Le Groupe fondé par MM. Pélisson et Dubrulle devient ainsi l’actionnaire de référence du Club Méditerranée, même s’il ne souhaite pas en prendre le contrôle. C’est donc un réel partenariat qui devrait être mis en place dans l’optique de dégager des synergies valorisantes pour Accor et surtout pour le Club Med qui fait partie dorénavant du premier groupe mondial des loisirs et du tourisme. Ce que le Président du Directoire du Club, M. Henri Giscard d’Estaing, commente comme " un moyen de renforcement du Club dans sa stratégie et son développement ". Cette opération intervient juste après la communication des résultats arrêtés à fin avril, qui témoignent que le Club continue à remonter la pente avec une perte réduite à 4 millions d’euros contre 29 millions d’euros de pertes enregistrés pour la même période en 2003, alors que le résultat d’exploitation affiche une forte hausse à 32 millions d’euros contre 12 millions en négatif l’an dernier sur la même période.
L’ancrage au Maroc
L’autre partenariat celui conclu entre le Club Méditerranée et la Caisse de Dépôt et de Gestion, première institution financière marocaine, ne porte pas sur le capital social mais sur les ressources financières du Club qui seront renforcées pour lui faciliter une plus importante implantation au Maroc. En d’autres termes, il s’agit d’un accord avec l’Etat marocain qui accorde au Club Med, en tant qu’opérateur touristique, des moyens de financement pour rénover certains villages anciens et en créer de nouveaux sur son territoire.
C’est en janvier 2001 que le Club Méditerranée avait procédé à la signature d’une lettre d’intention avec l’Etat marocain qui l’engageait à renforcer sa position d’acteur touristique dans le pays. Ce projet s’inscrivait d’ailleurs dans le cadre du plan stratégique de développement du tourisme, Maroc 2010, annoncé peu auparavant par SM. Mohammed VI.
Il traduit donc l’engagement et la volonté du Club Méditerranée d’augmenter ses capacités et de diversifier son offre touristique au Maroc. L’interlocuteur marocain du Club, la Caisse de Dépôt et de Gestion, CDG, dirigée par M. Mustapha Bakkoury, présente deux atouts d’importance, celui d’opérateur traditionnel du secteur touristique et celui d’institution financière publique de premier plan.
La première concrétisation de ce partenariat est intervenue en octobre 2002 par la signature d’un protocole d’accord entre les deux parties qui s’est immédiatement traduit par la cession du village de la Médina de Marrakech au RCAR (régime collectif d’allocation retraite) géré par la CDG et la prise en location de ce dernier par le Club Méditerranée pour une durée de 17 ans renouvelable et du lancement des travaux du village de la Palmeraie. En décembre 2002, une société commune a été créée, "Marrakech Villaginvest", dont le capital est détenu à 80 % par la CDG et 20 % par le Club. Cette société était destinée dans un premier temps à réaliser le projet de La Palmeraie en procédant à l’acquisition des terrains, finançant la construction du village pour un montant de 420 millions de dirhams avant de le donner en location au Club sur la même durée de 17 ans. C’est cette même structure, qui évolue aujourd’hui vers la création d’un fonds d’investissement, qui a été approuvée par les deux parties le 12 juin dernier à Marrakech. Ce fonds a donc pour mission, d’une part, de rassembler l’ensemble des villages propriété de la CDG et du Club Méditerranée au Maroc, les donner en location selon le même principe du bail de 17 ans au Club et, d’autre part, de chercher de nouveaux actionnaires parmi les institutionnels internationaux et marocains pour financer des projets de développement du Club Med, notamment l’ouverture de nouveaux villages et la rénovation des anciens, dans le cadre de la stratégie de montée en gamme du Club, chère au Président Henri Giscard d’Estaing.
A l’actif du fonds en question figureront donc Smir et La Médina (apportés par la CDG), La Palmeraie (CDG et Club Med), Agadir et Yasmina (Club Med). Le Club Méditerranée se dessaisit ainsi de la totalité de son parc immobilier pour alléger ses investissements et se consacrer au cœur de son activité, l’exploitation des villages avec un taux maximal d’occupation en toute saison. L’objectif du fonds d’investissement ainsi créé, dans un délai de trois ans, sera de disposer de 1 600 millions de dirhams d’actifs dans une structure où le capital se partagerait entre le Club Méditerranée à raison de 27%, la CDG et ses partenaires institutionnels locaux 59 % et les investisseurs internationaux comme la Banque Européenne d’Investissement, BEI, 14 %.
De plus, ce fonds ambitionne de doubler ses investissements pour les porter de 420 millions de dirhams investis dans les villages marrakchis à 840 millions de dirhams à l’horizon 2006-2007.
A travers cette opération, la CDG s’associe au Club Med pour l’investissement et la promotion touristique au Maroc, et elle se rapproche également du Groupe Accor par Club Méditerranée interposé. Le Groupe Accor est par ailleurs déjà bien implanté au Maroc (où il gère plusieurs milliers de lits), mais aussi très engagé dans le financement du développement du tourisme par l’entremise d’un autre fonds d’investissements, Risma, crée dans cet objectif par Accor avec des institutionnels marocains. Dorénavant, le trio CDG, Accor et Club Med, constituera sans aucun doute l’un des principaux pôles et acteurs du développement du tourisme dans notre pays puisqu’il unit expérience, savoir faire et techniques de financement modernes, offrant ainsi une visibilité et une exemplarité qui renforceront incontestablement l’attractivité du Maroc pour d’autres opérateurs internationaux.
Afifa Dassouli