Après un exercice 2003 euphorique après plus de quatre années de vaches maigres, la Bourse de Casablanca a poursuivi durant le premier semestre 2004 son mouvement haussier. Tous les clignotants du marché ont terminé le semestre au vert. Le baromètre du marché a réalisé un gain semestriel de 14,08 % à 4 498,88 points. Quant au MADEX, ses bénéfices annuels se sont établis à 8,41% à 3 441,55 points. Les anticipations favorables des résultats annuels des sociétés cotées conjuguées aux perspectives de l'attribution de l'organisation du Mondial 2010 au Maroc avaient poussé nombre d'investisseurs à se positionner sur certaines valeurs qu'ils jugeaient à même de réaliser de bonnes performances ou de tirer pleinement profit d'une attribution de l'organisation de l'événement planétaire. L'euphorie a poussé les gains du principal baromètre du marché à dépasser la barre des 17 % avant d'entamer sa glissade sous l'effet combiné d'une correction du marché et de l'échec de la candidature marocaine. En dépit du renversement de la tendance durant le mois de juin et qui se poursuit en juillet sous l'effet mécanique de la distribution de dividendes, les indicateurs du marché sont restés positifs et la place affiche une bonne résistance à la baisse.
Indicateurs au vert
Autre indicateur de la bonne tenue du marché, la capitalisation boursière s'est appréciée de 19,0 % pour ressortir à 137,2 milliards de dirhams. Mieux encore, le volume semestriel des échanges s'est fortement accru de 72,6 % par rapport à la même période de l'année dernière pour s'établir à 17,5 milliards de dirhams. Le marché central actions et le compartiment de blocs ont enregistré des volumes respectifs en hausse de 105,9 % et 55,5 %. Cette forte progression est surtout le résultat d'opérations stratégiques d'envergure dont notamment la prise de participation du Crédit Industriel et Commercial dans le capital de BMCE Bank, les opérations liées au rapprochement stratégique BCM-Wafa, le remaniement du portefeuille Axa Assurance Maroc, etc. Du point de vue évolution des cours des titres cotés à la fin du premier semestre, on peut noter les bonnes performances réalisées par les titres Maroc Leasing (109,2 %), Branoma (72,1 %), Afriquia Gaz (61,7 %), Auto-Hall (60,78 %) et Eqdom (54,4%). En s'adjugeant de la meilleure performance de la place au terme du premier semestre avec une appréciation de l'action de 109,2 % à 198 dirhams, le management de Maroc Leasing se voit conforté dans ces choix stratégiques visant à assurer un retour au premier plan de la filiale de la CDG au niveau du secteur du leasing en combinant le développement de son activité à une rentabilité appréciable. Du point de vue sectoriel, le bon comportement de Maroc Leasing a porté la performance annuelle du secteur à 51,7%. Loin derrière, le Crédit à la consommation, les Cimenteries et l'Agro-alimentaire ont réalisé des gains annuels respectifs de 37,5 %, 28,9 % et 23,1 %. A l'opposé, certaines valeurs n'ont pas su tirer profit de l'embellie du marché. C'est le cas notamment de La Marocaine Vie (-45,1 %), CIH (-36,6%), Managem (-16,2%), etc, sanctionnés par les investisseurs qui s'attendaient à des perspectives bénéficiaires et des résultats meilleurs. Pour la minière, la dégringolade du cours s'est accélérée suite à la publication du profit warning faisant état de perspectives défavorables pour les réalisations 2004 avec une perte estimée à 50MDH.
Fragile
Globalement, et en dépit de l'appréciation des principaux indicateurs du marché, le marché boursier reste fragile comme en témoigne l'évolution un peu erratique des indices et manque de profondeurs. Sur la cinquantaine de valeurs composant la cote casablancaise, seule une dizaine de valeurs assurent la liquidité de la place. Selon nombre d'observateurs et analystes, l'illiquidité des titres cotés constitue l'un des obstacles majeurs à l'arrivée de nouveaux investisseurs, aussi bien nationaux qu'étrangers, sur la place. En effet, même si la place offre de bonnes perspectives en terme de rentabilité, en témoigne les dividendes distribués par les sociétés cotées au titre de l'exercice 2003 -plus de 5,2 milliards de dirhams à distribuer- sans oublier les plus-values latentes qu'offrent beaucoup de titres cotés, il n'en demeure pas moins que pour l'investisseur, l'attractivité d'une place se mesure aussi et surtout par les facilités qu'elle offre pour les investisseurs qui souhaitent se désengager en temps voulu. Or, à l'état actuel, seule une poignée de titres assurent aux investisseurs une liquidité adéquate. L'élargissement de l'assiette de la corbeille casablancaise avec l'introduction du papier neuf de qualité, à l'image de la Banque Centrale Populaire, va certainement contribuer à améliorer le niveau de liquidité du marché et permettre aux investisseurs d'optimiser leurs placements boursiers.
Perspectives
Pour ce qui est des perspectives d'évolution du marché durant le second semestre, malgré la poursuite des replis des principaux indicateurs du marché, tout laisse à penser que la place va consolider sa reprise entamée en 2003. En attendant les prises de bénéfices, les effets des distributions de dividendes auxquels s'ajoute la baisse de l'activité boursière durant la période estivale sont autant de facteurs qui militent pour un statu quo du marché durant cette période. Toutefois, l'accueil réservé à la BCP pourrait constituer un déclic en réconciliant la Bourse avec les investisseurs, notamment les petits porteurs. Et pour cela, il faut que la nouvelle recrue tienne toutes ses promesses au niveau du marché. Par ailleurs, les investisseurs ayant engrangé de conséquents dividendes pourront réinvestir leurs gains au niveau du marché sur des valeurs qu'ils jugent à fort potentiel de croissance, comme c'est le cas pour la BCP qui continue à faire l'objet d'une forte demande auprès des investisseurs, ou bien patienter un peu pour profiter de l'introduction en Bourse de Maroc Telecom prévue pour le dernier trimestre 2004. La sur-souscription du titre BCP lors de son introduction en Bourse, la sur-liquidité du système bancaire et la solidité des fondamentaux de l'opérateur historique sont autant de facteurs qui militent pour une réussite de cette opération qui marquera un tournant dans l'évolution du marché boursier casablancais.
Moussa Diop