Un long chemin a déjà été parcouru en un espace de temps relativement court, comme en atteste un seul et unique chiffre : le montant de la réserve de prévoyance. En effet, ladite réserve, était en baisse en 2002 et d’un montant de 5,33 milliards de dirhams. À la fin de 2003, la réserve de prévoyance était passée à 6,546 milliards de dirhams, augmentant ainsi d’un milliard deux cents millions de dirhams.
La démarche des gestionnaires délégués
Comme on sait, la réserve de prévoyance d’une caisse de retraite représente la différence entre ses recettes, (les cotisations des retraités et les produits financiers de ses placements) et ses emplois, c’est-à-dire les investissements qui composent ses actifs.
L’augmentation de la réserve de prévoyance de la CIMR a d’abord et surtout été permise par la récupération de la cotisation salariale qui était auparavant versée aux compagnies d’assurances et qui atteignait un montant supérieur à un milliard de dirhams, mais également par les revenus financiers de la caisse de retraite. C’est dans cet objectif que le nouveau Directeur général de la CIMR, M. Cheddadi, a axé la politique de restructuration et de gestion de ses actifs sur l’amélioration de la rentabilité.
Dès janvier 2004, M.Cheddadi a opté pour la gestion déléguée de ses portefeuilles actions et obligations en choisissant BMCI et CFG pour la gestion actions et Wafagestion, Attijari Management, CDMG et Gestar pour celle des obligations.
Six FCP et Sicav ont été créés à cet effet, aux appellations ambitieuses et promettant une croissance rapide. Il s’agit des FCP, "CIMR Thaoura" de BMCI Gestion et "Génération Performance" de CFG pour les actions et des Sicav, "CIMR Attadamoun" de CDMG, "CIMR Ajial" d’Attijari, "CIMR Iddikhar" de Gestar et "CIMR Prévoyance" de Wafagestion.
Pour tous ces fonds, la CIMR a défini des benchmarks et une stratégie de gestion dans une optique essentiellement longue pour une meilleure adéquation entre les actifs de la caisse et ses engagements en terme de retraites. Dans un premier temps et surtout pour la gestion déléguée des actions, les gestionnaires de fonds attributaires ont dû opérer un changement dans la structure et la configuration du portefeuille actions de la caisse de retraite. Il leur a fallu quelque temps pour faire converger le portefeuille de la CIMR vers celui qu’ils avaient déterminé en fonction des données macro et microéconomiques, de marché également, dans l’objectif d’atteindre les rendements espérés.
Au mois de juillet dernier, les gestionnaires délégués ont présenté à la Caisse leur portefeuille cible, lequel est très différent de celui que la CIMr détenait à l’origine.
Les objectifs de la Caisse
Les six premiers mois de l’année 2004 ont donc été consacrés à cette reprise des portefeuilles actions de la CIMR au cours de laquelle il a été difficile de se fixer des objectifs en matière de rentabilité. Pour les obligations, les SICAV dédiées de la CIMR existaient déjà sauf que la délégation de gestion actuelle est faite sur la base d’un mandat plus général et plus précis que la simple délégation de la gestion financière.
Les termes de ce mandat ont été d’ailleurs définis par un expert parisien qui a détaillé le référentiel de gestion et distingué les opérations permises, le niveau du risque, la marge de manœuvre laissée au gestionnaire par rapport au benchmark etc….
À travers cette procédure de gestion déléguée, le management de la Caisse avait comme politique de se préoccuper essentiellement de la partie noble de la gestion financière en intervenant au niveau de la définition de la politique d’investissement et de la stratégie, en s’adjoignant le conseil de spécialistes et de laisser la concrétisation au quotidien aux professionnels des marchés.
Ce faisant, la CIMR a voulu rester très proche de cette gestion en appliquant une démarche pédagogique qui impose la présence de l’actionnaire principal du fonds dans un comité de pilotage. Celui-ci, après avoir avalisé la stratégie, contrôle la conformité de la gestion aux normes et exigences du contrat passé entre les deux parties. C’est ainsi que des réunions trimestrielles se tiennent à la Caisse avec chaque gestionnaire. La plus récente est intervenue en juillet dernier. Elle a permis à M. Cheddalide constater que tant pour les actions que pour les obligations, les stratégies mises en place par les gestionnaires sont très différentes les unes des autres, contrairement à ce qu’on aurait pu croire, compte tenu des rendements connus du marché obligataire particulièrement.
La différenciation de ces politiques de gestion constitue pour la CIMR une diversification en soi du risque de ses placements qui s’ajoute à celle qui a été opérée par chacun des gestionnaires pour minimiser leur risque agrégé et optimiser leurs résultats.
À la fin août, comme le montrent les graphes publiés ci-contre, les courbes des valeurs liquidatives des fonds en question sont toutes linéairement croissantes. La compétition en jeu entre les FCP d’une part, et les SICAV d’autre part, apparaît nettement. En effet, les courbes obligataires se rapprochent sans se confondre. Quant à celles des actions, elles montrent bien que "Génération Performance" de CFG devance "CIMR Thwra" de BMCI.
C’est, d’ailleurs, une étude sur la structure des portefeuilles actions et obligations de la CIMR réalisée par GWA, un cabinet français actuaire et conseiller financier, qui a montré que la caisse était sur-pondérée en actions compte tenu de son portefeuille actions stratégique. En effet, celui-ci représente 3,5 milliards de dirhams en "valeur marché", contre 4 milliards dans les SICAV obligations et 500 millions de dirhams en actions dans les FCP, sur un actif global de plus de 9 milliards de dirhams, (compte tenu du portefeuille étranger donné en gestion en 2003 à un gestionnaire étranger et du patrimoine immobilier).
La CIMR se doit donc de rétablir un équilibre qui tienne compte du risque global, ce qui l’oblige à réorienter ses investissements vers l’obligataire. Ceci, sachant que le portefeuille stratégique de la CIMR se compose de dix valeurs sur lesquelles elle a accumulé historiquement des positions importantes, qu’il serait difficile de reconstituer surtout aux prix auxquels elles ont été acquises comme la BCM, l’ONA, CIMAR, Lafarge, SNI etc…
Il s’agit de valeurs phares du marché, les plus rentables, avec un fort de potentiel et elles constituent le meilleur investissement à faire.
Sur les conseils de GWA, la CIMR se fixe l’objectif d’arriver à une allocation de ses actifs à hauteur de 30 % actions contre 40 % aujourd’hui et 70% en obligations.
C’est dans ce contexte et dans ce cadre que les résultats des gestionnaires délégués, (appréhendés dans un couloir de risque déterminé avec chacun d’entre eux pour les encourager à créer de la richesse), seront examinés dans un horizon de trois ans. À ce terme, la CIMR décidera de continuer la même formule ou optera pour un système de gestion tournante afin de raviver l’émulation entre les gestionnaires et améliorer la rentabilité de leurs rendements.
Ainsi, cette stratégie de la CIMR, mise en place depuis quelques mois donc, donne d’ores et déjà des résultats appréciables. La Caisse profite de l’externalisation de la gestion de ses actifs mobiliers que les gestionnaires professionnels, opérationnels sur tous les marchés, ont dynamisée et diversifiée, tout en minimisant ses coûts de gestion.
C’est, à ce jour, le meilleur exemple de la nécessaire restructuration des caisses de retraite dans notre pays.
Afifa Dassouli