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Othmane Benjelloun : " Un recadrage des priorités dans le domaine économique a été opéré… "

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Publier le : July 29, 2004

La Nouvelle Tribune : Avez-vous senti un changement dans la politique économique menée depuis 5 ans dans le Royaume ?

M. Othman Benjelloun : Ce n’est pas en termes de rupture qu’il faut apprécier l’évolution de la politique économique menée au Maroc au cours de ces cinq dernières années.
Dans ce domaine, il n’y eut aucun reniement ou volte-face par rapport au passé. Comment aurait-on pu le faire dans un contexte où, mondialisation oblige, ce qui prime, c’est davantage le rythme de mise en œuvre de la politique économique, la confiance qu’on installe, par son action, dans l’environnement macroéconomique et la crédibilité qu’on recueille de l’opinion publique, de la communauté des affaires et des partenaires internationaux.
Il y eut, cependant, un changement de style fondamental, essentiellement depuis deux ans, davantage inspiré par le pragmatisme, la proximité vis-à-vis de la communauté des investisseurs et une sensibilité plus vive par rapport aux questions économiques.
Un recadrage des priorités dans le domaine économique a été opéré, affirmé solennellement par Sa Majesté le Roi : l’emploi productif, l’enseignement utile et le logement décent.
Elles vont au-delà des objectifs, somme toute, intermédiaires et peu interpellatifs aux yeux de l’opinion publique que représente le respect des " grands équilibres macroéconomiques ". Ceux-ci sont, certes, incontournables mais ne représentent pas, en eux-mêmes, un objectif ultime.

On a l’impression que beaucoup de réformes ont été initiées mais qu’elles semblent être stagnantes, qu’elles concernent les crédits, les logements sociaux, les systèmes financiers, la bourse ou les retraites… ? Qu’en pensez-vous ?

Permettez que je ne partage pas l’appréciation contenue dans votre question.
Depuis l’avènement de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, on note une accélération de la cadence de mise en œuvre de grandes réformes structurantes qui concernent l’ensemble des secteurs.
Parmi ces réformes, des réformes politiques que sous-tend une foi réitérée, au plus haut niveau de l’Etat, dans la démocratie, dans l’esprit de rassemblement et de réconciliation. Il y a, pareillement, des réformes sociales, parfois sans précédent, dans leur portée, comme le Code de la Famille.
Plusieurs chantiers ont été ouverts et ont besoin d’être finalisés. C’est leur multitude qui commande le rythme de leur parachèvement.
On ne peut, en quelques mois, parvenir à l’équilibre financier des régimes de retraite et une amélioration substantielle de ses prestations.
L’analphabétisme touche encore près de la moitié de la population. Mais il faut reconnaître qu’il y eut un effort très significatif dans le domaine de la scolarisation des enfants et en faveur de la décentralisation de l’enseignement. C’est une évidence quand on veut traduire, dans ce domaine, la politique de proximité qui caractérise la gouvernance politique et économique, imprimée par Sa Majesté le Roi et basée, précisément, sur une proximité qu’Il illustre de sa Propre Personne.
L’assurance maladie obligatoire n’a pas encore vu le jour, mais il ne faut pas se tromper. L’arbitrage est entre : (i) l’objectif ultime d’un accès aux soins et aux médicaments, généralisé à tous les Marocains et, en même temps, (ii) bâtir un système pérenne pour son financement. Il demeure une volonté politique résolue d’aboutir.
Dans le domaine des télécommunications et du transport aérien, la libéralisation est en bonne voie. Il y eut la suppression du monopole de la radiodiffusion. La deuxième licence Télécom concernant le fixe, certes, se fait attendre, mais elle est tributaire également de la lisibilité, au yeux de l’étranger, de la gouvernance dudit secteur.
La libéralisation du marché de l’électricité se profile à l’horizon 2005 et devrait permettre, en premier lieu, aux gros consommateurs que sont les industriels, de bénéficier de prix compétitifs.
En termes d’infrastructures, la conjugaison de financements internationaux, de dotations budgétaires et de fonds dédiés ont permis, tout de même, l’accélération du rythme de construction de routes, essentiellement rurales, de kilomètres d’autoroutes et l’aménagement d’infrastructures portuaires.
Je suis encore plus sensible à ce que les pouvoirs publics entreprennent dans le domaine financier avec (i) la prochaine promulgation de la loi relative aux établissements de crédits et celle portant statut de Bank Al Maghrib qui élargit ses prérogatives et en assure l’indépendance, (ii) l’amendement des lois relatives à la bourse des valeurs, aux OPCVM et au Dépositaire Central, (iii) le renforcement du pouvoir des autorités boursières, (iv) les lois relatives aux marchés publics…
Ces réformes - mondialisation oblige, une fois encore - sont inspirées par des principes et pratiques usitées, parfois depuis deux décennies, dans des pays financiers matures. Elles illustrent la volonté publique au Maroc d’intégrer " à l’international " un pilier solide, moderne, structuré qui " donne le ton " de la modernité aux autres secteurs économiques du Royaume.
Néanmoins, nous demeurons vigilants par rapport au rythme des réformes concernant l’administration publique, la Justice et, plus particulièrement, la Justice commerciale qui représente un des fondements de la confiance placée au cœur de l’acte d’investir et de créer des richesses.
Pareillement pour le domaine fiscal, il ne doit, par sa complexité ou par sa rigidité, brider l’élan d’autres actions publiques favorisant un climat favorable, une fois encore, à la création de richesses et d’emplois, à l’investissement et à l’entreprise.

La Politique Monétaire. Quel regard lui portez-vous?

Qu’on s’entende bien : le domaine financier est, de par le monde, le plus intégré internationalement parmi les secteurs. En d’autres termes, ses objectifs et outils sont pensés et pratiqués à une échelle de plus en plus intégrée, comme à l’échelle continentale avec le rôle de la Banque Centrale Européenne ou de la Federal Reserve Bank. Aussi, la politique monétaire au Maroc se trouve-t-elle répondre à une même finalité qu’ailleurs et disposer d’une même panoplie d’instruments dont elle se sert pour accompagner la mise en œuvre d’une politique économique et sociale de la Nation.
La politique monétaire menée par Bank Al Maghrib nous semble avoir recherché à favoriser la croissance économique, et à faire prévaloir une hausse modérée des prix et des conditions saines de financement de l’économie. Parmi ses instruments, figurent la réserve monétaire, les reprises de liquidité, l’intervention sur le marché monétaire par octroi d’avances à 7 jours sur appel d’offres, d’avances à 5 jours, à 24 heures, les opérations d’achat et de vente de bons de trésor….
Ces instruments influent sur des variables-clés de l’économie que sont (i) les taux d’intérêt qui représentent un facteur - mais un seul parmi d’autres - d’investissement, ou (ii) la masse monétaire, (iii) ou encore le taux de change du Dirham qui conditionne la compétitivité de nos exportations et le coût des importations.
Il est essentiel de garder à l’esprit, qu’au delà de ce rôle fondamental de " réglage fin " des conditions de financement de l’économie, il y a, au Maroc, un rôle que Bank Al Maghrib joue également et, qu’ailleurs, des organes ad hoc ont en charge. Il s’agit de veiller à la solidité et à la stabilité du système bancaire et financier que les nouvelles lois, relatives à Bank Al Maghrib et aux Etablissement de Crédit, vont souligner davantage. Si, dans son histoire, le Maroc n’a pas connu de graves soubresauts financiers, malgré quelques difficultés qu’ont vécues certaines institutions, il faut en chercher les raisons du côté de l’action des autorités monétaires marocaines, donc du côté du Ministère des Finances et, bien entendu, de Bank Al Maghrib dont le rôle a été, à cet égard, décisif.

Comment appréciez-vous ces cinq années de règne ?

L’humilité doit prévaloir en essayant de porter un quelconque jugement sur une période décisive dans l’histoire contemporaine du Maroc, caractérisée par une transition de Règne, une transition politique avec " l’alternance " et une transition économique, marquée par une ouverture sans précédent de l’économie marocaine sur l’international. Cette ouverture s’est accompagnée d’un ancrage dans l’aire Euro-méditerranéenne et Atlantique et ce, par la conclusion de plusieurs accords de libre-échange, avec les Etats Unis, la Turquie et les pays arabes. Le Maroc évolue dans un contexte de regroupements régionaux, d’unification que jamais l’histoire n’a connus en temps de paix, comme l’expérience de l’Union Européenne. Le contexte géopolitique est, là également, inédit caractérisé par l’affirmation d’une seule puissance politique et économique, sans sérieux rival, et des tensions internationales où les dangers et les menaces sont diffus et ne sont pas représentés par une nation ou une armée…
Dans cet environnement, et en tant que Marocains, nous devons nous réjouir que l’ensemble des changements que traverse, dans tous les domaines, le Royaume au cours des cinq dernières années, se soient déroulés dans la continuité, de ce qui représente le socle de notre Identité et de notre Civilisation : dans le respect des piliers que sont notre Religion tolérante, notre monarchie constitutionnelle, le rassemblement des Marocains autour de leur Roi, un souverain aimé profondément de son Peuple et qui reçoit, chaque jour, l’appui de la communauté internationale à un Royaume foncièrement enraciné mais irréversiblement ouvert sur la modernité.

Entretien réalisé par
Afifa Dassouli



 

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