L’investissement en question, d’une importance incontestable, avait porté sur 276 millions de dirhams et consisté en une nouvelle unité d’embouteillage Pepsi Cola, qui a été opérationnelle en moins de six mois, (mise en production en juillet 2003), agrémentée d’un stock d’emballages consignés et d’un parc de camions pour la distribution.
Installée à Bouskoura, dans la banlieue de Casablanca, cette unité a bénéficié de l’infrastructure de base de l’activité eau minérale de la société et d’une partie de ses ressources humaines. D’ailleurs, pour évoquer les synergies de base qui ont pu s’établir entre les activités eau minérale et boissons gazeuses, on notera que les nouveaux produits Pepsi Cola ont pu se déployer rapidement sur le marché grâce au réseau de distribution de la société Oulmès, le plus ancien opérateur du secteur puisqu’il affirme sa présence sans discontinuité au Maroc depuis 1933.
Il faut rappeler, à ce sujet, que le retour de Pepsi Cola dans notre pays ne s’est pas fait de façon hasardeuse. En choisissant la société, "Les Eaux Minérales d’Oulmès", ce co-leader américain et mondial de la "soft drink", s’est conformé d’emblée au Maroc à la tendance internationale de diversification des sodas vers l’eau minérale. De même, pour Oulmès, du fait de sa position de leadership dans l’eau minérale, il était aussi normal de se diversifier dans le soda.
Ces "joint-ventures" sont de plus en plus fréquents entre limonadiers et minéraliers dans le monde. Dans le cas d’espèce, Pepsi Cola a fait son retour au Maroc par la grande porte, après avoir été évincé de ce marché par Coca Cola en 1995, à la faveur du rachat de son ancien partenaire SIM par le limonadier d’Atlanta.
C’est donc en janvier 2003, que la société Oulmès s’est lancée dans l’élargissement de sa gamme de produits avec Pepsi Cola, dans le cadre d’un business plan de six ans. Celui-ci prévoyait que les deux premières années d’exploitation du nouvel investissement seraient déficitaires du fait de l’écart entre la capacité de production de l’unité Pepsi et le marché, mais également en raison du coût des campagnes de communication pour le lancement d’une gamme de produits nouveaux. Cela, d’autant que le secteur des boissons gazeuses, que se partagent deux opérateurs mondiaux, est d’une taille bien supérieure à celui des eaux minérales et connaît au Maroc une compétition plus rude du fait de la présence d’un opérateur historique, qui détient plus des 3/4 des parts du marché.
L’impact du projet Pepsi
Oulmès, cependant, avec les produits Pepsi, n’en représente pas moins un autre leader mondial du secteur des soft drinks. Il se veut donc très agressif et a pu, en une année capter entre 7 % et 10 % de ce marché, ce qui est assez exceptionnel pour un premier exercice. En effet, dans ce secteur, partout dans le monde, prime la loi des oligopoles.
Coca Cola et Pespsi Cola cherchent, chacun, à s’implanter dans les pays, zones ou régions où l’autre dispose de positions solides. De ce fait, Oulmès bénéficie de l’assistance technique de son franchiseur à l’embouteillage et d’un soutien marketing à la marque.
Par ailleurs, le projet d’investissement ayant été financé en grande partie par endettement, il engendre aujourd’hui des frais financiers non négligeables, notamment à cause du terme de l’emprunt qui est limité à quatre années. D’autre part, les charges d’exploitation sont conséquentes notamment du fait du coût élevé de l’énergie et des diverses taxes imposées au secteur dont celle sur le sucre à usage industriel qui a défrayé la chronique la semaine dernière. En conséquence, l’analyse des résultats semestriels publiés par Oulmès à la fin juin 2004, montre que le chiffre d’affaires de la société a connu une croissance significative, passant de 175,2 Mdh en juin 2003 à 229,2 Mdh pour le même mois de 2004, marquant donc une hausse de 31%. Dans la logique de cette analyse, on constate que ce chiffre d’affaires provenant exclusivement de l’activité eau minérale en 2003, tournait autour de 175 Mdh, ce qui laisse supposer que le produit Pepsi Cola a réalisé pour son premier exercice d’activité quelque 50 millions de dirhams de chiffre d’affaires, compte tenu d’une progression correcte de l’eau minérale dans la constitution globale de ce volume d’affaires.
D’autre part, les charges de communication, qui se situent à 24 Mdh, les amortissements basés sur les nouveaux investissements, pour un montant de 31 Mdh, et surtout les charges financières liées au financement par endettement de l’investissement Pepsi Cola, qui s’élèvent à 10 Mdh, ont sérieusement pesé sur le résultat net qui a basculé dans le rouge à – 17 millions de dirhams.
C’est pourquoi, en guise de commentaire des résultats semestriels d’Oulmès récemment publiés, on relèvera que la faiblesse des résultats de son activité, au 30 juin 2004, comparée à celle de juin 2003, exprime tout simplement les charges et les coûts liés au démarrage de l’unité de production et de distribution des produits Pepsi Cola sous l’égide de la société des Eaux Minérales d’Oulmès.
Afifa Dassouli