L’opération a porté sur la cession de 10 % du capital de la deuxième banque privée marocaine à cet opérateur bancaire français de renom. La cession de ce bloc a été faite au prix de 500 dirhams l’action, ce qui représente une différence de 16 % par rapport au cours du marché qui est de 430 Dh l’action. Or, une des règles de marché impose que toute transaction de blocs ne saurait se faire à un prix supérieur ou inférieur à 10 % au cours de la valeur sur le marché officiel, sauf dérogation du CDVM. Mais cela ne devrait pas poser de problème dans la mesure où l’accord préalable pour cette transaction a été accordé par les autorités monétaires.
D’ailleurs, le marché pressentait bien la BMCE préparait une cession d’une part importante de son capital à un partenaire étranger depuis le récent rachat par Finance. Com des derniers 4,9% de BMCE Bank détenus par l’opérateur bancaire allemand Commerzbank.
En effet, après la rupture de la relation de capital conclue avec les Caisses d’Épargne françaises, la BMCE cherchait un autre partenaire étranger pour l’accompagner. C’est donc chose faite aujourd’hui puisque avec la cession de 10 % du capital, le CIC occupera un siège au Conseil d’Administration de la banque de M. Othman Benjelloun.
Cette opération est analysée par la place financière comme le début d’un partenariat qui devrait s’approfondir et s’étayer par une participation plus importante du CIC au capital de la BMCE. Mais, en tout état de cause, le choix du CIC comme, précédemment et infructueusement, celui de l’Ecureuil montre qu’il ne s’agit plus exactement pour le Président Othman Benjelloun de valorisation de sa banque. Il s’agit plutôt de recherche d’un partenaire bancaire de taille et de renom à même d’accompagner la BMCE pour affronter les nouvelles conditions du marché bancaire national où prédominent dorénavant des banques françaises reconnues pour leur expertise et une nouvelle grande banque marocaine, Attijariwafa Bank.
Quant au CIC Paris, il revient au Maroc. En effet, c’est pour lui une terre connue puisqu’il a été l’actionnaire de référence de la BCM depuis sa création en 1971, avec plus de 35 % du capital, jusqu’en 1988 où, pour des raisons internes, le CIC Paris a cédé la totalité de sa participation. En effet, la banque parisienne connaissait des problèmes liés à son exploitation et avait choisi à l’époque de les compenser par la réalisation de plus-values en cédant notamment sa participation marocaine qui était assurément l’une des plus profitables. C’est d’ailleurs à cette occasion que l’ONA avait acquis 35 % du capital de la BCM dont il a depuis cédé une partie à son partenaire bancaire espagnol, BSCH.
Le CIC, quant à lui, a été entre temps racheté par le Crédit Mutuel de France et fait donc partie d’un groupe qui occupe la première place dans la banque assurance, la seconde dans la banque de détail. En effet, CIC et BMCE Bank, malgré la relative modestie de l’échange de capital (10 %), projettent d’aboutir à un partenariat dynamique dans le domaine de la grande distribution et de l’activité "corporate" et banque d’investissement.
Le CIC est reconnu pour son activité de bancassurance, sa parfaite connaissance des flux internationaux et celle des PME. C’est ainsi que 41% de son produit brut d’exploitation provient de la banque de détail, 41% autres de la banque finance et marché et 11 % de la banque privée. De plus, une PME sur trois en France en est cliente. Sa force de frappe repose sur un réseau composé de 1846 agences dont 1627 spécialisées par marché.
La BMCE, orientant son activité vers les mêmes spécificités notamment la bancassurance avec Al Wataniya-RMA, les flux internationaux et en particulier ceux des MRE vers le pays, la spécialisation des agences et l’intérêt particulier accordé de plus en plus au financement des PME, le partenariat en question, se présente donc comme un véritable projet industriel et présage d’ores et déjà d’une montée en puissance future du CIC dans le capital de BMCE Bank.
Afifa Dassouli