La mise à niveau du tissu économique national n'arrive pas à s'imprégner du rythme que l'ensemble des acteurs socio-économiques du Royaume souhaitent lui donner. Les résultats obtenus jusqu'à présent sont très largement en deçà des attentes, aussi bien des autorités que des acteurs économiques (entreprises et banques). C'est pour donner un nouveau souffle à la mise à niveau des entreprises nationales, plus particulièrement des PME/PMI qui constituent plus de 92 % du tissu industriel, que le Groupe Banques Populaires s'est engagé à relayer la politique de mise à niveau de l'entreprise et la relance de l'investissement en organisant 11 journées régionales à travers toutes les régions du Royaume et celle de Casablanca constitue la troisième étape. Introduisant les conférences de la journée, M Nourredine Omary, Président du Groupe Banques Populaires, a d'emblée souligné que "la mise à niveau de l'économie et la relance de l'investissement concernent particulièrement la région du Grand Casablanca et ce, en raison de sa position stratégique en tant que premier pôle économique au niveau national avec des parts de marché importants dans le PIB et le revenu national".
S'ouvrir sans souffrir
Suite à cette introduction, une convention de partenariat a été signée entre la Fondation Banque populaire pour la Création d'Entreprise et le Centre Régional d'Investissement de la Région de Casablanca. Cette convention porte sur le soutien que les deux partenaires pourront apporter aux créateurs d'entreprises. Dans ce cadre, signalons que les deux parties ont animé, au profit des jeunes promoteurs, un atelier dédié à l'assistance à la création d'entreprises.
Introduisant les conférences programmées lors de la journée, le Pr Driss Ben Ali, modérateur de la rencontre, a insisté sur la nécessité que "le Maroc ne rate pas le train de la mondialisation dont les enjeux sont immenses". Pour lui, il faut "s'ouvrir sans souffrir". Pour y arriver, la mise à niveau est essentielle. seulement, fait-il remarquer, "la mise à niveau ne signifie pas seulement la restructuration du système productif, elle implique aussi celle des mentalités". En plus, "la faiblesse du capital humain constitue un handicap majeur qu'il faut résoudre le plus tôt possible", poursuit M. Ben Ali. Allant dans le même ordre, M. Jamal Eddine El Jamali, Directeur de la Production Industrielle, insiste sur le fait que "l'ouverture est un stimulant pour le développement industriel du Maroc". Outre l'accès libre à des marchés plus importants, le Maroc pourra attirer plus d'investissements et diversifier ses sources d'approvisionnement en biens d'équipements et en intrants à des coûts plus bas contribuant ainsi à l'amélioration de sa compétitivité.
Suite à ces introductions, les conférenciers ont exposé les potentialités de la région Grand Casablanca. Moad Jamaï, le Président du CRI de Casablanca est revenu sur les spécificités de cette région qui s'accapare de 38% des unités industrielles du pays, de 418 % des investissements, de 46 % des emplois d'entreprises, 45 % du PIB du Royaume, etc. Par ailleurs, il a souligné que son centre recense actuellement plus de 3 400 projets d'intentions de création d'entreprises. Seulement, selon le Président du CRI, "l'acte de créer une entreprise est devenu banal et le plus important c'est la survie de l'entreprise". Partant, son département, en partenariat avec d'autres opérateurs économiques, essaye d'accompagner les entreprises créées pour assurer leur survie en leurs apportant les conseils et les soutiens nécessaires.
Concernant les opportunités sectorielles de la Région, les potentialités qu'offrent le Tourisme, l'Habitat, le Textile et les NTI ont été présentées à l'assistance. Au niveau du Tourisme, M. Chérif Othman Alami, du CRT de Casablanca, a mis l'accent sur la "Vision 2012" dont l'objectif est de "faire de Casablanca une métropole d'envergure internationale", fait remarquer M. Othman Alami. Parmi les objectifs fixés figure l'accueil d'un million de touristes contre 350 000 en 2002. Seulement, pour accueillir ce million, il faudrait accroître de manière sensible les capacités d'accueil en faisant passer le nombre de chambres de 4 100 en 2002 à 10 000 chambres en 2012. Cela a un coût. Les projets d'investissements touristiques de la Région prévus dans le cadre de la "Vision 2012" sont estimés à 20 milliards de dirhams. Le privé est appelé à y contribuer à hauteur de 12,5 milliards de dirhams, le reste devant revenir à l'État, aux Offices publics et à la ville. Parmi les grands chantiers programmés, on peut citer: la Marina de Casablanca, un Centre d'exposition et de congrès, l'avenue Royale, l'aménagement de la corniche "Costa Baïda", un aquarium, un musée d'arts, etc.
Dépasser les stéréotypés
Au niveau de l'Habitat, M.My Chérif Tahiri Alaoui du ministère de l'Habitat et Urbanisme est revenu sur la nouvelle politique en matière d'habitat social. M. Alaoui a insisté sur l'objectif fondamental d'enrayer l'habitat insalubre à travers la politique de construction de logements sociaux. Tout en saluant les résultats obtenus dans ce domaine, le représentant du ministère n'a pas manqué de souligner deux obstacles majeurs: la faible implication du système bancaire dans le financement du logement social et la complexité du système fiscal (pléthore de taxes et impôts). Pour résorber l'important déficit en logements, "l'État doit passer du rôle de producteur direct à celui d'encadrement et d'orientation du secteur et instaurer un climat de confiance avec les entreprises", fait remarquer M. Alaoui. C'est dans ce sens que vont les nouvelles lois mises en place par le Gouvernement au cours de ces dernières années.
Concernant le secteur Textile, M. Salah Eddine Mezzouar, Président de l'Amith, a précisé que "la mondialisation est porteuse d'angoisse pour les pays dont les industries ont été couvées par des protections douanières". C'est le cas du Maroc dont la globalisation fait peser des menaces sur l'industrie textile avec notamment la montée de certains pays asiatiques dont les coûts de production sont 3 à 4 fois moins chers que le Maroc. Ceci explique en partie que malgré son poids au sein de l'économie nationale - 2000 unités, un chiffre d'affaires de 35 milliards de dirhams dont 28 milliards en export-, le secteur textile-habillement marocain ne contrôle que 1% du marché mondial. Pourtant, souligne M. Mezzouar, "le secteur a accès à un marché de plus d'un milliard de consommateurs potentiels (Union européenne, USA, Pays arabes)". Pour se faire une place au soleil dans ce troisième marché mondial par sa taille (353 milliards de dollars en 2002), il n'y a pas de secret selon le Président de l'Amith. Moderniser l'outil de production existant, développer des intégrations ciblées, se mettre en conformité sociale, accélérer l'évolution vers la co-traitance, développer des plates-formes et le regroupement en consortiums d'exportation et le développement de la culture de création sont autant d'axes stratégiques à même de donner une nouvelle impulsion à ce secteur stratégique. Seulement, le secteur ne peut faire face seul à ces défis. Dépassant la langue de bois, M. Mezzouar pointe les banquiers du doigt en les exhortant "à dépasser les stéréotypes réducteurs du genre: secteur en crise, non viable et donc condamné".
Chiens de faïence
Pour ce qui est du secteur des nouvelles technologies de l'information (NTI) M. Bachir Rachid de l'APEBI a mis l'accent sur la nécessité pour l'économie marocaine, avec l'arrivée à maturité de certains secteurs d'activité, "de viser des relais de croissance soutenus à travers de nouveaux secteurs à fort potentiel tels le tourisme, l'environnement et les NTI". Et pour cause, poursuit-il, "selon les estimations, l'économie du savoir représentera environ 70 % des échanges mondiaux en 2025". c'est dire l'importance de se positionner à temps et ce d'autant que le Maroc bénéficie d'indéniables atouts qui font que beaucoup de multinationales l'ont choisi, soit comme hub régional, et c'est le cas de Microsoft, Oracle, IBM, HP..., soit comme plate-forme de délocalisation et de développement de logiciel: STMicroelectronique, Alcatel, Ubisoft, télé-services, etc. A côté de ces filiales de multinationales, il y a eu le développement de groupes marocains, structurés capables d'innover et d'exporter leur savoir-faire. C'est le cas notamment du secteur de la monétique avec S2M, M2M et HPS. Pour M. Bachir Rachid, l'APEBI, qui regroupe 120 sociétés qui engrangent plus de 80 % de la valeur ajoutée du secteur, compte jouer un rôle beaucoup plus important en matière de développement socio-économique du pays comme le montrent les objectifs qu'elle s'est fixée dans le cadre du "Contrat programme 2008". L'objectif visé est de faire passer le chiffre d'affaires de 325 millions de dollars en 1999 à 3062 millions de dollars en 2008, les exportations de 35 millions de dollars à 1028 millions de dollars et les emplois directs de 9 000 à 103 000 employés. Pour y arriver, et M. Rachid juge que c'est possible, il faut, entre autres, développer les ressources humaines, mettre en place des infrastructures adéquates, améliorer l'environnement réglementaire et juridique pour favoriser l'investissement, promouvoir l'image du Maroc, etc.
Outre les potentialités et les opportunités sectorielles de la Région, un accent particulier a été accordé au processus de la mise à niveau des entreprises. Mme Chihabi de l'ANPME a insisté sur le fait que la mise à niveau est un processus incontournable, permanent et qu'il doit toucher "toutes les fonctions de l'entreprise: management, ressources humaines, chaîne de production de valeurs, etc". Pour le financement de mise à niveau, le Groupe Banque Populaires met à la disposition des entreprises une large gamme de lignes de crédits Banques populaires dont: Chaabi Fortex, Chaabi renovotel, Foman, Chaabi certification et des lignes de financement étrangères (Fodep, Ligne Awex, etc). En plus, des institutions comme Dar Ad-damane et la caisse Centrale de Garantie apportent des garanties institutionnelles. Reste que, malgré les coûts bas de financement et les garanties institutionnelles, le recours des entreprises au financement de mise à niveau demeure trop faible, voire insignifiant. La frilosité des entreprises, le souci des banquiers de ne financer que les entreprises "viables", les exigences en termes de garantie, les nouvelles règles prudentielles imposées par Bank Al-Maghrib aux banques en matière de provisionnement des créances en souffrance les poussant "à gérer l'avant-contentieux", selon M. Omary... sont autant de facteurs qui contribuent à ce qu'entreprises et banques continuent à se regarder en chiens de faïence alors que les années passent et que 2012 s'approche à grand pas. Partant, l'invitation faite par le PDG du Groupe Banques Populaires aux différentes fédérations d'entreprises pour des débats francs prend toute son importance.
Moussa Diop