La Nouvelle Tribune : PlaNet Finance Maroc que vous présidez, est une ONG représentant au Maroc, PlaNet Finance Monde, pourrez-vous nous introduire cette dernière et expliquer à nos lecteurs votre mission au Maroc ?
M. Brahim Benjelloun-Touimi : PlaNet Finance Maroc est une association qui a été fondée par PlaNet Finance Monde, mais avec, dans son tour de table, des institutions marocaines dont BMCE Bank, que je représente, ainsi que la Caisse de Dépôt et de Gestion.
La mission de PlaNet Finance au Maroc est d’aider à la structuration du secteur de la micro-finance, plus particulièrement les institutions de micro-finance – IMF – qui, elles, distribuent les micro-crédits.
Gardons en tête quatre aspects du rôle de PlaNet Finance au Maroc :
D’abord le rating, puisque à travers PlaNet Rating, PlaNet Finance procède à la notation, d’une manière indépendante, des institutions de micro-finance intéressées, et ce de leur situation financière et de gestion, de manière à permettre leur lisibilité vis-à-vis des bailleurs de fonds et permettre leur refinancement.
Le deuxième aspect du rôle de PlaNet Finance Maroc est précisément de mobiliser des sources de financement à travers un fonds de crédit appelé rotatif, prévu de consentir, à des taux d’intérêt avantageux, des crédits. Mais une fois encore, PlaNet Finance ne donne pas elle-même du crédit.
Le troisième aspect de ce rôle est en relation avec les technologies, puisqu’il s’agit d’apporter un soutien informatique aux IMF sous forme d’aide à leur équipement, aussi bien logiciel que hardware, et présence sur Internet à travers des sites dédiés.
Last but not least, la formation, puisque sont organisées des sessions de formation, présentielle aussi bien qu’en ligne, de manière à accroître l’expertise du personnel des institutions de micro-finance et surtout mutualiser les compétences capitalisées de par le monde dans ce domaine.
La micro finance est-elle au centre de vos préoccupations ? Si oui, quel est le bilan de PlaNet finance Maroc en terme d’encours engagés, de régions couvertes, d’activité financée etc..?
Que l’on s’entende bien: PlaNet Finance Maroc, comme je viens de l’indiquer, est une association au service des associations et leur Fédération, la FNAM. Elle n’a pas pour objet de consentir elle-même des micro-crédits. Par conséquent, toute l’appréciation du bilan au Maroc, en termes d’encours engagés, de régions couvertes ou d’activités financières, relève plutôt du bilan des 12 associations existantes agréées par le Ministère des Finances, en tant que tutelle historique, Bank Al Maghrib devenant aux termes de la nouvelle loi bancaire, en charge de la supervision du secteur.
Par ailleurs, PlaNet Finance Maroc vient d’être créée. Ce dont on peut parler, c’est du programme des 3 prochaines années, articulé autour de 5 axes :
1) Mettre en place et maintenir une centrale des risques, dans une perspective de la mutualisation de la connaissance des risques et de lutte contre le surendettement des bénéficiaires,
2) assister les IMF pour l’accès au financement via le rating, la mise en place d’un fonds de garantie sectoriel, et le rôle de catalyseur pour mobiliser des lignes de crédits dédiées
3) le 3ème axe concerne la formation des membres des IMF, mais également d’autres acteurs économiques comme les banquiers ou les analystes
4) Le 4ème axe a trait au développement d’outils de communication. Nous avons organisé la journée de la micro finance le 27 mai dernier, une conférence régionale est pareillement programmée prochainement. Un portail web est en cours de finalisation.
5) Enfin, il s’agit de cerner au mieux l’impact du micro- crédit sur le terrain et partant, de permettre de maîtriser la cartographie de la micro finance au Maroc.
Ce programme a été établi en étroite collaboration avec les différents partenaires du secteur, en premier lieu la FNAM, les IMF elles-mêmes et les autorités publiques.
Durant la journée de la micro finance, la problématique du financement des associations de micro-crédit a été posée. En tant que banquier et Président de PlaNet Finance Maroc, quel partenariat souhaiteriez-vous établir entre ces deux acteurs du financement de l'économie national ?
Notre conviction, conformément à ce qu’a évoqué le Président M. Othman Benjelloun, en tant que Président du GPBM, est qu’il faut mutualiser le soutien au financement du secteur. En d’autres termes, ne pas envisager uniquement le financement des IMF directement auprès des banques, parce-que cela revient, en définitive, à ne financer que quelques-unes d’entres les IMF, celles qui présentent des risques moins élevés. Il est plus important encore de développer des véhicules d’intermédiation financières tels que les fonds de garantie de place, des prêts à moyen et long termes pouvant être alimentés par des institutions multilatérales ou envisager alors, pour les plus élaborées d’entre les IMF, des outils d’accès au marché financier.
Le plus important, une fois encore, est d’arriver à mettre en place des outils qui mutualisent l’appréciation des risques des IMF, dans un contexte au Maroc de montée des risques. Dans cet environnement plus général d’ouverture de l’économie marocaine et de libéralisation commerciale, les banques sont légitimement plus regardantes vis-à-vis des secteurs du financement, surtout ceux qu’elles ne maîtrisent pas….
C’est une véritable ambition qui est la nôtre à PlaNet Finance, celle de contribuer à la structuration du secteur de la micro finance. Le Gouverneur de Bank Al Maghrib lors de la Journée de la Micro Finance l’a dit fort à propos : le secteur de la micro finance n’a qu’une dizaine d’années. Partant, il ne s’agit pas de s’inscrire tout de suite dans une perspective d’intégration financière sans prudence des IMF par rapport au secteur financier classique. D’où l’utilité d’une organisation de solidarité internationale comme PlaNet Finance Maroc pour jouer ce rôle de facilitateur et de conseil.
Propos recueillis par
Afifa Dassouli