La Nouvelle Tribune : Pouvez vous nous dire comment les négociations se sont passées ? Quels ont été les premiers contacts ?
M. Majid Bennani Smirès : Souvenez-vous que dès décembre 1996, lors de l’introduction remarquée à la Bourse de Casablanca, nous avions confirmé notre volonté d’institutionnaliser encore plus Crédor. Car à cette époque nous pensions que le métier du crédit à la consommation est un métier industriel et qu’une taille critique s’impose ainsi qu’un adossement à des professionnels du métier ou de la finance. Depuis, nous avons eu plusieurs contacts et les plus récents remontent à Novembre 2002 avec la BCM et Cetelem. Tous ensemble, nous étions persuadés de l’opportunité de ce partenariat en raison des complémentarités et des synergies commerciales.
Qu’est ce qui a modifié ce schéma pour aboutir à cette transaction Wafasalaf-Crédor ?
Je pense que le rapprochement BCM-WAFABANK a considérablement changé toutes les donnes du marché bancaire et financier. Ce fut un véritable séisme qui a ébranlé les traditions classiques du système bancaire.
Du reste, au lendemain de la séparation de BCM avec Cetelem avec la rétrocession d’Attijari Cetelem, nous avons repris les négociations avec la BCM pour le maintien de notre volonté commune de partenariat. Et c’est naturellement, avec Wafasalaf, acteur majeur dans le secteur que Crédor a finalisé les pourparlers et la contractualisation de l’opération.
Pourquoi l’actionnaire de référence a-t-il cédé la totalité de sa participation soit 86,81% ?
Vous savez se sont les conjonctions d’intérêt réciproques qui font les bonnes négociations et les deals gagnant-gagnant….
Les stratégies des uns et des autres correspondaient parfaitement. La vision est que le secteur du crédit à la consommation doit être animé par des opérateurs institutionnels et professionnels du métier.
Quelle est la justification du prix à environ 285DH?
Le travail d’évaluation a été réalisé selon les standards financiers en cours pour des opérations similaires. 3 à 4 méthodes ont été utilisées avec notamment la moyenne des cours boursiers ce qui nous a desservi parce que durant cette période les porteurs désertaient le navire action de Crédor… et c’est navrant… pour eux.
En fin de compte, nous avons retenu l’évaluation basée sur les fonds propres avec un coefficient multiplicateur. Celui qui a été adopté est parfaitement acceptable de l’ordre de 1,46 supérieur à la moyenne consentie pour des opérations similaires.
Qui sont les autres actionnaires de Crédor ?
L’actionnaire de référence détenant 87% environ, le reste est partagé entre la compagnie d’Assurances AL WATANIYA pour 5,30% et le flottant de 7,7% qu’on estime détenu majoritairement par des OPCVM.
Quel est le processus de déroulement de l’opération ? Crédor sera-t-elle retirée de la Bourse ? La BCM prévoit-elle une OPA de retrait ?
Je pense qu’il est trop tôt pour répondre à cette question car il faut attendre les agréments nécessaires de Bank Al Maghrib et du CDVM pour officialiser la transaction. Mais je peux vous dire que des pistes d’évolution sont en cours d’étude et des recommandations seront soumises aux instances de décision en leur temps opportun.
Que pèsera le nouvel ensemble WAFASALAF-CREDOR ?
Sur la base des chiffres de 2003, les 2 entités agrégées représentent le 1er groupe de crédit à la consommation avec 5,9 milliards de DH d’encours bruts représentant près de 30% du secteur. Cet ensemble recèle des complémentarités en terme de ressources humaines, commerciales et financières qui vont lui permettre d’imprimer un nouveau rythme à sa croissance aux bénéfices directs de sa clientèle par la large gamme de ses produits, par la maîtrise de ses coûts d’intermédiation et par l’innovation commerciale permanente.
Entretien réalisé par
Afifa Dassouli