En effet, 4 % et 3 % de l’OPV sont respectivement réservés dans les tranches 3 et 4 aux sociétaires et au personnel du groupe, soit 235 522 et 176 641 actions qui leur seront attribuées avec un minimum de 10 actions et un maximum de 3999, avec une décote de 7,5 % et 15% sur le prix public de 680Dh, soit à 629 Dh et 578 Dh.
Sachant que sur le prix public, l’Etat accorde une prime de 15 %, les sociétaires réalisent en réalité un profit total de 22,5 % tandis que pour le personnel, il s’établit à 30 %. Les uns et les autres sont toutefois soumis à l’obligation de conserver les titres trois ans durant ou de rembourser à l’Etat la surprime en cas de vente préalable.
C’est ainsi que l’introduction en bourse de la BCP, que son management préfère qualifier d’ouverture de capital pour ne pas parler de privatisation, respecte à la lettre les prescriptions de la Loi sur les privatisations. C’est ainsi qu’un des décrets d’application de cette loi, daté du 16 octobre 1990, stipule : "une part des actions peut être réservée aux salariés de la société objet de transfert par l’Etat au privé, à condition qu’ils justifient d’une ancienneté d’au moins une année" . Le même texte précise que : "la part réservée aux salariés ne peut dépasser 20 % du total de la cession de participations dans la limite de 10 % du capital" et que "pour l’acquisition de la part qui leur est réservée, les salariés bénéficient d’un rabais de 15 % sur le prix public de cession", alors que "les actions et les parts acquises par les salariés ne peuvent être cédées avant trois ans à compter de la date de leur acquisition".
Mais l’originalité de l’OPV de la BCP réside dans le fait que sociétaires ont été assimilés au personnel du groupe et soumis aux mêmes conditions dictées par la Loi de 1989 autorisant le transfert d’entreprises publiques au secteur privé. C’est donc à ces deux catégories de souscripteurs privilégiés que la période de souscription a été ouverte dès le 15 juin au lendemain de l’annonce de l’OPV en question pour se terminer le 25 juin, jour de clôture générale.
La Direction de la BCP a obtenu du CDVM que la période de souscription pour le personnel et les sociétaires soit ouverte en avance pour permettre au réseau de la BCP de traiter d’abord les souscriptions de ces deux tranches avant de s’occuper des personnes physiques et des institutionnels. Cette distinction est simplement administrative puisqu’en parallèle, les intermédiaires chargés du placement des deux autres tranches rencontrent les institutionnels de la place pour les convaincre de répondre à l’offre enclenchée le 21 juin dernier.
En tout état de cause, la tranche ouverte au "personnel" de la BCP a, d’une part, été étendue aux actifs et aux retraités en respect de la Loi sur les privatisations et, d’autre part, à tout le personnel de la BCP, des BPR et des filiales marocaines de la BCP (les différentes Chaabi Leasing, Assalaf Chaabi, Médiafinance, Al Istitmar Chaab,i etc..) et étrangères (Banque populaire marocaine à Paris et les banques populaires africaines), soit à un total de 7300 personnes. S’il paraît normal pour un groupe aussi important d’impliquer l’ensemble de son personnel sans discrimination, il faut savoir qu’en plus, M. Omary, Président de la BCP, a également tenu que l’attribution se fasse égalitairement, sans tenir compte de critères de classement sélectifs comme l’ancienneté, le grade, etc.
La BCP a, de plus, mis en place des mesures d’accompagnement pour encourager son personnel à souscrire à la tranche de l’OPV qui lui est réservée. À ce titre, l’ensemble du personnel peut bénéficier d’un crédit bancaire pour souscrire à l’offre, à des conditions très préférentielles, soit un taux d’intérêt de 3 %, inférieur au taux des bons du Trésor à un an, sur une période de trois ans, remboursable mensuellement ou en totalité in fine à la fin du crédit. Ainsi, tout salarié du groupe peut acheter aujourd’hui les actions de la BCP, attendre trois ans, les revendre, rembourser son crédit et empocher la plus-value.
Pour toutes ces raisons, il semblerait que les salariés du groupe BP sont très nombreux à souscrire à l’OPV de leur banque. Notons que s’ils devaient se partager égalitairement les 176 641 actions qui leur sont réservées et en supposant qu’ils soient 7300, chacun devrait se voire attribuer 20 actions quelle que soit la sur-souscription de l’offre, sachant que chacun peut souscrire jusqu’à 3999 actions.
En ce qui concerne les sociétaires, il s’agissait, en les associant à l’OPV, de reconnaître aux Banques Populaires Régionales, dont ils sont aussi clients, leur contribution aux résultats de la BCP, sachant que celle-ci gère leurs excédents de trésorerie, un portefeuille de 40 milliards de dirhams en bons du trésor pour leur compte, sans compter tous les services communs. Pourtant, pour leur réserver une tranche de 4 % de l’OPV, soit 235 522 actions avec une décote de 7,5 %, il a fallu convaincre l’Etat, le cédant, d’en accepter le principe et le prix. D’autant que les sociétaires attirés par la rémunération exceptionnelle de 6 % des parts sociales des BPR, sont nombreux, plus de 460 000. Leur nombre fut d’ailleurs un argument pour convaincre les pouvoirs publics. Car, si 10 % seulement de ces sociétaires souscrivaient à l’OPV de la BCP, la Bourse aurait dans l’absolu 46 000 nouveaux porteurs d’actions, soit plus de 2,5 fois le nombre actuel qui est de 20 000. Un argument imparable pour qui cherche la dynamisation du marché !
Afifa Dassouli