Quelques soixante-treize coordinations locales, des militants, des ONG et des citoyens de divers bords (des mères de famille, des fonctionnaires, des jeunes et moins jeunes,…) ont pris part à la marche organisée dimanche 24 décembre 2006 contre la cherté de la vie, suite à l’appel de l’AMDH. Encore une marche pour dénoncer la spirale des augmentations des prix qui leste le pouvoir d’achat des Marocains, d’emblée faible.
Si cette marche n’a pas mobilisé grand monde, (quelques milliers selon les organisateurs, quelques centaines seulement selon les observateurs), sans doute à cause du timing coïncidant avec les préparations de l’Aid Al Adha, ô combien sacré pour une grande partie de la population, il n’en demeure pas moins qu’elle reflète un malaise social, un ras-le-bol dans la population. C’est ce qui ressortait des banderoles brandies par les participants à cette marche, marquée par l’absence des grandes formations politiques. Est-ce à dire que les partis politiques considèrent que tout va pour le mieux au Maroc et de ce fait, nous n’avons nul besoin d’interpeller le gouvernement sur une question aussi cruciale qu’est le pouvoir d’achat, les augmentations des prix, bref des difficultés quotidiennes auxquelles sont confrontés les ménages marocains ? Ou est-ce tout simplement le mauvais interlocuteur qui s’est trouvé à la mauvaise place, au mauvais moment pour une cause qui n’est pas sienne, diront d’aucuns ?
En effet, nous sommes tentés de poser la question, comment se fait-il qu’aujourd’hui, les ONG de gauche et d’extrême gauche se rabattent sur le politique ? Auraient-elles épuisées toutes les questions de droits humains?
Selon M. Abdelhamid Amine, président de l’AMDH, la marche de dimanche s’inscrit parfaitement dans les prérogatives de l’association. «Nous considérons que la hausse des prix dans un contexte de gel des salaires, des revenus et des pensions, du chômage et sous emploi touchant des millions de personnes, aboutit fatalement à la violation du Droit à la vie dans la dignité et l’ensemble des Droits économiques sociaux et culturels»
Même son de cloche au sein d’ Annahj Addemocrati. « la marginalisation de larges couches de la population qui sombre dans la misère, le chômage, l’analphabétisme, l’habitat insalubre, le manque de couverture sociale, devrait nous interpeller tous, quelle que soit notre appartenance. » a déclaré M. Hourrif qui poursuit « cette marche est une demande de « l'arrêt immédiat de l'atteinte au pouvoir d'achat des citoyens en mettant un terme aux politiques de libéralisation sauvage des services sociaux (eau, électricité, transports, habitat, santé, éducation …) et aux politiques économiques et sociales antidémocratiques et antipopulaires.»
Succès pour les organisateurs, flop pour certains observateurs, cette marche est l’expression de la rue. Depuis la rentrée, les mouvements de protestation contre la hausse des prix se sont multipliés. En effet, avec un indice de coût de la vie avoisinant les 3%, les bourses des ménages sont mises à rude épreuve. La série des augmentations qui se sont enchaînées durant ces derniers mois, alors que les salaires n’ont pas bougé, complique de plus en plus le quotidien du citoyen. La vague des hausses touche l’essentiel des besoins de tous les jours. L’augmentation de 7% de la facture d’électricité, intervenue au mois de juillet dernier, pèse sur les ménages. Les produits de grande consommation ont, pour leur part, connu une hausse moyenne de 3.3%. Ces augmentations qui grèvent sévèrement les bourses des ménages, notamment les petites bourses, n’émanent pas du gouvernement, selon M. Talbi Alami, ministre chargé des Affaires économiques et sociales. «C’est la résultante de la loi de la libéralisation des prix, donc de la concurrence et de l’offre et la demande qui régit ces augmentations, tout comme la flambée des prix du pétrole se répercute sur tous les secteurs d’activité». Or ce que omet M. Talbi de rappeler c’est que même les produits subventionnés ont connu une hausse que le système d’indexation, impacte le quotidien des consommateurs. Le recours à trois reprises à l'augmentation des prix domestiques s'il a arrangé partiellement la situation du Trésor, a été un coup dur pour les dépenses des ménages. Il ne rappelle pas non plus que le gouvernement, hormis une demi-mesure, relative au réaménagement de l’IGR, ne fait rien pour rééquilibrer la donne.
Quant le pouvoir d'achat d'un citoyen marocain ne lui permet pas d'assurer l'enseignement, et les prestations de santé à ses enfants, cela est grave dans la mesure où la paupérisation des classes défavorisées va en augmentant. Lorsqu’on croule sous le poids de la misère cela veut dire que les droits fondamentaux ne sont pas respectés. L’enquête du Haut Commissariat au Plan sur le niveau de vie des Marocains révèle un recul durant la dernière décennie. Et cela pourrait encore empirer si la tendance actuelle se poursuivait.
L.O.
Réaction de Me Ziane, Président du parti libéral
Que pensez vous de la marche organisée dimanche dernier pour protester contre l’augmentation de l’indice du coût de la vie?
Cette marche n’est autre que l’expression de la rue. Il y a une cherté incontestable du coût de la vie, et en contrepartie une absence de politique salariale, donc on ne voit pas comment le gouvernement va empêcher les hausses futures.
Vous semblez adhérer à la cause de cette marche, même si vous n’y étiez pas?
Si nous n’avons pas participé, c’est parce que nous respectons les idées des autres et en premier lieu nos idées. Nous sommes pour la privatisation, donc, il nous est impossible de participer à une marche qui est contre cela.
En tant que parti libéral, vous devez partager le point de vue de M. Talbi, ministre chargé des Affaires économiques et sociales, pour ne pas le citer, qui estime que ces hausses de prix sont le résultat de la loi de la concurrence ?
Il ne sait pas de quoi il parle, cet homme là! Il est vraiment hors sujet, hors contexte. Nous sommes un pays qui privatise le monopole et qui ne promeut pas la concurrence. Et cela est inacceptable. Les produits de base, qui sont des produits phares, sont dans une situation réelle de monopole. Au Maroc, le thé, le sucre, la farine, l’huile ne se commercialisent pas en toute liberté. Il y a des agréments, il y a des copains, le contrôle de l’administration. Rien que le transport de ce genre de marchandises requiert des interventions, des contacts… C’est comme ça que l’économie marocaine fonctionne, malheureusement!