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L'or noir fragilisera-t-il les indicateurs macro-économiques ? Finances Publiques

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Si l'Arabie Saoudite et plusieurs pays pétroliers se frottent les mains et ont comme seul gros casse-tête l'affectation des excédents commerciaux exceptionnels qu'ils ont tirés de la flambée de l'or noir, la majorité des pays,  par contre, souffrent énormément de l'envolée du baril du pétrole. Le Maroc, dont la dépendance énergétique est manifeste, a subi le coup. Mais, contrairement a beaucoup de pays, le consommateur a été plutôt protégé. Si dans certains pays les hausses des produits pétroliers se mesurent en deux chiffres, au Maroc, les hausses ont été contenues grâce à la Caisse de compensation. Cette dernière accuse au premier semestre un déficit d'un milliard de dirhams dû à la flambée des cours de l'or noir. Du coup, il fallait réagir et mettre fin à la rigidité des prix de certains produits pétroliers. Selon le ministre de l'Énergie et des Mines, "la flambée que connaît actuellement le cours du pétrole sur le marché international (...) rend nécessaire la révision des prix intérieurs des produits pétroliers". Les prix de vente de l'essence super et de l'essence ordinaire ont été augmentés de 30 centimes pour s'établir respectivement à 9,35 dirhams/litre et 8,95 dirhams/litre. De même, le pétrole lampant et le gasoil ont connu des hausses de 20 centimes pour s'établir  à 5,96 dirhams le litre. Pour rappel, ces prix n'avaient pas bougé d'un cran depuis septembre 2000. Les prix de certains produits pétroliers n'ont pas connu de changement. C'est le cas notamment du fuel industriel dont le prix est resté figé à 2 081 dirhams la tonne au grand bonheur des industriels, ce qui évitera tout de même toute tentative de répercussion d'un quelconque surcoût pétrolier  sur les prix de vente. De même, et afin d'encourager encore plus l'usage du gaz, et lutter davantage contre la déforestation, le prix du butane (3 et 12 kgs) n'a pas connu de modification. En somme, ce n'est qu'une infime partie du surcoût de la facture pétrolière qui est répercutée sur le consommateur final.

Facture pétrolière salée

Pourtant, la facture pétrolière a connu une hausse exceptionnelle. A fin mai 2004, autrement dit avant même les pics de hausse du cours du baril enregistrés durant la période estivale, la facture pétrolière avait signé une hausse de 82,7 %. A elles seules, les hausses des produits énergétiques ont représenté plus de 28 % de l'accroissement global des importations qui ont frôlé les 80 milliards de dirhams au terme du premier semestre 2004 contre 67 milliards à la même période de l'année précédente. Outre les cours du pétrole qui frôlent actuellement la barre des 45 dollars le baril, les prix de la tonne de charbon sont passés de 35 à 84 dollars à fin août 2004. Or, les produits pétroliers et le charbon ont représenté respectivement 61 % et 31 % de la balance énergétique marocaine en 2003. C'est dire combien l'envolée des cours de ces produits a un impact négatif sur la balance commerciale du Royaume, et ce d'autant que l'or bleu, notamment les ressources céphalopodières, continue à céder du terrain. Du coup, et en dépit d'une très bonne campagne agricole 2003-2004, avec une récolte estimée à 83 millions de quintaux, qui se traduira par une très forte baisse de la facture céréalière, le déficit commercial du Royaume se creuse davantage et atteint des niveaux inquiétants nécessitant la mise en place d'une stratégie nationale à même de doper les exportations nationales.

Balance des paiements


L'importance du déficit commercial enregistré au cours du premier semestre 2004 risque d'impacter négativement sur le niveau de la position extérieure du Royaume à moins que les transferts des Marocains résidant à l'étranger (MRE) et les recettes touristiques n'enregistrent de bonds significatifs à même de combler cette année aussi  bien le déficit commercial que la baisse des investissements et prêts étrangers. Partant, il est probable que l'excédent du compte courant de la balance des paiements vire au rouge cette année et ce après avoir enregistré des excédents de 3 % et 4,1 % du PIB en 2003 et 2002 respectivement. Sur ce point, rappelons que pour la loi de Finances 2004, l'argentier du Royaume avait joué la prudence en tablant seulement sur un excédent du compte courant de la balance des paiements de 1%. Dans tous les cas, l'importance des avoirs extérieurs accumulés durant ces dernières années donne une large marge de manœuvre aux autorités pour faire face à la hausse des importations tirée par l'envolée des cours des produits énergétiques. Et au cas où la situation s’aggrave, l'État pourra, en supposant que l'emprunt est le seul mode de financement du déficit, écartant le recours à la création monétaire au motif que celle-ci est génératrice d'inflation, se financer sur le marché de la dette pour faire face à un déficit conjoncturel vu la maîtrise de son niveau d'endettement.
Pour le moment, on est encore loin de cette situation. Il n'en demeure pas moins que pour l'élaboration de la loi de Finances 2005, le niveau actuel du prix du baril pèsera sur le projet du budget 2005. Plusieurs sources estiment que pour la loi de Finances 2005, l'État tablera sur un prix du baril compris entre 30 et 32 dollars estimant que le prix de l'or noir devrait retrouver, au milieu de l'année prochaine des niveaux raisonnables mais sans fléchir en dessous de la barre des 30 dollars le baril. En attendant, si l'inflation continue à être maîtrisée, il n'est pas certain que le déficit budgétaire de 3 % prévu pour l'exercice 2004 soit respecté. D'ailleurs, partout dans le monde, les États ont du mal à maîtriser leur dépense et l'évolution des cours du pétrole n'arrange pas la situation. En gros, grâce aux efforts des autorités, la flambée des cours du baril de pétrole ne se font pas encore sentir sur le consommateur final. Cette situation durera t-elle?.

Moussa Diop



 

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