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Les baisses inexplicables du marché boursier

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On ne le dira jamais assez, si le marché action est de loin le placement le plus rentable, à moyen et long terme, il n’en demeure pas moins qu’il est également le plus volatile. Les soubresauts du marché durant ces deux derniers mois sont là pour nous rappeler que le couple rendement/risque doit être entièrement pris compte par tout investisseurs sur le marché actions. Du coup, la nécessité de passer par des experts de la gestion des actifs qui sont à même de suivre l’évolution quotidienne du marché et réagir aussi promptement que possible pour atténuer les baisses brusques du marché est recommandée. Les baisses enregistrées durant ces deux derniers mois, particulièrement en octobre, sont venues rappeler cette dure réalité du marché. Alors que tout le monde s’attendait à ce que le marché poursuive son mouvement baissier sous la conjonction de plusieurs facteurs plutôt favorables, c’est le contraire qui s’est produit. Après avoir atteint le 10 septembre dernier la barre des 4 649,41 points, le MASI a entamé un mouvement de repli qui s’est accéléré durant le mois d’octobre pour clôturer le mois à 3855,09 points, soit une perte de 749,32 points. L’indice a vu ses gains annuels passer durant la période de +17 % à une contre-performance de -3,48%. La baisse est le fait en grande partie des plus grosses capitalisations du marché. A titre d’exemple, les titres Managem, Lafarge, SNI, Holcim Maroc, Ciments du Maroc, Sonasid, Centrale Laitière et ONA ont perdu respectivement
-32,58%, -27,45 %, -30,20%, -28,95%, -29,30 %, -30,45%, -22,06 % et -18,45%. Conséquence, l’indice du MADEX a perdu 670,66 points, entre le 10 septembre et le 29 octobre, pour s’établir à 2 882,08 points, ramenant son gain annuel à -9,81%.
Du coup, la capitalisation boursière du marché est tombée de 145,982 milliards de dirhams à 114,667 milliards de dirhams, soit une perte sèche de 31,315 milliards de dirhams en 36 séances.

Quelques facteurs explicatifs

Derrière ce mouvement baissier, plusieurs explications sont avancées. D’abord, il y a l’effet des prises de bénéfices. Certains investisseurs, ayant constaté que les cours de certains titres ont atteint des niveaux jugés plutôt hauts par rapport à leurs perspectives bénéficiaires, ont préféré liquider leurs positions engrangeant au passage de conséquentes plus-values. Le suivisme de certains investisseurs a fait le reste entretenant un mouvement vendeur dans un marché marqué par son illiquidité. Du coup, ce sont presque toutes les valeurs qui sont touchées, même celles qui présentent des fondamentaux solides. Ensuite, l’argument de la présentation des résultats semestriels a été avancé pour justifier la baisse des cours. A noter que pris globalement, le marché a réalisé des résultats en progression. Le chiffre d’affaires semestriel du marché a progressé de 6 % pour s’établir à 48,20 milliards de dirhams. Cette progression est appréciable quand on sait que la croissance attendue du PIB pour l’année en cours ne devrait pas dépasser 3,5 %. Le résultat d’exploitation s’est apprécié de 7,1 % à 7,60 milliards de dirhams et ce malgré les effets de l’intensification de la concurrence dans certains secteurs et la hausse des cours de plusieurs matières premières importées. La maîtrise des coûts devenant le leitmotiv des entreprises cotées. Mieux, le résultat net du marché s’est apprécié de 21,5 % à 4 344,7 milliards de dirhams. C’est dire que l’argument de la baisse se justifiant par la publication des résultats semestriels ne tient pas à lui seul comme facteur explicatif du repli du marché boursier. Des valeurs comme ONA, Centrale Laitière et SNI ont vu leur cours chuter respectivement de -22,06 %, à 760 dirhams, -19,42 %, à 4 840 dirhams et -30,20 % 705 dirhams alors que les résultats semestriels de ses sociétés ont été plutôt positifs.

L’effet du secteur cimentier

Toutefois, ce facteur ne peut être totalement évacué quand on sait que certains secteurs sur lesquels les investisseurs et gérants de fonds avaient beaucoup misé ont beaucoup déçu en présentant des résultats largement en déça des attentes du marché. C’est le cas particulièrement du secteur Ciments & Matériaux de construction dont le résultat net semestriel a baissé de -8,2 % à 1 031,3 MDH. La hausse des matières premières sur le marché international, les craintes du secteur liées aux accords de libre-échange, le ralentissement relatif des ventes du ciments, etc, sont autant de facteurs qui ne manqueront pas d’impacter négativement sur les résultats des cimentiers. En plus, et comme les cours des acteurs du secteur avaient atteint des performances très appréciables -+48 % pour Ciments du Maroc, +32,6 % pour Holcim Maroc et +38,3 % pour Lafarge Ciments au 10 septembre 2004-, les investisseurs ont préféré réaliser des plus-values que de rester scotchés à ces titres. Le mouvement de vente qui a suivi s’est soldé par des baisses conséquentes des cours des cimentiers durant la période allant du 10 septembre au 29 octobre. Ainsi, les Ciments du Maroc, Holcim Maroc et Lafarge ont cédé respectivement -29,30 %, à 1 151 dirhams, -28,95 % à 945 dirhams, et -27,45 % à 1995 dirhams. Dans le même sillage que les cimentiers, la Sonasid a suivi la tendance. Après un résultat net semestriel en recul -22,5 % à 196,4 MDH, l’action du siderurgiste a été durement sanctionnée par le marché en cédant sur la même période plus de 30,45% à 619 dirhams. En gros, le secteur Ciments et Matériaux de Construction demeure actuellement le principal responsable de la baisse du marché boursier et de la capitalisation boursière de la place. Reste que la baisse des cours des entreprises du secteur est exagérée. Celui-ci demeure l’un des plus rentables. A fin juin 2004, la marge opérationnelle et la marge nette du secteur ce sont établies respectivement, bien qu’en baisse, à 32,9 % et 19,3%, contre 15,8 % et 9,0% pour le marché. De plus, les craintes liées à l’ouverture des frontières à partir de 2005 dans le cadre de l’accord de libre-échange Quadrilatéral –Egypte, Maroc, Jordanie et Tunisie- et donc de l’invasion du marché national par le ciment et l’acier égyptien sera atténué par les promesses du Gouvernement de baisser de 7% à 20 % le prix de l’énergie. Cette décision aura un impact positif sur l’amélioration de la compétitivité du secteur et ce d’autant que le Gouvernement ne compte pas s’arrêter en si bon chemin, se fixe comme objectif de ramener à terme le prix moyen du Kwh à un niveau sensiblement proche de celui pratiqué au niveau du pourtour méditerranéen. A cela, il faut ajouter que les demandes du ciment demeureront plus ou moins vigoureuses sous l’effet de la poursuite de la politique du logement social, la mise en place des infrastructures de base (autoroutes, ponts et barrages, tourisme...), etc.

Effet Maroc Télécom !

Autre argument avancé pour justifier le mouvement vendeur derrière la baisse du marché, l’arrivée prochaine de Maroc Télécom au niveau de la cote. Et pour cause, certains avancent que plusieurs épargnants et investisseurs liquident leurs titres des autres sociétés pour pouvoir acquérir autant d’actions Maroc Télécom accentuant du coup la baisse du marché. Si une telle explication est plausible, il n’en demeure pas moins nécessaire de se poser sur l’opportunité de brader des titres de certaines valeurs ayant fait leur preuve et disposant de fondamentaux solides et des perspectives de croissance intéressantes. 
En somme, le mouvement de repli se justifie surtout par le manque de profondeur du marché. La faible liquidité des titres et le suivisme des investisseurs font qu’à la moindre alerte les cours baissent parce que les suiveurs préfèrent brader leurs actions pour trouver preneurs. L’arrivée de Maroc Télécom à la fin du mois de novembre –les souscriptions étant programmées entre le 22 octobre et le 03 novembre 2004- apportera un peu plus de profondeur au marché.

Moussa Diop



 

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