La Nouvelle Tribune : Alors que le GPBM différencie, dans ses statistiques sur le système bancaire, les banques publiques ou ex-OFS, des privées, la Banque Populaire a toujours fait exception et été classée dans la seconde catégorie. Aujourd’hui, en introduisant 25 % de votre capital à la Bourse, êtes-vous devenus une banque commerciale privée à part entière ?
M. Noureddine Omary: Je pense qu’à l’époque, la distinction se faisait essentiellement sur la mission spécifique réservée à certaines banques, qui étaient en plus à forte dominance publique. Effectivement, autant pour le CIH que pour la CNCA par exemple, la mission était réservée au financement de secteurs particuliers, alors que les banques dites commerciales, avaient, en principe, vocation générale à s’intéresser à tous les secteurs.
Aujourd’hui, de par le principe de l’universalité, cette distinction n’est plus de mise.
S’agissant du Crédit Populaire du Maroc, (CPM), même si la loi lui avait défini, par le passé, une mission spécifique d’accompagnement du secteur de l’artisanat et des PME, il intervenait de manière variée dans différents secteurs.
J’ajouterai, qu’en plus de l’aspect activité et cette fois-ci en référence au statut juridique des composantes du CPM, seule la BCP appartenait quasiment en totalité à l’Etat, à travers le Trésor et des organismes publics ; les Banques Populaires Régionales, organisées sous forme de coopératives, appartenaient et appartiennent toujours à leurs sociétaires. En plus, l’ensemble était organisé et géré à l’image des banques commerciales.
Aujourd’hui donc, l’introduction en bourse de la BCP ne change en rien nos activités ni nos modes d’organisation et d’intervention qui sont ceux d’une véritable banque commerciale. Nos intérêts pour une meilleure rentabilité et une plus grande maîtrise des risques sont tout simplement renforcés.
A ce titre, par rapport au " grand champion que constitue désormais Attijariwafa bank, comment situez-vous votre groupe ? En effet, un rapprochement statistique rapide nous montre que vous êtes numéro Un en terme de dépôts alors qu’Attijariwafa bank se place en première position pour les crédits.
Permettez-moi, tout d’abord, puisque vous évoquez cette nouvelle banque unifiée, de saluer la naissance de ce nouveau champion national. Je ne peux que me féliciter de l’existence sur la scène marocaine d’une puissance financière qui, j’en suis convaincu, aidera à la promotion de l’investissement et au développement économique et social du pays. Je crois que nous allons travailler en bonne intelligence dans le respect des règles de concurrence, certes, mais avec également le souci de chercher à participer ensemble et avec d’autres, au financement de grands projets nationaux. Nous aurons à la fois des zones de concurrence et des zones de complémentarité ; comme en atteste l’accord signé il y a quelques jours pour financer de grands projets de l’ONCF avec, notamment Attijariwafa bank, la BMCE et d’autres établissements de la place pour un montant de 2,8 milliards de dirhams. Aucune banque n’aurait pu faire, seule, un tel effort.
Autant donc, le CPM agira pour que la concurrence se développe entre les banques au profit des consommateurs, des investisseurs et de la qualité des services rendus aux clients, autant il cherchera les opportunités de travail en commun sur de grands projets nationaux.
Ceci étant, pour en revenir à votre question, si nous sommes aujourd’hui premiers en termes de dépôts, nous le sommes également en matière d’emploi global des ressources collectées, car, vous le soupçonnez, nous ne collectons pas de l’épargne pour la thésauriser. L’ensemble des ressources collectées sont employées, d’une part, en crédit à l’économie où certes nous occupons la 2ème place du système bancaire avec plus de 23% (base banques commerciales) et d’autre part, en financement des activités de marché où nous occupons la 1ère place, avec plus de 42MM DH investis.
Ceci étant, au-delà des comparaisons, utiles certes, en termes de parts de marché, le CPM cherche surtout à diversifier ses interventions au profit de tout le tissu économique national et de l’ensemble des consommateurs dans leur extrême diversité, en maîtrisant le plus possible ses coûts pour réduire le niveau des taux débiteurs et garantir davantage de rentabilité à nos sociétaires et à nos actionnaires. Et j’estime, modestement, que nous réalisons des performances intéressantes à ce titre, au niveau du secteur bancaire national.
De ces propos, je retire que la naissance d’un champion national dans la finance s’ajoute, en fait, aux efforts de la Banque Populaire. Ne faut-il pas y voir, avec ces deux ensembles, la récupération d’une partie du système bancaire et son affectation à des missions de développement national ?
Vous savez, on constate actuellement sur la scène internationale, et notamment dans les pays développés, que la libéralisation ne s’applique qu’avec parcimonie au secteur financier. Il est très difficile, par exemple de pénétrer le système bancaire américain ou français.
On pense généralement que ce secteur vital pour tout pays, doit répondre aux priorités de développement économique et social du pays considéré sans que cela ne signifie, à l’extrême, le blocage de toute libéralisation.
Pour en revenir au cas du Maroc, je pense qu’effectivement les deux ensembles que vous évoquez auront à jouer un grand rôle à l’avenir. Ceci étant, autant on peut aujourd’hui se féliciter de la présence de banques dites marocaines importantes, par référence, à la majorité du capital social, autant on n’a pas à regretter la présence de banques à majorité étrangère, tant, d’abord, elles sont enracinées dans le milieu entreprenarial marocain et tant, par ailleurs, elles apportent, il me semble, leurs contributions à l’effort de financement de l’économie nationale et de modernisation du secteur bancaire et financier. La compétition avec de telles banques comme le travail en commun dans le cadre d’opérations consortialisées constituent de bonnes opportunités de progrès.
A ce titre, je soulignerai encore que d’une part, la libéralisation de notre économie nous incite à nous ouvrir sur les réseaux financiers internationaux et non à nous replier sur nous-même et que, d’autre part, nous entretenons les meilleures relations avec toutes les banques de la place même si parfois l’histoire et les ambitions pour l’avenir peuvent justifier un penchant plus accentué pour l’une ou l’autre.
Les banques marocaines ont-elles une influence sur la détermination des grandes orientations économiques du pays. Ainsi, qu’auriez-vous voulu, par exemple, demander à M. Oualalou au niveau de l’actuel projet de Loi de Finances ? On sait que vous avez demandé, en tant que GPBM, un taux d’IS à 35 % et l’affectation du différentiel avec le taux actuel de 39,6% imposé aux banques, à un fonds de restructuration des PME. Qu’en est-il, au fond, de votre action à l’échelon macro-économique ?
Effectivement, le GPBM peut paraître quelque peu discret en tant que force de proposition dans le domaine économique et social. Les rares réunions du CNME ne constituent pas de véritables opportunités pour évoquer en profondeur de tels aspects.
Certes, les relations sont continues avec le Gouvernement et les Autorités Monétaires pour orienter la politique d’épargne et le financement vers les priorités nationales. Il demeure et nous en avons pris conscience, qu’il s’agit pour nous de nous organiser aujourd’hui en tant que véritable force de propositions dans le domaine économique et social. Nous nous devons d’avoir une vision sur le plan économique qui devrait nous permettre d’aller vers le Gouvernement et lui donner notre point de vue sur l’évolution de la situation, en profitant de la proximité que nous avons avec le terrain. Aussi, sur demande du Conseil du GPBM, les Directeurs Généraux des banques, se sont réunis pour établir une charte de travail.
Quant à la question d’un retour à l’IS normalisé, assorti d’un fonds de restructuration des entreprises, elle a été soulevée, effectivement, lors d’une réunion avec Monsieur le Gouverneur de Bank Al-Maghrib.
Considérant la légitimité de notre requête pour un retour au taux normalisé à 35 % et la nécessité pour nous, de contribuer à l’effort national de restructuration de la PME, nous avons, donc, préconisé que le différentiel de taux soit, pour une période déterminée (4 à 5 ans) dédié à un fonds de restructuration et de financement de la PME, dans les conditions à définir entre le Gouvernement, le GPBM et les représentants de la PME.
Pour en revenir à La Banque Centrale Populaire, en tant que société cotée, a-t-elle une politique boursière ? Avez-vous, également, un business plan à proposer au marché, sachant qu’un cours boursier se fait sur les prévisions de bénéfices futurs ?
Sur ce dernier point, je voudrais rappeler qu’au moment de l’introduction en bourse, nous avons fait une étude par un cabinet qui nous a accompagnés, afin de diagnostiquer la situation de la BCP et permettre son évaluation. Nous avons donc actualisé notre Business Plan à cette occasion, puisqu’on disposait déjà d’un Business Plan, et aujourd’hui au moment où je vous parle, nos équipes sont en train de travailler au nouveau Plan Moyen Terme du CPM pour la période 2005/2007, y compris donc celui de la BCP.
Pouvez-vous en parler plus précisément ?
Le Business Plan de la BCP, sans entrer dans le détail, tient compte de sa mission légale de gestionnaire des excédents de trésorerie des Banques Populaires Régionales et des services communs à l’ensemble du CPM.
Si la gestion des services communs n’est génératrice d’aucune rémunération pour la BCP, la gestion des excédents de trésorerie – ainsi d’ailleurs que de ses fonds propres et des ressources qu’elle collecte – lui permet d’intervenir à la fois dans le financement de la grande entreprise et dans les activités de marché.
Et toute la logique du Business Plan de la BCP revient en fait à optimiser cette gestion, en référence aux critères de la rentabilité et de la sécurité.
Sans renoncer aux activités de marché et particulièrement aux emplois en bons du Trésor, plus sécurisés que d’autres, la BCP se spécialise dans le financement de la Grande Entreprise et des grands projets, souvent en consortialisation avec les autres Banques Populaires Régionales, pour mieux impacter l’environnement économique, améliorer son savoir faire et s’assurer de meilleures marges.
Nous avons pris cette option ces quatre dernières années et nous ne pouvons aujourd’hui que nous en féliciter vu les réalisations de la BCP et donc de l’ensemble du CPM en matière de financement des grandes entreprises et grand projets, de commerce International, de maîtrise des coûts (coût d’exploitation de 47 %) et de rentabilité financière (12 %).
Quant à la première partie de votre question, c’est-à-dire l’animation de l’activité boursière, vous savez que l’Etat a cédé 20 % de sa participation à la BCP avec l’objectif, certes, d’alimenter le Budget, mais surtout d’animer la Bourse. Pour cela, l’OPV a fait la part belle aux particuliers, soit 16 % en tout sur les 20 % mis en bourse. Contrairement à toutes les introductions précédentes, le Gouvernement a consacré la plus grosse part aux personnes physiques, voulant ainsi que la valeur BCP soit liquide. D’ailleurs, quand on voit le cheminement en bourse du titre BCP, cette particularité s’exprime effectivement vu la " saisonnalité " des comportements des particuliers en bourse. Il nous faut donc gérer ce choix et notre politique boursière est de veiller à la valeur de notre titre dans le respect des règles en la matière.
Nous considérons aujourd’hui, que la valeur de notre titre doit tourner autour de 750 Dh, notamment parce que nous avons fait une décote au moment de l’introduction et, que nos résultats sont bons ainsi que nos perspectives. Il y a certainement une gestion à assurer pour être plus proche de 750 Dh que de 695 Dh, (valeur du titre BCP au moment de l’entretien), notamment en termes de sensibilisation du marché.
Entretien réalisé par
Afifa Dassouli