Actualité | Economie | Entreprise | Finance | Grand Public | Lire, Voir, Entendre

Rechercher :
  
Edition


Administration
Articles » Finance
Les sociétés cotées s'apprêtent à verser 5,2 milliards de dirhams Dividendes 2003

Auteur :
Publier le : April 29, 2004

2003 a été une année faste pour les détenteurs d'actions des titres cotés à la Bourse de Casablanca. Outre l'évolution favorable des cours de la quasi totalité des valeurs de la place offrant l'opportunité à leurs détenteurs de réaliser des plus-values non négligeables, les actionnaires tireront également profit de la générosité des administrateurs des sociétés cotées pour engranger des dividendes conséquents. L'absence de politique d'investissement à court et moyen terme de certaines sociétés, les bonnes performances réalisées par les entreprises des secteurs stratégiques (Ciments & Matériaux de construction et Agro-alimentaire) et le développement, timide certes, des concepts de "corporate gouvernance", visant à un respect plus important de l'ensemble des actionnaires, ont tous joué en faveur d'une distribution généreuse de dividendes. Une fois de plus, la variable fidélisation des actionnaires a fortement pesé lors des réunions des conseils d'administrations des différentes sociétés. Ainsi, ce sont environ 5,2 milliards de dirhams qui seront distribués sous forme de dividendes par 34 entreprises cotées ayant annoncé leurs intentions de rétribuer leurs actionnaires. Comparativement à l'exercice 2002, les dividendes programmés au titre de 2003 sont en progression d'environ 21 % alors que le bénéfice net du marché ne s'est apprécié que d'un peu plus de 9 %. Preuve de cette générosité, ces dividendes représentent environ 84 % des bénéfices réalisés par le marché. Mieux, certaines entreprises déficitaires ont préféré distribuer des dividendes pour ne pas saper le moral de leurs actionnaires habitués à percevoir des rétributions pour leur fidélité . C'est le cas notamment de l'ONA s.a et d'Acred qui ont puisé dans leurs réserves. D'autres, tout en ayant réalisé de bons résultats, ont tenu à ponctuer dans leurs réserves pour une distribution exceptionnelles en plus de la distribution ordinaire. C'est le cas de Centrale Laitière, Lesieur Cristal et Rebab Company. Au total, les réserves ont contribué à hauteur de 1 085 MDH au montant de dividendes annoncé par le marché. Ce qui tend à biaiser quelque peu le pay out du marché. Hors réserve, celui-ci ressort à 65,5%.
Distribution généreuse
Du point de vue sectoriel, la forte progression du montant des dividendes à distribuer est à mettre particulièrement sous le compte des secteurs Agro-alimentaires et Ciments & Matériaux de construction. Les deux secteurs envisagent de distribuer 2 760 MDH, soit environ 53 % des dividendes programmés par le marché. Au niveau de l'Agro-alimentaire, dont le dividende sectoriel a progressé de 113 %, à 1 492 MDH, c'est la Centrale Laitière et Lesieur Cristal qui se sont montrées les plus généreuses en accordant à leurs actionnaires des dividendes exceptionnels compensant par la même occasion les baisses de dividendes distribués par Branoma et Sociétés des Brasseries du Maroc. Centrale Laitière, avec un dividende global de 720 dirhams par action -175 dirhams de dividende ordinaire et 545 dirhams de dividende exceptionnel- compte distribuer 678,24 MDH (dont plus de 363 MDH tirés des réserves de la société), contre 150,7 MDH en 2002, soit une progression de 352%. Les actionnaires de Lesieur Cristal percevront en tout  470 MDH de dividendes (70 dhs/action en ordinaire et 100 dhs/action en exceptionnel), contre 193,5MDH en 2002, soit un montant à distribuer en progression d'environ 143%. Le bénéfice 2003 n’étant que de 191 MDH, Lesieur Cristal va prélever 276,5 MDH sur ces réserves facultatives (262,4 MDH), d'investissement (12,98 MDH) et sur sa prime de fusion (0,9 MDH). Les performances bénéficiaires ne justifient pas à elles seules la générosité des deux sociétés. Preuve, si Centrale Laitière a vu son bénéfice croître de 6,1% à 315MDH, par contre, celui de Lesieur Cristal a stagné. Ainsi, outre l'absence d'investissement d'envergure, notamment pour la Centrale Laitière et l'existence d'un matelas de réserves conséquentes, on peut mettre cette largesse des filiales de l'ONA sur le compte de la nouvelle politique adoptée par le Groupe en matière de rétribution des actionnaires, rappelée d'ailleurs par M.Bassim Jaï Hokimi, lors de la dernière présentation des résultats du Holding. Celui-ci, avait incité "les filiales du Groupe à ne pas garder du cash et à procéder à des distributions de dividendes plus compétitives". Cette générosité a eu un impact sur le taux de distribution du secteur qui passe de 75% en 2002 à 126,5% en 2003.

Appel aux réserves

Derrière l'Agro-alimentaire, le secteur Ciments & Matériaux de construction envisage de distribuer 1 268 MDH en 2003 -le quart du dividende distribué par le marché-, contre 916 MDH en 2002, soit une hausse de 38,4%. Cette progression s'explique essentiellement par la hausse des niveaux de dividendes à distribuer par les sociétés cotées, à l'exception de la Sonasid qui a maintenu un dividende de 65 dirhams par action. Holcim Maroc, avec un dividende de 92 dirhams par action -40 en ordinaire et 52 en super dividende-, demeure le principal acteur de cette progression avec un montant à distribuer de 387,5 MDH, contre 168,5MDH en 2002. Cette largesse se justifiant par les bonnes performances de la filiale du Groupe cimentier Holcim qui a réalisé un résultat net en hausse de 76% à 417 MDH au terme de l'exercice 2003.
Soulignons que la volonté des entreprises du secteur de distribuer des dividendes significatifs n'a pas altéré leurs assises financières en ce sens qu'aucune d'entre elles n'a eu recours à ces réserves. Mieux, les dividendes programmés (1 268 MDH) ne représentent qu'environ 60 % des bénéfices 2003 du secteur (2 117 MDH). Ce niveau de distribution sage se justifie aisément par l’engagement de toutes les entreprises du seecteur dans des programmes d'investissements très capitalistiques: extension des sites cimentiers existants pour Ciments du Maroc et Lafarge ciments, implantation de nouvelles unités (Holcim Maroc et Lafarge Ciments), mise en place d'une aciérie (Sonasid) et d'une seconde presse (Aluminium du Maroc).
Derrière ces deux secteurs, les Holdings également se distinguent avec 730 MDH de dividendes au programme, soit un montant en progression de 10,6% par rapport au niveau de 2002. Cette hausse ne doit pas cacher une réalité. Environ 60 % du montant à distribuer par le secteur est le fait de l'ONA s.a dont le résultat net a accusé une perte de 516 MDH suite à la réalisation de moins-values en social sur cession de titres SNI. L'Assemblée générale du holding, sur proposition du conseil d'administration, a tenu à accorder à ces actionnaires un dividende de 25 dirhams par action, soit un montant total à dispatcher de 436,56MDH prélevé sur le poste "Autres réserves".

Pay Out intéressants


Le bon comportement distributif des trois secteurs à compensé largement les baisses enregistrées au niveau des secteurs Banques et Mines & Énergies. Les Banques, avec environ le quart de la capitalisation boursière de la place, comptent distribuer environ 970MDH en dividendes, en baisse de 9,7 % par rapport au montant distribué en 2002. Cette baisse est quasi exclusivement le fait de Wafabank. Cette dernière, qui a accusé une perte de 398,8 MDH au titre de l'exercice 2003 sous l'effet d'une dotation nette de reprises de provisionnement de 991 MDH, ne distribue pas de dividendes. En effet, dans le cadre du rapprochement avec la BCM, il a été jugé plus correct  que Wafabank se conforme aux standards de la profession en matière de maîtrise des risques et en conséquence, améliore son provisionnemeent des créances en souffrance. Par ailleurs, hormis la BMCI dont le dividende par action a été rehaussé de 3 dirhams à 33 dirhams par action, toutes les autres banques (BMCE, CDM et BCM) ont maintenu le montant de leur dividende à leur niveau de 2002 et ce malgré une amélioration de leurs résultats. Cette situation s'explique essentiellement par la volonté des banques de se conformer aux nouvelles exigences de Bank Al-Maghrib en matière de provisionnement des risques. C'est le cas particulièrement de BMCE Bank. En dépit d'un résultat net en hausse de 44,6 % à 408 MDH, celle-ci a préféré maintenir inchangé son niveau de dividende à 15 dirhams l’action préférant ainsi consolider ses fonds propres, comme l’exige  la gardienne de la politique monétaire, Bank Al-Maghrib.
Quant au secteur des Mines & Énergie, les dividendes programmés sont en baisse de moitié environ suite à une baisse similaire enregistrée au niveau des bénéfices. Ainsi, Afriquia Gaz, Samir et SMI comptent distribuer en tout environ 330 MDH, contre plus de 605 MDH en 2002. Outre le fait que Managem, ayant réalisé un résultat net consolidé déficitaire de 6,6 MDH, a fait le choix de conserver son assise financière pour faire face à ses besoins en matière de développement, la Samir et la SMI ont opté, toutes deux, pour des dividendes en baisse de -16,67 %, à respectivement 25 dhs/action et 50 dhs/action. Ces distributions sont jugées plus sages et conformes aux stratégies de développement des deux sociétés.
Les Sociétés de Financement ne sont pas en reste en matière de distribution de dividendes. Acred, Crédor, Eqdom et Maghrebail envisagent de distribuer 128,5MDH au titre de dividendes, soit plus de 83% de leur bénéfice. Acred, qui a réalisé un résultat déficitaire, a puisé dans ses réserves. Notons que les sociétés du Crédit à la consommation qui ont opté pour une retribution de leurs actionnaires se sont toutes conformées aux exigences de Bank Al-Maghrib en matière de provisionnement et revendiquent toutes des taux de couverture de créances en souffrance supérieurs à 90%.

Bons rendements

Prises individuellement, les entreprises les plus généreuses de l'exercice 2003 en matière de distribution de dividendes (dividendes ordinaires et exceptionnels), c'est-à-dire celles qui présentent les meilleurs "pay-out" (montant à distribuer/bénéfice réalisé) sont: Lesieur Cristal (244,7%), Centrale Laitière (215,37 %), Holcim Maroc (93 %), SMI (91 %), Maghreb Oxygène (86,65%), BCM (83,32 %) et Agma (82,15%).
Concernant les rendements de dividende (dividende yield) -rapport entre le dividende distribué et le cours de l'action (cours au 31 décembre 2003 à défaut d'un cours moyen 2003)-, ils sont globalement satisfaisants si on devait les comparer à ceux des Bons du Trésor à 52 semaines. Ainsi, sur les 34 sociétés cotées ayant annoncé des distributions de dividendes, pas moins de 20 présentent des taux de rendement supérieurs à 5 %, contre 23 en 2002. Si, globalement, les rendements 2002 ont été meilleurs que ceux de 2003, cela s’explique essentiellement par la hausse des cours des différents titres cotés en 2003. A titre d’exemple, le titre Sonasid, avec un dividende identique de 65 dirhams au cours des deux dernières années, a vu son dividende yield chuter de 12,35 % en 2002 à 8,38 % en 2003 sous l'effet mécanique de la hausse du cours de l'action au cours de l'année 2003 . N'empêche, certaines valeurs se sont illustrées avec des rendements plus que satisfaisants. C'est le cas des entreprises ayant opté pour des distributions exceptionnelles: Lesieur Cristal (13,93%), Centrale Laitière (13,74 %) et Holcim Maroc (9,17%), mais également de quelques entreprises qui ont opté pour une amélioration du niveau du dividende distribué: Afriqua Gaz (9,8 %), Auto Hall (9,8 %), auto Nejma (9,3%), Fertima (8,8 %), Agma (6,78 %) et Eqdom (6,43 %). Partant du constat que sur les 34 sociétés ayant annoncé des dividendes au profit de leurs actionnaires, seules 5 ont présenté un dividende yield inférieur ou plus ou moins égal  au rendement sans risque des emprunts d'État à 52 semaines, on peut dire que le placement actions demeure de loin le meilleur au niveau du marché, à condition bien évidement de bien choisir où mettre ses billes et d'accepter les règles du marché:haut rendement rime avec risque plus élevé.
In fine, soulignons que, si distribuer des dividendes est une bonne chose, distribuer à temps est mieux et plus conforme aux pratiques de bonne "governance" !        

Moussa Diop



 

Hebdomadaire marocain paraissant le jeudi - Directeur de la publication: Fahd Yata 320 BD Zerktouni, angle rue Bouardel - Casablanca - Maroc
Tel : +212 (0) 22 42 46 70 (7 lignes groupées) | Fax : +212 (0) 22 20 00 31
eMail :  
courrier@lanouvelletribune.com | www.lanouvelletribune.com