En dépit des performances réalisées par les principaux indicateurs du marché boursier en 2003, la Bourse de Casablanca traînait un certain nombre d'insuffisances de taille. Le manque de profondeur du marché était cité par tous les observateurs avertis. Le manque de papier de qualité, l'illiquidité du marché où une poignée de titres réalise la quasi-totalité des échanges quotidiens, et le niveau négligeable des sociétés cotées au niveau de la corbeille casablancaise sont les insuffisances les plus citées. Ces dernières étaient telles que les progrès réalisés au niveau technique et réglementaire (mise à niveau des systèmes d'informations et de télécommunications, règlement/livraison en j+3, système de garantie de bonne fin des transactions, transparence accrue, etc) au cours de ces dernières années n'a pas eu comme impact une amélioration de l'attractivité de la place casablancaise. En témoigne le nombre de détenteurs d'actions en Bourse qui n'a pas évolué au cours de ces dernières années, sinon à la baisse.
Face à cette situation, il fallait réagir pour corriger ces faiblesses structurelles. C'est dans ce cadre que s'inscrit la stratégie "Future 2006". Celle-ci s'articule autour de trois axes fondamentaux: l'élargissement du nombre de sociétés cotées, le développement de la liquidité du marché boursier et la création d'un marché à terme de taux.
Élargir la corbeille
Concernant l'élargissement du nombre de sociétés cotées, des efforts ont été faits au cours de ces dernières années pour inciter les entreprises à s'introduire en Bourse, notamment au niveau fiscal. Toutefois, le nombre de sociétés cotées est resté faible par rapport aux capacités du marché et aux besoins de financement des entreprises. C'est pour faire face à cette situation, et en tenant compte de la prédominance des PME au niveau de la structure industrielle du tissu économique national, qu'un amendement à la réforme du marché boursier datant de septembre 1993 est programmé. Pour les PME, dont les critères d'introduction étaient jugées difficiles à remplir, la nouvelle mouture est jugée plutôt flexible dans la définition des compartiments et apporte des modifications dans les critères d'accès aux différents marchés. Ainsi, pour le "Marché Développement", dédié aux entreprises matures de taille moyenne tous secteurs confondus, les candidats à l'introduction doivent réaliser un chiffre d'affaires minimal de 50MDH, lever 25 MDH au niveau du marché, émettre 100 000 titres, présenter deux exercices certifiés et signer un contrat d'animation d'une année avec une société de Bourse. Pour le compartiment "Marché en Croissance", destiné à loger les entreprises jeunes à fort potentiel de croissance, les candidats sont tenus à lever 10 MDH, émettre 30 000 titres, présenter un exercice certifié, un contrat d'animation du titre durant trois années et l'obligation aux actionnaires de référence de garder leurs titres durant la période d'exécution du Business Plan (3 ans). L'élimination de l'obligation faite aux entreprises à fort potentiel de diffuser au minimum 40 % du capital lors de l'introduction en Bourse est globalement bien accueillie. Reste à savoir si l'assouplissement des critères d'introduction en Bourse aura un impact sur les introductions en Bourse des PME. Selon les données de la stratégie "Future 2006", on recense 1 287 PME employant plus de 160 personnes et 3 090 PME faisant travailler entre 40 et 160 personnes.
Améliorer la liquidité
En gros, la PME constitue un énorme gisement pour accroître le nombre de sociétés cotées à la Bourse de Casablanca. Reste que le caractère familial et le manque de transparence constituent des obstacles majeurs à dépasser pour nombre de ces entreprises qui souhaitent s'introduire en Bourse.
En attendant que les PME fassent le choix du financement par la Bourse, le marché sera animé à l'horizon moyen terme par le rythme des introductions des entreprises de grandes taille, tels: BCP (programmée cette année), Maroc Télécom, régie des Tabacs, etc. Des introductions qui auront un impact positif sur l'évolution de la capitalisation boursière de la place.
Dans tous les cas, la Bourse de Casablanca table sur une progression de 20 % du nombre de sociétés cotées lors des trois prochaines années.
L'autre volet de la stratégie "Future 2006" a trait au développement de la liquidité du marché. Dans ce cadre, des objectifs chiffrés ont été avancés. Pour les trois prochaines années, les indicateurs de négociation sont appelés à progresser de 25 % en moyenne par an et le nombre d'investisseurs physiques devra croître de 50 % en moyenne par an. Pour le long terme, et plus précisément pour la décennie prochaine, il est prévu de multiplier le nombre moyen quotidien d'actions négociées et de contrats enregistrés par un cœfficient compris entre 7 et 10 et de multiplier le nombre d'investisseurs physiques par 20. Selon le communiqué de presse de la Bourse de Casablanca, le nombre de porteurs de parts d'OPCVM ne cesse de baisser depuis quatre ans. Ainsi, après un pic de 25 000 personnes en 1999, ce nombre est tombé de l'ordre de 20 000 porteurs de parts en 2003. L'exigence d'un nombre minimum de titres à émettre lors des introductions en Bourse au niveau des trois marchés, prévue dans le cadre des nouvelles critères d'introduction en Bourse, va également dans le but d'une amélioration de la liquidité du marché en ce sens qu'elle fait face à la faiblesse manifeste du flottant constaté au niveau du marché.
Enfin, l'autre axe majeur du plan de relance a trait à la création d'un marché à terme de taux. "le marché de gré à gré obligataire est aujourd'hui suffisamment développé en terme de liquidité pour laisser entrevoir la possibilité de création d'un contrat à terme de taux basé sur des gisements de Bons du Trésor", souligne t-on auprès de la Bourse de Casablanca. En effet, le volume de transaction des Bons du trésor est passé de 1 152 milliards de dirhams en 2000 à 2 809 milliards en 2003, soit une progression de 143 %.
A travers la création d'un marché à terme, la Bourse de Casablanca vise, d'une part, à servir les besoins des investisseurs et, d'autre part, à permettre à la Bourse de Casablanca d'acquérir un savoir-faire dans la gestion des marchés dérivés. En termes chiffrés, la Bourse de Casablanca table sur un volume de 300 contrats échangés en moyenne par jour, la première année, puis envisage d’assurer une croissance moyenne de 50 % par an sur les cinq années qui suivront.
En gros, les faiblesses structurelles du marché sont cernées, reste à savoir si les moyens qui seront mis en place pour corriger les dysfonctionnements seront à la hauteur des espérances pour remettre le marché boursier sur un trend haussier sain à même de contribuer réellement au financement de l'économie nationale.
Moussa Diop