"2003 a été une année exceptionnelle pour le secteur cimentier marocain", a d'emblée laissé entendre M. Mohammed Chaïbi, PDG du groupe Ciments du Maroc. Toutes les conditions se sont liguées pour que les résultats des entreprises du secteur cimentier soient bons. En plus d'une conjoncture économique globalement favorable marquée par une consolidation de la reprise économique avec un PIB en hausse de 5,5 % en 2003, la forte croissance du marché du bâtiment et travaux publics tirée par les travaux d'infrastructures (stades, autoroutes...) et logements sociaux, etc, la campagne agricole favorable, les baisses de la TIC et des droits de douanes pour le secteur et la hausse de la consommation ont été bénéfiques pour le secteur. En plus, pour Ciments du Maroc, l'exercice 2003 a bénéficié du versement des premiers dividendes de sa filiale Indusaha localisée à Laayoune et de la baisse des amortissements de l'usine de Safi. Ce faisant, ce sont tous les clignotants du second cimentier du Royaume qui se sont bien orientés. A commencer par le chiffre d'affaires qui s'est apprécié de 11 % à 1 875 MDH sous l'effet notamment d'une hausse des ventes de ciments supérieure à la moyenne du marché. Mieux, le résultat d'exploitation s'est apprécié de +32 % à 827 MDH suite à une maîtrise plus importante des charges et coûts de production. Les produits financiers ont progressé de 58 MDH sous l'effet notamment des premiers dividendes provenant de la filiale Indusaha. Ainsi, et après une dotation pour investissements industriels de 100 MDH pour une reprise de provision de seulement 15 MDH, le résultat net de Ciments du Maroc a progressé de 35,9 % pour s'établir à 556 MDH. Ce bon résultat s'est traduit par une amélioration des indicateurs de rentabilité d'exploitation de Ciments du Maroc. Ainsi, les ratios excédent le brut d'exploitation/chiffre d'affaires et le résultat d'exploitation/ chiffre d'affaires se sont établis respectivement à 52,7 % (contre 20,1 % en 2002) et 44,1 % (contre 37,1 % en 2002). La hausse des bénéfices a poussé le conseil d'administration a proposer à l'assemblée générale la distribution d'un dividende de 31 dirhams par action, correspondant à un rendement de dividende de 2,82% (cours de clôture de l'exercice 2003).
Les bons résultats se sont traduits par une amélioration de la trésorerie de Ciments du Maroc qui a atteint 814 MDH à fin décembre 2003 et une nette consolidation des fonds propres qui se sont stabilisés à la même date à 2 146 MDH.
Les résultats consolidés font ressortir un chiffre d'affaires de 2 276 MDH en hausse de +12,7%, un résultat d'exploitation de 908 MDH en progression de +29,5 % et un résultat net de 587 MDH, en amélioration de +25,5%.
Extension des capacités
A côté du ciment, l'activité matériaux (Bétomar) poursuit son développement avec la montée en puissance des nouvelles centrales de Marrakech, El Jadida et Berrechid. Les ventes de béton prêt à l'emploi (BPE) en volume ont progressé de 25 % en 2003. Bétomar a consolidé sa position de leader du marché et les dirigeants du cimentier affirment détenir 35 % des parts de marché du béton prêt à l'emploi au niveau national et 45 % des parts au niveau du marché de Casablanca. Pour consolider davantage ses positions au niveau de ce créneau, Bétomar vient d'ouvrir 4 nouvelles centrales: Bir Jdid, Sidi Mâarouf, Settat et Marrakech. Concernant l'activité granulat, les ventes des deux carrières de Benslimane et Oued Souss ont progressé de +9,3 %. Quant à la nouvelle carrière granulats de Oulad Abdou située au sud de Casablanca, d'une capacité d'un million de tonnes, elle a démarré fin 2003.
Notons également le lancement en 2003 par Ciments du Maroc des activités adjuvants qui sont logées dans Axim Maroc. Cette dernière commercialise actuellement une gamme de 17 produits et couvre la totalité des besoins en adjuvants du Groupe. Ces produits sont présents sur plusieurs grands chantiers d'infrastructure du pays.
Pour l'avenir, le management de Ciments du Maroc reste confiant. Le programme de construction de logements sociaux, le souhait du gouvernement de combler certains déficits en infrastructures et le potentiel de croissance de la consommation du ciment par habitant -270 kg/habitant contre 400-500 pour des pays similaires-, devraient tirer vers le haut le secteur cimentier durant les années à venir. Face à cette situation, Ciments du Maroc compte accroître ses capacités de production. Ainsi, la capacité de production de l'unité de Safi sera accrue de 30 % (+200 000 tonnes/an) par la mise en place d'une pré-calcination. Un investissement de 7 millions d'euros est programmé pour cette unité qui verra aussi la mise en service d'une installation d'incorporation de pneus déchiquetés. De même, l'augmentation de capacité de production de ciments de l'unité d'Agadir est en cours d'étude. Ciments du Maroc envisage d'accroître la capacité de l'usine de plus de 1 million de tonnes en 2005. Une fois l'étude approuvée, un investissement de 70 millions d'euros sera programmé pour cette extension.
A côté des extensions des capacités existantes, l'année 2004 sera marquée également par la mise en place de 3 nouvelles centrales de béton prêt à l’emploi pour accentuer la présence de Bétomar sur les chantiers d'infrastructures.
Toujours en matière d'investissement, Ciments du Maroc a obtenu l'autorisation de l'Office des Changes pour investir en Égypte. Selon M. Chaïbi, les discussions sont en cours avec les autorités égyptiennes pour la concrétisation de cette opération qui pourrait se traduire par un accompagnement de la maison mère de Ciments du Maroc, Italcementi, pour le contrôle du cimentier égyptien Suez Ciments dont le capital est détenu à hauteur de 34 % par le groupe Italcementi. Ciments du Maroc pourrait consacrer 60 millions d'euros pour cet investissement.
Sur un autre registre, et afin de faire face à la hausse des cours du coke de pétrole et du fret maritime sous l'effet d'une demande mondiale forte tirée par la Chine, qui accroissent fortement ses charges, Ciments du Maroc n'exclut pas d'investir dans une centrale thermique (gaz) ou électrique pour diminuer ses coûts de production.
Enfin, notons qu'à côté de l'amélioration de ces résultats, Ciments du Maroc continue à accorder une attention particulière à l'environnement. Ainsi, outre la mise en place des filtres à manches à Agadir, toutes les unités du groupe (Safi, Marrakech et Agadir) sont certifiées ISO 14 001. Le cimentier a également mis en place une usine de dessalement eau de mer à Agadir à un coût très favorable.
Moussa Diop