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2004, l’année du redressement pour Managem Entretien avec M. Abarro

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Publier le : June 24, 2004

La Nouvelle Tribune : M. Abarro, vous venez de faire par voie de presse un avertissement sur résultats pour Managem. C’est une première sur le marché boursier. Est-ce une exigence en matière de transparence ou est-ce une manière pour le Conseil d’Administration de se donner un quitus pour la gestion passée ?

M. Abarro : L’objectif recherché par ce communiqué est de porter à la connaissance des actionnaires de Managem ce qui risque d’avoir une influence importante sur ses futurs résultats. Il est donc de notre devoir de porter à leur connaissance la situation de la société quant à ses engagements au moyen d’instruments financiers concernant les matières premières qu’elle produit. En effet, toute société cotée a obligation d’informer de façon claire et transparente ses actionnaires de tout ce qui peut impacter de manière importante la vie de l’entreprise ou l’évolution des résultats futurs.

Précisément, quels étaient les résultats prévus dans le business plan normal de Managem par rapport à la perte que vous envisagez dans le communiqué en question, soit 50 millions de dirhams ?
Abstraction faite de l’effet des engagements sur les cours, nous étions plutôt dans une perspective positive, au-dessus de l’équilibre, mais l’impact négatif de ces instruments financiers afférents aux cours internationaux peut s’évaluer à quelques dizaines de millions de dirhams. Et pour cause, l’évaluation des résultats de Managem se fait par rapport à une situation de cours donnée et l’avertissement sur résultat a été fait dans un contexte actuel d’estimation des cours, lesquels peuvent, bien évidemment, évoluer à la hausse ou à la baisse.

Pouvez-vous nous expliquer en quoi consiste la technique des couvertures que Managem a prises sur  les matières premières ? Lesquelles sont particulièrement concernées ?
Il s’agit pratiquement des matières premières métalliques que Managem produit : l’or, le zinc, le plomb, le cuivre et l’argent qui sont toutes cotées sur les bourses mondiales des métaux. Dans le cadre des relations que nous avons avec nos clients et à l’instar de tous les opérateurs miniers, nous nous engageons sur un volume et un programme de livraison valorisé au prix du marché. Ces prix peuvent fluctuer  dans des proportions importantes en fonction de l’offre et de la demande. Dans l’objectif de sécuriser nos résultats à moyen et long terme, il peut nous arriver de fixer  à l’avance les prix de ventes, parce que l’on estime que cela  induit suffisamment de marge et de rentabilité pour l’entreprise et que cela nous protège contre toute baisse future du marché. Auquel cas, on procède à une vente à terme sur la place financière par l’intermédiaire d’organismes dédiés à ce type d’opérations.

Et quels sont les produits financiers précis que vous utilisez pour de telles couvertures?
Il s’agit, en général, de ventes à terme qui permettent à Managem, quel que soit le cours des produits sur les bourses des métaux, de vendre au prix fixé par elle et à l’avance. Nous procédons, par ailleurs, à des couvertures des taux de change, en général pour ce qui nous concerne, sur le dollar par rapport au dirham. Et ce, dans la limite de ce que nous permet la loi marocaine, soit un horizon maximum d’un an.

Mais que s’est-il passé pour le cas qui nous intéresse ? Les termes de votre communiqué laissent entendre que vous vous êtes engagé sur des volumes à la vente supérieurs aux rythmes de production actuels, à plus de 100 % de votre production ?
En effet, les engagements ne doivent pas dépasser 100 % de la production, cela tombe sous le sens. Il faut savoir que le planning de couverture doit être en ligne avec le planning de vente. Mais il est très difficile de connaître avec précision les échéances de ventes, à cause des aléas et imprévus qui sont liés d’une part aux relations commerciales, et d’autre part, aux contraintes de production.
C’est ainsi que nous pouvons nous trouver parfois dans des situations de "sur-couverture" avec une quantité couverte  supérieure à celle vendue. De plus, s’il y a une tension très forte sur le marché, il est quelquefois très coûteux de reporter des contrats ou de les dénouer. Par contre, s’il n’y a pas de tension sur le marché, il devient possible de reporter les positions de couverture et de les adapter au planning de vente.

Et sur l’or, quelle est la problématique ?
Sur l’or, nous sommes dans une situation un peu particulière parce que lorsque le projet de Akka a été lancé à la fin de 1999, il a été décidé de procéder à une couverture d’une partie importante des ressources de la mine d’Akka, dans le but d’assurer la rentabilité du projet. Il s’agit-là d’une démarche courante dans les projets miniers et notamment aurifères. De plus, à l’époque, le cours international de l’or n’était pas à ses plus hauts. La couverture a permis de valoriser les cours de l’époque et de sécuriser le projet.
Mais, couvrir des quantités très importantes induit une augmentation du risque et donc de l’exposition. Et dès que les estimations des réserves ne sont pas au rendez-vous, nous nous retrouvons donc en décalage par rapport aux couvertures prises sur ces réserves qui, en fait, se sont avérées inférieures à nos estimations.

Cependant, tant pour l’évaluation des réserves minières que pour les couvertures de cours et de change, vous passez par des experts internationaux ?
Dans tous les domaines de notre métier, nous sommes entourés d’expertises et de compétences qui nous permettent d’avoir la meilleure appréciation possible pour la prise de décision. Pour l’évaluation de nos ressources minières, nous avons, à Managem, une expertise reconnue. Et les réserves de nos mines sont depuis quelques temps auditées par des experts internationaux, essentiellement canadiens, lesquels bénéficient d’une notoriété internationale dans le domaine.
Les réserves, comme les comptes, sont certifiées régulièrement, chaque année. Pour la couverture des cours des métaux, on travaille avec des grandes banques internationales. Pour les taux de change, on s’adresse évidemment à des banques marocaines qui disposent de toute l’expertise dans ce domaine.
 
Pourquoi avez-vous mis du temps avant de constater le décalage existant entre vos couvertures et vos réserves?
Il est vrai que lorsqu’il y a une exposition importante par rapport aux réserves, comme ce fut le cas pour l’or, nous sommes dans l’obligation de réagir sous peine de nous exposer à un risque qui peut s’avérer trop important si le niveau des cours sur le marché dépasse le niveau des couvertures. Ce qui compte, c’est le moment où vous prenez la décision de vous couvrir. Cette prise de décision anticipative doit répondre à un objectif de sécurisation du résultat et de limitation du risque. Cependant, il faudra s’assurer qu’une telle décision, dont l’objectif initial paraît tout à fait louable, n’expose pas l’entreprise à un autre risque, plus important. L’or peut se couvrir sur du très long terme,  sur des périodes pouvant aller jusqu’à dix ans et même au-delà. Cela a été fait pour Akka en 1999, sur la base d’un tonnage de ressources estimé à l’époque. Il a été récemment confirmé un déficit important sur les réserves, ce qui met aujourd’hui Akka  dans une situation de sur-couverture et d’exposition importante.
Pour les autres métaux, le problème des réserves ne se pose pas.

Pouvez-vous nous aider à interpréter le tableau que vous avez publié sur les engagements de Managem ?
Pour l’argent, sur la période 2004-2007, il y a un tonnage engagé dans le cadre de la couverture de 754 tonnes, ce qui signifie quelques années de production de la mine d’Imiter, sachant qu’on produit annuellement entre 170 et 200 tonnes. Les niveaux d’engagements auxquels on a fixé le cours varient entre 5,4 $ et 6 $ l’once, alors que le cours de l’argent est aujourd’hui autour de 5,70 $. Nous sommes donc dans la fourchette. Mais le plus important, c’est qu’à ce niveau de prix, quel que soit le cours actuel, les garanties prises devraient nous permettre d’obtenir une marge suffisante et valorisante pour notre activité afin de sécuriser la société et l’actionnaire. Pour le zinc, on a engagé une année et demie de production, de 2004 à 2006, soit 76 000 tonnes, avec un cours compris entre 900 et 1000 $. Aujourd’hui, il est à 1050 $, légèrement au-dessus de la fourchette.
Pour l’or, entre 2004 et 2010, on a couvert 14 tonnes, entre 325 et 360 $ l’once. Aujourd’hui, le métal jaune est à 385 $, nous sommes au-dessus de notre niveau de couverture.

Êtes-vous obligés de dénouer toutes les couvertures inadéquates ?
Non, pas précisément. Pour l’or, nous serons certainement conduits à le faire pour une partie, compte tenu de notre exposition.  Parallèlement, il faudra mettre plus de moyens sur la recherche en vue d’améliorer les réserves de la mine et réduire son exposition. Il faut agir sur les deux leviers. Mais par contre, pour les autres métaux, nos réserves sont confortables, le problème de surcouverture par rapport aux réserves ne se pose pas. Les surcouvertures liées momentanément à la sous-production devraient être gérées dans le temps.

Entretien réalisé par
Afifa Dassouli



 

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