Depuis le lancement des premiers projets modernes de microcrédits par M. Yunus Muhammad, professeur d'Économie à l'université de Chittagong au Bangladesh, avec la Grameen Bank, le microcrédit connaît un développement fulgurant partout dans les pays en développement. Et pour cause, la microfinance constitue certainement un des moyens les plus efficaces de lutte contre la pauvreté en permettant aux populations les plus démunies, exclues des financements bancaires, d'accéder aux crédits. De par le monde, la microfinance offre à plus de 54 millions de personnes l'accès aux services de plus de 10 000 institutions de microfinance.
Au Maroc, où cette activité a débuté en 1993, on compte actuellement 13 associations de microcrédit. Deux d'entre elles, -Al Amana et la Fondation Zakoura-, s'accaparent de plus de 50 % du marché. Il faut dire que le terrain est très propices au développement du microcrédit. Outre le fait que le cinquième de la population marocaine vit sous le seuil de la pauvreté, 60 % de la population active travaillent dans la micro-entreprise, et la micro-activité, souvent informelle, est très développée mais ne répond pas aux exigences du circuits monétaire formel. Ainsi, à fin décembre 2003, plus de 1,5 million de prêts ont été distribués pour une valeur totale de 3,4 milliards de dirhams et un encours de 573 millions de dirhams. Ces prêts ont bénéficié à plus de 300 000 clients actifs dont 75 % de femmes. Reste que l'encours moyen du prêt pour l'ensemble du secteur est compris entre 1 000 et 1 500 dirhams, ce qui correspond à un taux de pénétration compris entre 10 % et 15% du PIB par habitant, alors que la norme pour les meilleures institutions de microfinance dans le monde dépasse les 70%.
Financement
Face à cette faible pénétration combinée à une forte demande non satisfaite, notamment au niveau du monde rural, où le taux de pénétration est inférieur à 5 %, les associations de microfinance marocaines ambitionnent de faire passer le nombre de bénéficiaires de microcrédits à 1 000 000 et porter l'encours à 4,5 milliards de dirhams à la fin de la décennie en cours. Les ressources financières sont d'autant plus insuffisantes que la loi 18-97 régissant le secteur permet actuellement aux associations de microcrédit d'étendre leurs domaines d'intervention au financement de l'accès des "personnes économiquement faibles" à l'acquisition et/ou la construction du logement et à son équipement en eau potable et en électricité en plus des activités productives et des services.
Le financement va continuer à poser le principal problème de ces associations, notamment celles qui sont de tailles plus réduites. Les associations ont mobilisé jusqu'à présent un total de 870 millions de dirhams constitués entre dons, prêts, cautions et subventions de leurs opérations. Le défi majeur du secteur reste le financement. En plus des ressources classiques qui demeurent insuffisantes, la mobilisation de l'épargne des micro-entrepreneurs, non canalisée par les circuits bancaires, et le financement des dettes par les marchés des capitaux et la levée de fonds sur le marché actions font partie des pistes qui ont permis à certaines associations de quelques pays à niveau de développement comparable de mieux intégrer leur environnement financier. En attendant, un partenariat stratégique entre le secteur bancaire qui regorge de liquidités et les associations de microcrédit qui ont besoin d'importantes ressources financières pour faire face à l'exclusion sociale des couches importantes de la population devient plus qu'une nécessité.
Moussa Diop
Le rôle de PlaNet Finance
PlaNet Finance est une Organisation de solidarité internationale qui a pour objectif de contribuer à la réduction de la pauvreté de manière durable à travers le développement de la microfinance dans le monde.
L'Organisation que préside M. Jacques Attali soutient les institutions de microfinance à travers ses quatre pôles spécialisés:
- la réduction de la fraction numérique en soutenant les institutions de microfinance en les aidant à mieux utiliser les nouvelles technologies de l'information (équipement informatique, création de site web, etc).
- la formation et l'assistance technique des associations de microfinance,
- la transparence et l'efficacité à travers son agence de notation PleNet Rating,
- le financement des institutions de microfinance par le biais du Fonds de Crédit Rotatif qui octroie des lignes de crédit aux jeunes institutions pour les aider à se construire une crédibilité auprès des institutions financières et des bailleurs de fonds.
L'agence de notation de PlaNet Finance, Planet Rating, a procédé à la notation de plus de 80 institutions de microfinance dont quatre au Maroc: Al Amana, la Fondation Zakoura, Fondep et AMSSF.