L’économie marocaine, hors agriculture, croît à un taux jugé relativement faible, de 3,5 % l’an en moyenne, quand il faudrait à notre pays une croissance soutenue de 7 à 8 % l’an sur une dizaine d’années pour entrer véritablement dans l’ère du développement économique.
On pourrait donc légitimement s’interroger sur les outils auxquels le gouvernement a recours pour atteindre ce grand et ambitieux objectif.
Répondre cette question, c’est en fait définir une véritable politique économique, préciser le "business plan" en quelque sorte du gouvernement pour le développement du Maroc. Il s’agit donc de savoir si ce type d’outils de management du pays existe aujourd’hui, en reconnaissant notamment les grands axes d’une telle politique ou les incitations qui lui seraient attachées.
Certes, le Maroc a déjà appliqué une politique économique sectorielle comme en 1986 avec le plan d’investissement régional. Ce plan a permis de développer certaines régions et tout particulièrement les provinces du Sud par des incitations fiscales d’importance qui allaient jusqu’à l’exonération des impôts directs et de la patente.
Or, par définition, une politique économique efficace se doit d’être nationale et définir des objectifs macro-économiques assortis des moyens de les atteindre, qu’ils soient destinés à être réalisés par le secteur privé ou/et par l’Etat.
Aujourd’hui, le rôle de l’Etat est clairement défini. Les pouvoirs publics sont à la fois engagés dans l’accompagnement de l’investissement privé et dans une politique keynésienne de grands travaux, créatrice d’emplois et de croissance économique, notamment financée par le Fonds Hassan II,
La deuxième question qui interpelle concerne la relance même de l’investissement privé, lequel, sans nul doute, est en panne au moment même où le pays dispose de liquidités importantes pour son financement.
Faut-il une politique économique incitative pour la relance de cet outil de croissance et, plus précisément, serait-ce la lourdeur fiscale qui inhibe la volonté d’investir du secteur privé ? Il faut rappeler à ce sujet que l’État a accordé et continue de le faire, des incitations fiscales en faveur du développement régional, de la création des petites et moyennes entreprises et bien d’autres cibles, sans que les résultats de ces incitations ne soient véritablement probants.
Or, l’État semble vouloir apporter désormais de plus en plus un soutien à l’investissement sous forme de garanties financières, par des facilitations administratives ou foncières plutôt que par des exonérations d’impôts. Pourtant, la PME souffre de la pression fiscale sur sa trésorerie au jour le jour du fait d’une TVA à 20 % et de l’IGR. De même, sa capacité d’autofinancement est réduite à cause d’un taux de l’IS indistinctement fixé à 35 % pour toutes les catégories d’entreprises, qu’elles soient très grandes, grandes, moyennes ou petites.
Pourtant, compte tenu de l’ouverture irréversible de l’économie nationale et de l’exposition des entreprises exportatrices à la compétitivité mondiale, laquelle est souvent aggravée par la volatilité des devises, le Maroc se devrait d’accompagner la définition de sa politique économique par une vraie dévaluation du dirham.
De même, une bonne dose d’inflation, (c’est-à-dire un taux annuel situé entre 4,5 % et 6 %) profiterait au financement des dépenses de l’État qui restent lourdes du fait notamment des salaires de la Fonction Publique. Le seul moyen d’atténuer en partie cette charge serait le retour à une certaine inflation qui permettrait d’en limiter l’augmentation ou l’aggravation. D’autant que l’inflation ne dépasse guère officiellement les 2,2 %, alors que le déficit budgétaire atteint les 4,5 % du PIB hors recettes de privatisations.
De telles mesures de relance économique ne constitueraient toutefois que des coups de pouce et nécessiteraient d’être accompagnées, pour aboutir à des résultats.
Pour cela, il faudrait assurer au Maroc la réelle capacité d’investir. Reconnaître cette nécessité, c’est en fait reprendre par le début le raisonnement qui a présidé à cette analyse, celui d’une pérennisation de l’investissement productif que l’État ne peut assurer à lui seul par la politique des grands travaux.
Et si aujourd’hui, il est vrai que l’État commence à avoir une vision économique, il lui manque toujours une véritable politique économique.
Afifa Dassouli
Fathallah Oualalou : Le Statut de la Femme vaut plus qu’un PIB à 6 %
La Nouvelle Tribune : Que peut dire le ministre des Finances sur la célébration du cinquième anniversaire de l’intronisation de SM le Roi ?
M. Fathallah Oualalou : Le ministre des Finances est avant tout un citoyen qui constate les grandes avancées de notre pays sur un certain nombre de fronts importants en matière de démocratisation, de respect des droits de l’homme, de lecture positive de notre passé et de réconciliation de notre pays avec celui-ci.
Je constate l’avancée principale sur le statut de la Femme, qui vaut autant sinon plus qu’une augmentation du PIB de 6 % à long terme.
Je constate également qu’un certain nombre de grands projets, structurants pour l’avenir, sont en cours, tel Tanger-Méditerranée, un projet essentiel pour le présent siècle.
Je pense également à l’actuelle entreprise d’ouverture du Maroc à l’international, qui connaît aujourd’hui une réussite certaine, la maîtrise que nous avons actuellement de notre accord avec l’Union Européenne, les grandes réformes internes dans les secteurs de la justice, financier, de la douane et de l’économie marocaine en général.
Tout cela nous permet de nous conformer aux exigences de la globalisation.
Je pense aussi au récent périple de SM le Roi en Afrique, qui aura un effet de rayonnement très important, mais aussi un effet économique fondamental, notamment dans le cadre du NEPAD, avec l’exemple de la bonne gouvernance qui viendra de chez nous.
Car le Maroc au Nord et l’Afrique du Sud, à l’opposé du continent, ont certainement un rôle fondamental pour le développement de l’ensemble africain, pour servir de relais et de pont avec les régions européenne et asiatique, pour développer la coopération et les investissements.
En tant qu’homme politique, quelle est votre appréciation alors que le sentiment d’un désintérêt envers les partis et la conviction de leur démobilisation sont deux phénomènes largement répandus aujourd’hui dans nombre de milieux nationaux ?
J’espère pour notre pays que l’attractivité de la région s’améliorera.
C’est en cela que devrait se matérialiser la prochaine avancée à travers la nouvelle émergence du projet maghrébin. Je pense que SM le Roi jouera un rôle très important à ce niveau. D’autre part, je constate avec bonheur que le Maroc s’est réconcilié avec ses régions, avec le Nord, le Sud, l’Est et cela est fondamental, aux effets économiques qui seront immenses. Le pays s’attaque également à la pauvreté, il en reconnaît l’existence, refuse désormais la négation des tabous et tout cela est facteur de progrès et d’avancées.
Pour en venir à l’estimation du politique, les partis ont joué un rôle important dans la transition de ces dernières années. Il ne faut pas oublier la phase d’alternance qui a été historiquement fondamentale parce qu’elle a créé l’irréversible. Les forces démocratiques, bien sûr, ont assumé leur part dans ce processus et feu SM Hassan II a été leur écoute.
SM Mohammed VI a accéléré la progression. En tant que démocrate, je pense que la démocratie a besoin de ces moyens que sont les forces politiques et en ce sens, je crois qu’elles sont incontournables. Il est fort heureux que la Constitution de notre pays le reconnaisse. Il faut le réaffirmer tout en les incitant à une nouvelle mobilisation de leur part, mais sans qu’on leur crée des contraintes et des obstacles. Ainsi l’ouverture heureuse sur la société civile ne doit pas se faire au détriment de la société politique.
Propos recueillis par
Afifa Dassouli