Les résultats 2002 du secteur des assurances montrent une évolution divergente entre les deux principaux indicateurs, le chiffre d'affaires et le résultat net. Le premier s'est bien comporté enregistrant une hausse de +12%, à 11 844 MDH. Les deux segments du marché, Assurance Vie & Capitalisation et Assurance Non Vie, ont contribué à cette hausse. Toutefois, c'est la branche Vie qui tire le marché avec une croissance de +28,58%, à 4000MDH. Cette forte progression est le fait notamment du segment des Assurances Individuelles dont le chiffre d'affaires a enregistré un bond notable de +67,93 %, passant de 1006,55 MDH à 1 690,34 MDH. L'évolution favorable de la branche vie, et particulièrement du segment Assurances Individuelles, témoigne de la prise de conscience des individus de la nécessité de s'assurer pour faire face à l'éducation de leurs enfants, à leur retraite, aux risques liés aux aléas de la vie. L'avenir du secteur semble beaucoup dépendre de la dynamique de la branche Vie. Pour ce qui de l'Assurance Non Vie, la progression a été de +5,10%, à 7 844 MDH. Avec 34,16% du chiffre d'affaires total du secteur, la branche Automobile n'a enregistré en 2002 qu'une progression de +3,65 %, à 4 047 MDH. Les chiffres d'affaires des segments Accidents Corporels et les Incendies se sont appréciés respectivement de +12,13 %, à 1 351 MDH, et +8,84 %, à 590 MDH. Parmi les grandes branches de l'Assurance Non Vie, seul le Transport a fait un faut pas en signant un recul de -0,86%, à 565 MDH.
Les provisions
Si le chiffre d'affaires du secteur s'est fortement apprécié sous l'effet aussi bien des émissions que de la hausse des primes, notamment au niveau de la réassurance, les résultats du secteur par contre n'ont pas globalement été reluisants. Et pour cause, les compagnies d'assurance ont beaucoup provisionné en 2002. Ces provisions se répartissent en trois grandes catégorie. La première a concerné la dépréciation du portefeuille actions. En effet, la réglementation en vigueur exige le provisionnement lorsque la valeur comptable d'un titre donné est inférieure à sa valeur boursière à la clôture de l'exercice de 25 %. La seconde a trait aux risques d'exigibilité pour les lignes qui ont subi des dépréciations inférieures à 25 %. Selon M. Azzeddine Guessous, Président de la Fédération Marocaine des Sociétés d'Assurances et de Réassurance (FMSAR), "cette provision consiste à reprendre ligne par ligne le portefeuille actions des compagnies d'assurances, en ne tenant pas compte de celles qui ont fait l'objet de provisions pour dépréciation, à compenser les moins-values et les plus-values et à provisionner l'excédent des premières sur les secondes". Sachant que rares sont les titres qui ont vu leurs cours enregistrer des performances positives au niveau de la Bourse de Casablanca, on comprend dès lors l'importance des provisions que les compagnies d'assurance étaient obligées de réaliser. Et comme cela ne suffisait pas, une troisième provision pour aléa financier (PAF), institué par la Direction des Assurances pour la première fois en 2002, est venue s'ajouter à la liste des provisions à entreprendre par des sociétés lourdement affectés par la conjoncture économique difficile. Cette dernière provision doit être constituée "lorsque le taux de rendement des actifs, diminué d'un dixième, est inférieur au taux minimum garanti de revalorisation des réserves mathématiques vie ou de revalorisation des réserves mathématiques de la gestion spéciale des rentes-accidents du travail", a expliqué M. Guessous.
L'application par les compagnies de ces trois catégorie de provisions, conjugué à la morosité de l'activité économique et la poursuite de la chute des cours boursiers ont fini par amoindrir les résultats des sociétés du secteur. Ainsi, et à titre d'exemple, Axa Assurance Maroc, le leader du marché, a réalisé une perte de 723 MDH, contre un bénéfice de 377,7 MDH en 2001. La compagnie a passé une provision pour dépréciation sur les titres de son portefeuille de 854 MDH pour l'exercice 2002. En dépit des provisions, certaines compagnies ont pu dégager des résultats positifs. C'est le cas, entre autres, de la Royale Marocaine d'Assurances et d'Al Wataniya qui ont réalisé des résultats net positifs respectifs de 177 MDH et 130 MDH.
Les perspectives
En dehors de l'évolution des indicateurs de résultat, l'année 2002 a été marquée par plusieurs facteurs dont les plus significatifs ont été l'entrée en vigueur du Code des assurances, la nouvelle réglementation des accidents de travail, la révision du taux minimum garantie pour l'assurance vie, la réforme de la CIMR, la flambée des primes de réassurance, etc.
Pour l'avenir, l'horizon reste un peu assombri par un certain nombre de facteurs. D'une part, le chiffre d'affaires des compagnies risque d'accuser le coup de 1,2 milliard de dirhams consécutif à la part salariale gérée auparavant par les compagnies d'assurance et que la CIMR, dans le cadre de sa dernière réforme, compte récupérer. Ce manque à gagner dans un environnement économique un peu difficile ne sera pas facile à combler. De même, l'orientation voulue par les autorités sur les dossiers relatifs à l'Assurance Maladie Obligatoire (AMO) et aux Accidents de Travail (AT) risquent d'amputer encore plus le chiffre d'affaires du secteur. Quant à l'autre variable clé qui conditionne pour beaucoup la rentabilité du secteur, elle est liée à l'évolution que connaîtra le marché boursier en 2003. En cas de reprise significative de la Bourse, les compagnie qui ont le plus provisionné pourront réaliser de bons résultats en 2003. Pour que cela se réalise, souligne M. Guessous, "il faudra que l'État encourage la reprise de la Bourse de Casablanca". Cet encouragement pourrait avoir la forme d'"une carotte fiscale devant accompagner la mise en place de produits d'épargne à long terme", a fait remarquer le président de la FMSAR. A ces différents facteurs, il faut également ajouter l'amélioration de la conjoncture économique nationale. C'est dire que les perspectives 2003 du secteur dépendent de plusieurs variables que les compagnies d'assurance, malheureusement, ne maîtrisent pas.
Moussa Diop