La BNDE sera retirée de la cote. Une offre de rachat sera lancée le 20 mars pour offrir une porte de sortie aux actionnaires minoritaires. La BNDE sera recentrée sur les métiers de banque d'affaires et adossée au groupe CDG, tandis que son réseau d'agences, dont celui de sa filiale BMAO, sera repris par la CNCA
Ce n'était un secret pour personne que la BNDE traversait une crise profonde née de la conjonction d'un certain nombre de facteurs défavorables: coût élevé des ressources de la banque dont seulement 15 % provenaient des dépôts de clientèles, difficultés rencontrées par les entreprises traditionnellement clientes de la banque, hémorragie du portefeuille clientèle, concentration du risque sur de gros projets et des créances en souffrance qui se chiffrent à 6 milliards de dirhams pour un encours de 10 milliards. Cette situation s'est traduite par une perte de 1,1 milliard de dirhams en 2001, laquelle s'est soldée par une absorption des fonds propres de la banque. Dès lors, il était certain que la BNDE ne pouvait survivre en tant que telle. Il fallait réagir. Après moult tergiversations, le gouvernement a fini par trancher. Entre la liquidation pure et simple et la "continuité" des activités de la BNDE, le gouvernement a opté bien évidemment pour la seconde, jugée plus intéressante du point de vie économique et plus salutaire sur le plan social. Toutefois, la poursuite de l'activité de la BNDE est définie selon un schéma bien précis: recentrage de la BNDE sur les métiers de banque d'affaires adossées à la Caisse de Dépôt et de Gestion (CDG) et reprise de son volet commercial, qui comprend son réseau d'agences ainsi que celui de sa filiale BMAO, par la Caisse Nationale de Crédit Agricole (CNCA). "Toute l'opération de redéploiement sera menée par la CDG, qui, compte tenu de son statut et de son savoir-faire, sera chargée de la mise en place de ladite opération qui s'articule principalement sur un plan social approprié, la cession de certains actifs de la BNDE non nécessaires à sa nouvelle activité, le traitement et le remboursement du passif de la banque et l'indemnisation des actionnaires minoritaires personnes physiques", a tenu à souligner M. Oualalou.
Offre publique de retrait
Selon le ministre, le volet social a occupé une place de choix dans le traitement du dossier de la BNDE. Ainsi, pour les 330 employés de la banque, il a été décidé, d'une part, l'intégration d'une partie du personnel à la CDG et la CNCA, d'autre part, le redéploiement d'une autre partie au sein des structures étatiques, et enfin, un plan d'encouragement de départs volontaires négociés sera proposé aux employés restants. Reste à connaître le sort qui sera réservé au staff dirigeant la banque.
L'autre point focal du traitement du dossier de la banque a trait bien évidemment au sort des actionnaires minoritaires. La BNDE étant cotée à la Bourse de Casablanca, et du fait que l'action a fortement chuté au cours de ces dernières années sous l'effet notamment de déboires de la banque, il était normal que les actionnaires minoritaires se demandent quel traitement leur sera proposé, et ce d'autant que l'État a sa part de responsabilité dans ce laisser-aller qui a abouti à la situation actuelle de la valeur BNDE. Selon M. Bakkoury, Directeur Général de la CDG, "la BNDE sera retirée de la cote". Pour les petits porteurs, "une porte de sortie leur sera offerte via une offre publique de rachat dont les contours seront fixés le 20 mars", a t-il précisé. Pour rappel, la valeur BNDE a été suspendue au niveau de la cote par le Conseil déontologique des valeurs mobilières (CDVM).
En dehors de ces deux volets -problèmes des employés et des actionnaires minoritaires-, le gouvernement va se pencher également sur le lourd passif laissé par la BNDE. La CDG va ainsi s'occuper du traitement du dossier de remboursement d'une dette qui se chiffre à 5,7 milliards de dirhams, dont 0,7 milliard de dette étrangère. Le traitement de ce dossier est confié à la CDG qui aura également la charge de liquider certains actifs de la BNDE non nécessaires à sa nouvelle activité.
En somme, la nouvelle formule trouvée pour la BNDE semble satisfaire tout le monde, dans l'attente bien évidemment du sort qui sera réservé aux petits porteurs, le 20 courant.
La CNCA se renforce dans l'urbain
Pour la CDG, actionnaire de référence de la BNDE à côté du Trésor, cette opération de redéploiement se traduira par un renforcement du pôle banque d'affaires du Groupe qui compte quatre métiers: l'intermédiation sur les marchés actions et taux, la gestion d'actifs, le conseil et l'ingénierie financière et le capital investissement. Pour M. Bakkoury, "avec ce redéploiement, la CDG va préserver ses intérêts et ceux de ses partenaires, et aura une plus grande visibilité pour ses activités de marché". En somme, cette opération permettra au groupe de jouer un rôle encore plus important au niveau du marché financier et au financement de l'économie nationale.
Quant à la CNCA, banque dédiée à l'agriculture et à l'économie rurale, elle sera un des grands bénéficiaires de cette nouvelle donne, et ce à plusieurs égards. L'acquisition de la BMAO et du réseau de la BNDE se traduira par un renforcement de la stratégie de collecte de l'épargne de la "banque verte", laquelle occupe une place centrale dans son plan de développement engagé en 1998. Avec cette opération, ce sont 37 nouvelles agences, dont 27 dotées de guichets automatiques, qui viendront s'ajouter aux 220 anciennes du réseau du Crédit Agricole. Ainsi, avec un total de 257 agences, la banque disposera de 14 % du réseau d'agences du système bancaire national. Cela se traduira par une amélioration de ses positions en terme de part de marché, avec 8,1 % des ressources clientèles, hors MRE, du secteur (contre 6,1 % actuellement), et 10,6 % des crédits à la clientèle (contre 9,0 % actuellement). L'acquisition du réseau n'est pas bénéfique uniquement sur le plan quantitatif, mais elle l'est surtout du point de vue qualitatif. En effet, sur les 37 nouvelles agences qui renforceront son réseau bancaire, 20 sont localisées à Casablanca, Mohammédia et Rabat Salé, c'est-à-dire dans les zones urbaines de collecte d'épargne par excellence. En renforçant sa capacité de collecte d'épargne, la CNCA réduira considérablement le coût de ses ressources. "Le renforcement des dépôts clientèle, dont le coût moyen est inférieur à 2,8 %, permettra ainsi à la banque de financer ses activités dans des conditions optimales de liquidité en orientant l'épargne urbaine vers le financement du secteur agricole et du monde rural", a souligné M. Saïd Ibrahimi, Directeur Général de la CNCA. Pour rappel, les ressources clientèle du Crédit Agricole ont atteint 12,1 milliards de dirhams à fin décembre 2002, contre 7,1 milliards en 1997, soit une progression annuelle moyenne de 20 %, contre 10 % en moyenne pour le secteur bancaire.
In fine, avec le traitement du dossier BNDE, l'État donne un signal fort quant à sa politique globale d'assainissement et d'optimisation des institutions financières à participation publique.
Moussa Diop