Décidément, les circuits économiques ont du mal à absorber les excédents de liquidités du système bancaire entretenus certes par plusieurs facteurs.
Outre l’attentisme relatif des investisseurs, la sélectivité accrue dans l’octroi des crédits par le système bancaire qui se justifie actuellement par l’importance des créances en souffrance et les exigences accrues de Bank Al-Maghrib en matière de provisionnent de ces créances, les hausses des transferts des Marocains résidant à l’étranger (25,5 milliards de dirhams à fin août 2004) et des recettes du tourisme (23,6 milliards de dirhams)..., sont autant d’éléments qui entretiennent la surliquidité du marché. Conséquence, Bank Al-Maghrib poursuit ses opérations de reprises de liquidités afin de limiter la glissade des taux. Ainsi, pour la semaine du 21 au 27 octobre, l’Institut d’émission a retiré du marché par le biais des reprises de liquidités de facilité de dépôt à 24 heures, en moyenne hebdomadaire, des excédents d’un montant global de 2,9 milliards de dirhams, contre une moyenne de 4 milliards la semaine précédente avec des pics de ponction atteignant même 6 milliards de dirhams. Le Trésor également est intervenu sur le marché de la dette avec une demande relativement plus conséquente comparativement à ses dernières sorties.
Ainsi, lors de l’adjudication du 26 octobre, il a levé sur le marché 2,5 milliards de dirhams sur un montant global offert de 4,6 milliards.
Taux primaires bas
Reste qu’en dépit des interventions de Bank Al-Maghrib, les excédents du marché demeurent encore importants même si on note un peu leur atténuation. Conséquence de la persistance de cette surliquidité, les taux primaires sont à leur plus bas niveau. Ainsi, comparativement aux taux moyens des émissions de 2003 on note que les maturités 13 s (semaines), 26 s et 52 s ont perdu respectivement 113 pbs, 120 pbs et 123 pbs. Les maturités moyen et long termes également accusent des replis significatifs. Les 2 ans, 5 ans et 10 ans ont cédé respectivement 100 pbs, 83 pbs et 81 pbs. La forte baisse des taux au niveau du marché devrait se traduire par un développement considérable du marché privé de la dette. Si on note un recours de plus en plus important à ces instruments de financement, il n’en demeure pas moins que vu les multiples avantages qu’offre ce marché, un effort de vulgarisation plus agressif pourrait amener plus de candidats au financement à recourir au marché privé de la dette. Se financer sur 5 ans à un taux de 4 %, auquel il faut ajouter bien évidemment une prime de risque qui varie selon l'investisseur, ne peut être comparé à un recours au financement bancaire où les taux demeurent relativement élevés.
La perspective de cession de Maroc Télécom n’améliorera pas la situation du marché. Outre une levée d’environ 4 milliards de dirhams sur le marché national et 8 milliards de dirhams en devises, selon les estimations des analystes de Médiafinance, la surliquidité du système bancaire risque de s’inscrire encore dans la durée à moins que Bank Al-Maghrib n’en décide autrement et use une fois de plus de ses instruments réglementaires pour résorber, ne serait-ce que momentanément, les excédents de liquidités.
MD