2006 a été une année de rupture où la Bourse a, pour la première fois, rempli sa fonction de financement de l’activité économique. Il y a eu onze introductions en bourse dont des PME. La carotte fiscale, introduite, il y a six ans, et renouvelée pour trois autres années par la loi de finance 2007, n’a réellement porté ses fruits qu’en 2006. Un vrai mouvement d’introductions en bourse s’est enclenché et devrait se confirmer en 2007. La Bourse de Casablanca pourrait compter une centaine d’entreprises dans trois ou quatre ans, marquant un changement qualitatif du point de vue de la transparence de ces dernières.
Une année pas comme les autres
L’année 2006 a été aussi celle qui a confirmé la tendance baissière des taux d’intérêt sur les marchés obligataires primaires et secondaires.
Ce qui a permis au Trésor de récolter les fruits du changement de la structure de sa dette intérieure. Il y a trois ou quatre années, la durée moyenne de cette dette était de trois ans, aujourd’hui, elle est de plus de six ans. Cela signifie que les besoins en financements du Trésor changent. De même qu’entre 2005 et 2006, le Trésor est passé d’une présence de 79 milliards à 39 milliards de dirhams, soit moins de la moitié. Le doublement de la duration de la dette intérieure a pu se faire parce que les acteurs économiques et les institutionnels prêteurs structurels du Trésor ont montré leur préférence pour le long terme en répondant, pour la première fois dans l’histoire du Maroc, à 2 émissions à trente ans par une offre à un taux respectif de 3,98% et 3,97%.
Il faut voir dans cette évolution des différents compartiments du marché des capitaux, un signe de confiance dans l’avenir qui se justifie par des agrégats macro-économiques confortant une nouvelle image du Maroc. En effet, c’est la première fois que l’Etat maîtrise le déficit budgétaire, à 2,1% seulement en dehors des recettes de privatisation. Hors choc pétrolier, la situation budgétaire aurait été proche de l’équilibre en 2006 du fait d’une progression très sensible des recettes, notamment de l’IS et de la TVA intérieure (près de 30% d’augmentation). C’est aussi le bénéfice de la croissance qui a été plus forte ces dernières années.
Cette croissance plus forte, qui a générée des recettes additionnelles, a donc permis de réduire le déséquilibre budgétaire et une bonne maîtrise de l’endettement. De même, cette évolution a permis au Trésor de disposer d’une trésorerie positive à plusieurs reprises durant l’année 2006. Cette situation nouvelle restera toutefois exceptionnelle car tant que le Maroc sera dans une situation de déficit budgétaire, le Trésor ne pourra avoir des excédents de trésorerie permanents. Mais ce dernier se place déjà dans l’optique de mettre en oeuvre une gestion de trésorerie prévisionnelle. Le Trésor peut avoir, à certaines périodes de l’année, des excédents de recettes qui se matérialisent au niveau de la situation de son compte courant à Bank Al-Maghrib. Ce dernier doit être en permanence excédentaire pour lui permettre de faire face aux dépenses, notamment celles qui sont incontournables, les salaires et la dette.
La grande nouveauté pour le Trésor est que le législateur l’a autorisé, dans le cadre de la Loi de Finances 2007, à placer ses excédents. Il pourra désormais devenir un acteur sur le marché interbancaire et monétaire et y placera donc ses excédents de trésorerie quand il en aura comme il introduira une gestion active de la dette intérieure.
Il pourra ainsi racheter la dette ancienne au prix du marché, c’est-à-dire sans perdre sur le plan financier pour mieux organiser l’étendue du remboursement de sa dette intérieure dans le temps et se placer donc en situation favorable en cas de tension sur les taux d’intérêts.
La nouvelle politique du Trésor
Du fait de son obligation d’indépendance vis-à-vis du marché, il compte mettre en place une salle des marchés pour réaliser ses propres interventions.
Le Trésor devient ainsi un opérateur à part entière qui offrira des liquidités sur le marché interbancaire sous forme de placement comme il demandera des fonds pour ses besoins en fonction de la conjoncture.
Le revers de la médaille est que le Trésor qui intervient habituellement pour épongeait les excédents de liquidités devenus structurels sur tous les compartiments du marché des capitaux, en plaçant ses propres liquidités, il pourrait contribuer au contraire à les accroître.
Mais, les excédents de liquidité qui trouvent essentiellement leur origine dans la progression des avoirs extérieurs, (recettes touristiques et transferts de nos compatriotes résidant à l’étranger), aujourd’hui de 100 milliards, sont à mettre en rapport avec les capacités d’absorption de l’économie et non du marché des capitaux. Elles devraient se transformer progressivement en investissements et crédits à l’économie. Puisqu’il y a de la liquidité, les banques devraient offrir une gamme de financements plus large et moins coûteuse pour faciliter le développement de l’activité économique. Et de même que le Trésor n’exerce pas d’effet d’éviction, il n’acceptera plus de s’endetter inutilement. Le Trésor devient donc un opérateur du marché monétaire dans le cadre de sa nouvelle politique de gestion de trésorerie, sachant toutefois qu’il ne risque pas de se trouver en situation de trésorerie positive pendant de longues périodes, même si cette situation positive sera de plus en plus fréquente.
Afifa Dassouli