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La garantie institutionnelle est un mode de financement de la PME trop peu utilisé au Maroc Rachid Bekkali, Directeur général de

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La Nouvelle Tribune : pourquoi déplore-t-on la faiblesse de l’utilisation des moyens de financement et de garantie mis en place par l’État au bénéfice des entreprises et notamment des PME ?
Rachid Bekkali :
Les experts d’accordent à dire que le bât blesse sur la question du financement. Je suis d’accord, mais jusqu’à un certain point. En effet, l’acte d’investir ne s’arrête pas au financement. Il faut également envisager ce qu’il est convenu d’appeler d’une façon générale le climat des affaires. Et là, en toute honnêteté, il me semble que la question de la Justice est un point tout à fait fondamental.
Pour en revenir à la question du financement, il faut noter que l’État a accompli un très gros effort avec la mise en place d’un certain nombre d’outils importants, assortis de conditions véritablement avantageuses. On notera également que d’une manière générale, il y a une sous-utilisation de ces instruments.
Pour ce qui est de la garantie institutionnelle, la nôtre, celle de la CCG,  de notre homologue française la Proparco, elle est largement considérée, à l’image de ce qui se passe un peu partout dans le monde, comme un véhicule parmi les plus importants pour booster l’investissement. C’est l’État qui joue principalement de cet instrument d’accompagnement des investissements et qui s’exprime à travers un effet de levier. En effet, en fonction de la quotité et le taux de garantie, on peut arriver, par ce fameux effet de levier à un multiple qui va de 15 à 25.
Actuellement, tous les États du monde jouent de cet instrument et c’est ainsi qu’on a abandonné le système de bonification des taux d’intérêt, les subventions, etc.
La prise de conscience de l’efficacité de cette démarche date de l’adoption de la charte de la PME.
C’est à ce moment-là qu’on a compris que la garantie institutionnelle représentait un instrument d’accompagnement, de soutien et de promotion des investissements à nul autre pareil.
Cette affirmation pourtant doit être relativisée parce que le constat reste catastrophique. En effet, si on prend au niveau de la garantie institutionnelle, l’ensemble des encours actuels ou des engagements donnés par les différentes institutions de garantie au Maroc, rapportés aux crédits d’équipement distribués par les banques annuellement tournent autour de 3 à 5 %. En France par exemple, ce taux atteint facilement 50 %, 60 à 70 % aux États-Unis et plus de 80 % au Japon.

Est-ce parce que le Maroc ne dispose pas à ce jour d’une banque publique spécialisée ou dévolue au financement de la PME-PMI?
Je ne crois pas que ce soit là une raison fondamentale, mais mon raisonnement va vous permettre d’en comprendre les causes. Ce constat donc de la faiblesse des encours de garantie institutionnelle est curieux parce que nous devrions être en principe de gros consommateurs de ce type de garantie. Et ce, pour trois raisons au moins.
Quand on prend le profil entreprenarial national, il est constitué à plus de 90 % de PME. On sait, par ailleurs, que les systèmes de garantie sont dévolus en particulier à ce type d’entreprises parce qu’elles souffrent, entre autres, des faiblesses de garanties qu’elles peuvent offrir pour accéder aux crédits. On devrait donc avoir une utilisation autrement conséquente que celle que nous venons d’évoquer.
Deuxièmement, il semble évident que pour la banque elle-même, un recours au système de garantie institutionnelle offre un certain nombre d’avantages. Il y a tout d’abord le partage du risque, de plus cela conforte sa position par rapport aux mesures prudentielles qui régissent et organisent son activité, notamment en termes de coefficients de pondération, enfin un élément extra financier, celui de la justice, sachant que la garantie institutionnelle est véritablement liquide à la demande, alors qu’une hypothèque, par exemple, est difficilement réalisable. De plus, cette garantie ne se déprécie pas, etc.
Quant à l’entreprise, cette garantie lui permet l’accès au crédit et, également, en modère le coût.
Pour la PME, il y a donc accès au crédit et coût modéré du crédit.
Voilà pourquoi il faut marquer un étonnement profond de voir que ce mode de financement des entreprises, avec tous les avantages qu’il présente pour celles-ci, les banques et les pouvoirs publics, ne rencontre pas le succès qu’il mérite dans notre pays.
Par ailleurs, actuellement, les banques que d’aucuns taxent de frilosité, sont en situation de sur-liquidité, tout comme le Trésor d’ailleurs, alors que la PME devrait faire des efforts de transparence et la garantie institutionnelle peut jouer un rôle d’impulsion, au lieu d’assister à une situation bloquée où chacun regarde l’autre ou les autres en chiens de faïence.
Parmi les éléments explicatifs de la sous-utilisation de la garantie institutionnelle, il y a la position des banques qui reprochent un certain nombre de choses. Pour ma part, je suis de plus en plus convaincu que le système financier auquel nous appartenons souffre d’un réel manque de communication, même si des efforts réels ont été entrepris en ce sens en direction des entreprises.
Mais l’entreprise marocaine devrait elle-même devenir agressive au sens sportif du terme, c’est-à-dire aller au-devant de l’information, demander des renseignements, et savoir comment on peut accéder à ces instruments particulièrement avantageux que nous venons d’évoquer.
Ainsi, si on prend le fonds appelé " Fortex ", que Dar Addamane gère pour le compte du Fonds Hassan II, et qui offre des financements avec des intérêts à hauteur de 2 % et que nous remettons notre garant pour financer la part " banques ", nous tirons ainsi par le bas le taux et que cela induit un taux de sortie actuellement de 5 %. Alors, quand tout cela occasionne une utilisation aussi timide, cela interpelle les acteurs du secteur.
On ne peut comprendre également que le fonds Renovotel, qui propose à travers Dar Addamane et la Caisse Centrale de Garantie deux cents millions de dirhams pour les établissements hôteliers, ne soit pas privilégié par des régions ou des villes à vocation touristique telles Tanger et Tétouan, par exemple.

Mais, puisqu’il s’agit d’un crédit, la faiblesse de la capitalisation des entreprises éligibles à ce type de financements, qui induit pour elles un fort endettement, n’est-ce pas là une des raisons de leur réticence à utiliser la garantie institutionnelle ?
C’est incontestablement l’une des raisons majeures de cette relative désaffection, mais cela ne saurait justifier une attitude de manque de dynamisme de la part de ceux qui sont chargés d’impulser l’investissement et la croissance avec des instruments de qualité comme ceux qui sont évoqués ici.
De plus, même si ces entreprises ont des problèmes de sous-capitalisation, d’endettement bancaire, etc, c’est l’occasion pour elles de faire un effort car l’État, avec la meilleure volonté possible, ne pourra cependant pas se substituer à elles.
L’acte d’investir peut être facilement segmenté. Il dépend de trois ou quatre acteurs. Le premier, c’est d’abord l’entrepreneur. Il faut qu’il investisse et qu’il s’investisse. Vient ensuite la banque. En tant que financement externe, elle exige des conditions qui lui permettent d’escompter une récupération ultérieure. Et cela est normal parce qu’il n’y a pas de système économique sain sans système de financement sain.
L’organisme de garantie est le troisième acteur, qui permet de rapprocher et de concilier entre l’entrepreneur et la banque pour sécuriser l’engagement bancaire. Il partage le risque avec la banque et permet ainsi au projet de l’entreprise de voir le jour.
Et chacun de ces trois acteurs doit jouer son jeu. Il ne faut pas que l’entreprise marocaine attende de l’État une attitude qu’il ne saurait assumer.
Enfin, il y a un quatrième acteur, caché, c’est le contribuable et c’est lui qui, in fine, est interpellé parce qu’il est à l’origine du système de financement, en tant que contribuable, en tant que déposant auprès du système bancaire.
Voilà pourquoi il me paraît juste de poser la question de savoir si nos entreprises ont d’ores et déjà accompli leur révolution culturelle.
Elles ont été très longtemps assistées, ont évolué dans un système protégé et elles n’arrivent pas actuellement à s’émanciper car elles sollicitent de l’État une assistance très supérieure aux capacités et prérogatives de l’institution régalienne qui propose désormais des moyens d’incitation et d’accompagnement et non une prise en charge totale, voire une substitution pure et complète!
On ne doit plus "victimiser" l’entreprise.

Mais l’État n’a-t-il pas le devoir de multiplier les efforts pour " leur ouvrir les yeux ", c’est-à-dire pour les inciter à opter pour les modes de financements qui bénéficient des garanties que vous proposez ?
L’État a listé les entreprises éligibles et les organismes spécialisés, comme le nôtre par exemple, ont accompli cette démarche d’information et de popularisation. On peut dire même que pratiquement les entreprises susceptibles de bénéficier de cette garantie institutionnelle ont quasiment été contactées une à une.
Mais il faut reconnaître que l’obligation d’assurer par elles-mêmes un financement à hauteur de 30 % du montant du projet à financer constitue pour nombre d’entre elles un handicap terrible.
Il faudrait donc réfléchir à un système de financement des fonds propres et peut-être réactiver les démarches des capital-risqueurs qui pourraient bénéficier de cette garantie institutionnelle.

Dar Addamane est un fonds de garantie. Opérez-vous les décaissements de la part que vous garantissez pour le financement d’un projet ?
Dar Addamane, tout comme la CCG d’ailleurs, est une institution de garantie qui travaille sur des fonds de garantie. Il peut s’agir de fonds propres ou de fonds abondés par un tiers que nous gérons pour son compte. D’une manière générale donc, c’est un crédit par signature. Dans le cas de la convention avec le Fonds Hassan II, nous sommes devenus une banque. Ainsi pour le système Renovotel ou Fortex, il s’agit d’un schéma de cofinancement. 35 % du financement sont assurés par le Fonds Hassan II et en tant que gestionnaires des 200 MDH dévolus par ce fonds à Renovotel par exemple, à raison de 100 MDh par Dar Eddamane et 100 MDh par la CCG, nous agissons en tant que banquiers, puisque nous décaissons.
Après dépôt d’un dossier de financement par un investisseur auprès d’une banque commerciale, s’il s’agit d’une demande entrant dans le cadre de Renovotel ou de Fortex, nous réunissons les instances ad hoc qui comprennent toutes les instances impliquées par la convention signée avec le Fonds Hassan II. Lorsque le dossier est approuvé, d’un commun accord donc entre la banque et l’institution de garantie, la procédure d’exécution commence. La banque commerciale, qui a instruit le dossier et qui gère sa concrétisation, fait donc des appels de fonds pour la part représentant la contribution du Fonds Hassan II et c’est le gestionnaire, c’est-à-dire la CCG ou Dar Addamane qui débloquent, sur justificatifs, l’argent.

Quelle est la hauteur des contributions engagées par les fonds Renovotel et Fortex?
Renovotel connaît un succès probant puisqu’il y a à peu près 70 % d’engagements à ce jour pour une mise en place de ce fonds qui s’est effectuée il y a un peu plus d’un an. Par contre, Fortex pose problème dans la mesure où les engagements atteignent tout au plus 7 à 8 %.
Celui-ci est plafonné par opération à 1,5 MDh, cette limite entrave le développement des engagements, alors que pour Renovotel, le financement se fait en fonction d’une estimation des coûts de rénovation par catégorie d’hôtels et par chambre, ce qui peut induire, dès le départ, des sommes conséquentes, satisfaisantes donc pour le postulant aux financements de ce fonds.

Quels sont les produits spécifiques que vous pouvez proposer à la PME ?
D’une manière générale, les fonds de garantie ont pour mission de permettre aux projets viables une concrétisation pérenne. Mais il convient de comprendre que ne sont éligibles que les projets qui ont une potentialité de réussite avérée.
Nous permettons donc aux entreprises d’accéder aux crédits bancaires à un coût plus avantageux que celui du marché, à la condition que cela soit fait pour les projets viables.
Les institutions de garantie ont donc la mission de garantir les crédits d’investissement.
Et s’il faut déplorer une sous-utilisation globale des mécanismes de garantie institutionnelle, on doit cependant noter que produit par produit, (nous en gérons sept à Dar Addamane), le résultat est plus probant.
Par exemple l’un de nos produits parmi les plus attractifs est celui de la fourniture de crédits de fonctionnement pour la TPE, la toute petite entreprise. Il s’agit, comme vous le savez, du crédit " Oxygène " qui leur permet de faire face aux besoins en liquidités les premières années de fonctionnement d’une jeune entreprise, au moment même où le taux de mortalité est le plus important.
C’est du court terme renouvelable quatre fois, soit cinq années de financement.
La TPE répond à une définition bien précise d’ailleurs, celle de réaliser un chiffre d’affaires annuel inférieur à 15 millions de dirhams.
Le plafond de la garantie, après " re-profilage ", est passé à 1 million de dirhams.
Actuellement, il y a un encours de ce crédit "Oxygène" de 18 millions de dirhams, ce qui prouve son succès. Il relève d’un fonds que nus gérons pour le compte de l’État et qui provient d’un don de l’USAID de 50 millions de dirhams, ce qui nous donne une marge et permet une progression ultérieure.
Il y a également un autre produit, mais qui appartient en propre à Dar Addamane celui-là et qui s’appelle "Force". Il s’agit d’un système dans le cadre duquel, pour 320 millions de dirhams de garanties, il sera possible de générer des investissements de l’ordre de 10 milliards de dirhams durant une période de huit ans et demi. Cela vous permet d’apprécier la qualité de l’effet de levier que nous évoquions au début de cet entretien.
Ce programme s’inscrit dans le cadre de MEDA de l’Union européenne, pour la mise à niveau du tissu entreprenarial marocain. Ce mécanisme, d’ailleurs, est également géré par la CCG.

Entretien réalisé par
Afifa Dassouli



 

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