs

Mais aujourd’hui, la relation du Crédit Agricole avec Wafabank a évolué depuis l’acquisition de la banque par la BCM et l’érection d’Attijariwafa bank. En effet, dans un premier temps, le Crédit Agricole a cédé 10 % de sa participation dans Wafabank tout en apportant le reliquat, soit 5 % du capital de Wafabank à l’OPE lancée par la BCM. C’est ainsi qu’il se retrouva avec une participation d’à peine 2 % dans la nouvelle entité. Mais la relation avec Attijariwafa bank n’était pas pour autant coupée puisque la nouvelle banque détenait 33 % du capital de Crédit Du Maroc, filiale du Crédit Agricole et celui-ci conservait la minorité de blocage dans les deux filiales de Wafabank, Wafasalaf et Wafa Gestion. Il fallait donc nouer un nouveau partenariat, lequel vient d’aboutir après une longue négociation. Il se matérialise par une charte qui redéfinit et reformule les nouveaux liens entre Attijariwafa bank et le Crédit Agricole. Le document qui en fixe les termes et les modalités devrait d’ailleurs être signé dans les prochains jours par le Président Khalid Oudghiri d’Attijariwafa bank et celui du Crédit Agricole, René Caron. Ce faisant donc, le Crédit Agricole témoigne clairement de sa volonté de renforcer sa présence au Maroc à travers le Crédit Du Maroc, mais également dans le crédit à la consommation et la gestion d’actifs.
Certes, ce partenariat s’applique pour l’heure, aux seules activités de crédit à la consommation et de gestion d’actifs, il peut cependant présager d’un élargissement aux activités bancaires entre Attijariwafa bank et le Crédit Du Maroc. En effet, dans le crédit à la consommation, la situation est claire du fait que CDM n’a pas de filiale dans cette activité et que la BCM est sortie d’Attijari Cetelem. SOFINCO  reste donc actionnaire à 35 % de Wafasalaf, ce qui ne pose pas de problèmes majeurs. Par contre, dans la gestion d’actifs, Crédit Agricole Asset Management se retrouve avec deux antennes au Maroc, celle de Crédit Du Maroc Gestion et de Wafa Gestion, laquelle intègre Attijari Management. Le Crédit Agricole propose donc de procéder à l’intégration des trois sociétés de gestion, tout en souhaitant garder la minorité de blocage de la nouvelle entité. C’est ainsi que Wafa Gestion, Attijari Management et CDMG, réunis dans une nouvelle structure, seraient la filiale partielle du Crédit Agricole au Maroc pour la gestion d’actifs et relèverait de CAAM.
Un tel choix, assurément, est basé sur la réussite exemplaire enregistrée avec Wafa Gestion et le pose ainsi comme un investisseur stratégique industriel.
La nouvelle entité de gestion d’actifs qui naîtra de la fusion de Wafa Gestion, Attijari Management et CDMG, sachant que ces trois sociétés ont des clients communs comme les grandes entreprises et les institutionnels, les synergies qui seront mises en oeuvre induiront des économies d’échelle qui permettront d’offrir aux clients les mêmes produits et prestations à des conditions meilleures en termes de coûts, et de performances et de qualité de service.
Dans le même sens, il a été décidé que le réseau d’agences du Crédit Du Maroc distribuera les produits d’assurance de Wafa Assurance et que les deux banques travailleront également en synergie sur les gros dossiers de crédit et de partenariat avec leurs clients communs.
Ce nouveau pacte d’actionnaires résulte donc de tous ces accords et devra ficeler ces relations en termes de procédures de décisions, de choix stratégiques, d’investissements, de politique de distribution et de management de façon générale. 
La réussite de l’opération de rapprochement entre Attijariwafa bank et le Crédit Du Maroc  dans la gestion d’actifs peut constituer donc le fer de lance d’un rapprochement des deux banques dans les trois ou quatre années à venir. C’est décidément bien d’un champion national dont on parle ici puisque si Attijariwafa bank est déjà la première banque commerciale du pays aujourd’hui avec la BCP, elle sera la seule en tête en s’alliant au CDM. En acquérant Wafabank, la BCM ne pouvait ignorer qu’elle se donnait cette possibilité de faire d’une pierre deux coups.

Afifa Dassouli



 

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