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Mme Joumana Cobein définit les priorités de la SFI au Maroc Entretien

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Publier le : July 15, 2004

La Nouvelle Tribune : Mme Joumana Cobein, vous êtes chef du bureau de la Société Financière Internationale, (SFI), au Maroc. Quelles sont vos principales missions en matière de financement dans notre pays ?
Mme Joumana Cobein :
Au Maroc la SFI est présente localement depuis près d’une quinzaine d’années et notre premier investissement remonte à 1963. Depuis, nous avons accordé près de 800 millions de dollars de financement direct dans plus de 30 sociétés et institutions financières. Aujourd’hui, l’engagement de la SFI au Maroc s’élève à près de 90 millions de dollars en investissements directs et près de 300 millions de dollars de financement syndiqué et le Maroc représente ainsi le quatrième client de toute la Région MENA….
Depuis près de deux ans, nous axons particulièrement nos interventions sur l’appui au développement du secteur des PME à travers des actions de conseil et d’assistance technique en faveur des institutions financières, des associations professionnelles et autres prestataires de services aux PME. 
Cela ne veut pas dire que nous ne faisons que cela. Au contraire, nous restons très attentifs aux opportunités d’investissement et aux demandes qui pourraient nous être faites de la part de nos interlocuteurs aussi bien publics ou privés ; particulièrement dans le secteur financier. J’en profite pour rappeler ici à titre d’illustration que la SFI avait participé à l’établissement de Médiafinance, premier intermédiaire en valeurs du Trésor sur le marché marocain.  

Justement, comment appréhendez-vous le secteur financier au Maroc aujourd’hui?
La situation a beaucoup évolué. À partir de la fin des années 1990 et au début 2000, le secteur financier marocain est devenu liquide, et même "sur-liquide". Il détient les moyens techniques et financiers d’aider les entreprises industrielles et de financer les grands projets qui nécessitaient auparavant des financements extérieurs. Les grandes entreprises marocaines peuvent accéder à des crédits bancaires à des conditions relativement intéressantes et avoir accès au marché des capitaux à travers des émissions obligataires.
C’est l’une des raisons pour lesquelles la SFI a réorienté sa stratégie d’investissement au Maroc ces dernières années, pour cibler les gros projets nécessitant un montage et des instruments financiers complexes qui ne se trouvent pas encore sur le marché et orienté également sa stratégie d’assistance vers le secteur des PME. Il ne s’agit pas de faire concurrence à ces banques, mais d’apporter d’autres éléments et d’autres instruments financiers auxquels les entreprises ne peuvent accéder.
A titre d’exemple, la SFI a contribué au financement de l’opérateur Méditel à travers un prêt direct et un prêt syndiqué constitué par un pool de banques étrangères.
De la même manière, nous envisageons avec les banques la mise en place de contre garanties partielles en dirhams de la SFI pour encourager les banques à prêter sur cette base à des entreprises de taille moyenne. Cette action va dans le sens de l’action de l’Etat marocain qui vise à développer les instruments de garantie en faveur des entreprises marocaines.

Pourquoi la relation entre la SFI et les banques est-elle particulièrement forte ?
En effet, près de la moitié du portefeuille de la SFI se situe au niveau des institutions financières à travers le monde. Ce sont des relais naturels et donc des partenaires importants pour le développement du secteur privé des pays émergents.  L’un des rôles de la SFI, dont le Maroc est actionnaire, étant de travailler avec les systèmes financiers et les banques en particulier pour prendre le relais dans le financement des investissements, il s’agit donc de renforcer les banques financièrement et techniquement pour qu’elles puissent jouer leur rôle.
Notre mandat est donc vraiment d’appuyer ces institutions financières pour qu’elles jouent leur rôle de financement et de moteur de l’économie. C’est pourquoi celles-ci restent nos interlocuteurs privilégiés. Enfin, les coûts de transaction liés au montage et au suivi des dossiers seraient beaucoup trop importants si l’on travaillait directement sur de petits investissements.

Concrètement que leur proposez-vous ?
Il s’agit de travailler avec les banques sur des partenariats permettant, à la fois, de proposer de nouveaux produits telles que les garanties partielles dont nous avons parlé, mais aussi de leur offrir des services de conseil et d’assistance technique afin de les accompagner dans leur mission de financement. Ces activités sont financées à la fois par la SFI mais aussi grâce à des financements d’autres bailleurs de fonds.
C’est dans ce cadre que la SFI a créé le programme NAED "Développement des Entreprises en Afrique du Nord" qui est opérationnel depuis un an et qui a pour objectif de répondre aux besoins et au développement des entreprises, notamment des PME dans ces pays. Ce programme a été rendu possible grâce à la participation et l’appui financier des gouvernements Français, Belge, Italien et Suisse.
Une des problématiques communes à tous les pays méditerranéens étant l’accès au financement des PME, notre partenariat avec les banques permet de leur apporter un appui notamment en matière de développement d’outils appropriés à la gestion et évaluation du risque crédit sur les entreprises.
Nous avons ainsi travaillé avec Attijariwafa bank pour la mise en place d’une notation interne (rating) de leur clientèle entreprises permettant une meilleure gestion et évaluation de leur risque crédit. Ce système est d’ailleurs déjà opérationnel.
Un projet est également en cours avec la Banque Populaire qui est, comme vous le savez, la plus grande banque en matière de financement des PME. Il s’agit donc de l’accompagner dans ses démarches de développement d’outils en matière de gestion et de suivi des crédits aux PME.

Ne pensez vous pas que l’introduction d’un rating des PME pourrait causer un durcissement supplémentaire du crédit?
Adopter des systèmes de rating permet, tout d’abord, de se conformer à des éléments réglementaires, puisque ce type d’outil est exigé par la réglementation de la Banque Centrale marocaine, mais aussi de se conformer aux meilleures pratiques internationales, les  "best practices".
Les banques disposent aujourd’hui de ce type d’éléments qui sont des outils importants d’aide à la décision. Si au début l’adoption du rating pourrait effectivement entraîner un durcissement du crédit, elle devrait amener très rapidement une certaine discipline qui, in fine, bénéficiera aux entreprises en favorisant la transparence et les meilleurs dossiers sur des critères objectifs.
C’est une composante importante de la nécessaire mise à niveau du système financier et de l’ensemble de l’économie marocaine.

En dehors des opérateurs privés, avez-vous des avec projets avec les tutelles publiques?
Tout à fait, notre intervention ne se limite pas aux opérateurs financiers privés. Pour couvrir l’ensemble de l’environnement économique et accompagner les réformes du système financier, nous sommes amenés à mener des programmes avec les acteurs publics notamment en collaboration avec la Banque Mondiale. C’est le deuxième axe de notre intervention au Maroc.
À titre d’exemple, nous menons actuellement avec Bank Al-Maghrib un projet sur la constitution d’une Centrale des Bilans et le développement de l’infrastructure de l’information financière au Maroc. L’étude est déjà en cours et a pour principal objectif de rendre accessible, fiable et régulière l’information financière déposée au niveau du tribunal de commerce.
De même nous accompagnons l’ANPME dans la mise en place d’une base de données pour suivre le financement de la mise à niveau et en mesurer les performances: quelles entreprises en bénéficient, quels sont les montants impliqués, dans quels secteurs et régions et quels sont les résultats et rendements. Ce projet est à un stade avancé, les travaux de faisabilité technique sont finis, les discussions sont en cours entre l’ANPME et le GPBM pour la transmission de l’information. Le GPBM jouerait alors le rôle de relais entre les banques et l’ANPME pour la collecte de ces informations financières.

Quels sont les autres projets que vous développez au Maroc dans le cadre de la réorientation de la politique d’intervention de la SFI ?
Le troisième volet du programme NAED est l’appui aux associations professionnelles et prestataires de services dans l’accompagnement des PME.
 Nous travaillons depuis un an avec l’Association de la Zone Industrielle de Tanger, une association dynamique qui offre de réels services à ses centaines de membres.  La contribution de la SFI est de les aider à mettre en place des services payants par leurs membres en matière d’outils de gestion (ressources humaines, formation), ce qui revient à l’aider à mieux s’organiser et à offrir des services de qualité pour garantir la pérennité de l’activité de l’association.  Dans ce cadre, un portail qui permettra d’offrir des services à ses membres, ainsi qu’aux entreprises basées à Tanger sera opérationnel très prochainement. 
Nous prévoyons d’étendre ce genre de collaboration à d’autres associations de zones industrielles pour les aider à s’organiser et à commencer à développer des services à destination de leurs membres.
Nous étudions également la faisabilité du transfert d’une série d’outils (supports de formation en management, boîte à outil PME, …) adaptés aux besoins des PME et nous pourrons en parler très prochainement.
Ces activités d’appui aux associations sont à nos yeux très importantes et répondent aux objectifs du gouvernement et aux demandes des opérateurs.

Entretien réalisé par
Afifa Dassouli



 

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