Il s’agit certainement d’une mise à niveau de la banque à la veille de sa fusion avec la BCM, laquelle, d’ailleurs, a mené une sévère politique d’assainissement de son propre portefeuille clients et de prise en compte du risque total, par la constitution d’une dotation nette aux provisions pour risques de 1,108 milliard de dirhams en 2002 et de 814 millions de dirhams en 2003.
De la même manière, c’est la dotation nette de reprises de provisions de 991 millions de dirhams constituée par Wafabank à la fin 2003, qui a fait basculer le résultat de cette banque dans le rouge. La preuve en est que les fondamentaux de la banque sont plus que corrects avec des dépôts clientèle en croissance de 6,4 % et des crédits à la clientèle en progression de 5,8 %. De même que le produit net bancaire de Wafabank, qui traduit en fait son premier résultat, s’établit à 1,673 milliard de dirhams, soit une augmentation de 1,5 % dans une conjoncture de resserrement des marges d’intérêt du secteur. Le résultat brut d’exploitation, quant à lui, recule de 22 % à 610,2 millions de dirhams, pâtissant d’une augmentation des charges d’exploitation de 15 % due aux indemnités de départs récemment versées aux cadres en fin de carrière qui ont choisi cette option.
Des résultats pourtant corrects
C’est ainsi que compte non tenu de ces opérations exceptionnelles, le produit net bancaire aurait enregistré un accroissement de 4,3 % et la hausse des charges aurait été contenue à 4,4 %. Il faut donc bien noter que Wafabank a été volontairement mise à niveau par son nouveau management dans l’optique d’en rapprocher les normes de maîtrise du risque de celles pratiquées par la BCM. Il apparaît ainsi clairement que les nouveaux actionnaires ne sont pas dans l’optique de réaliser des résultats et de se distribuer des dividendes, mais dans celle de réaliser le projet de la création de ce champion national du secteur bancaire, initié en septembre dernier. On peut même considérer que l’opération de mise à niveau de Wafabank par le renforcement de ses provisions est interne à la nouvelle entitée puisque décidée par l’actuel actionnaire de référence, la BCM qui sera l’acquéreur de Wafabank après l’offre publique d’achat et/ou d’échange, toutes deux déjà initiées et qui seront lancées simultanément le 26 du mois d’avril prochain.
Les autres actionnaires actuels de Wafabank, tels Fininvest ( holding contrôlé par le Crédit Agricole Indosuez), Sogéfi, de la famille Lazrak, Sonapar et la CDG, ne peuvent qu’approuver la nécessité d’une telle démarche renonçant ainsi à leurs dividendes habituels. Quant aux petits porteurs, qui constituent quelque 26 % du capital de Wafabank, ils devront comprendre qu’ils retrouveront ce manque à gagner dans le prix de l’OPA s’ils choisissent de vendre leurs actions. C’est sans doute pour amortir le choc des mauvais résultats de Wafabank et prévenir des éventuelles réactions du marché ou des autres actionnaires et en particulier les petits porteurs, que le lancement de la double opération OPA/OPE sur Wafabank a été fait avant l’annonce du résultat négatif de la banque en question. En effet, à la Bourse de Casablanca, le cours de l’action Wafabank s’est bloqué au niveau de celui de l’OPA, soit à 825 dirhams, restant totalement insensible à l’annonce des soit-disant mauvais résultats de la banque. La publication de recevabilité du projet d’offre publique de BCM sur Wafabank faite par le CDVM le premier mars dernier, a donc permis aux analystes et aux actionnaires initiés de faire leurs comptes. Ils ont pu constater que le nouvel actionnaire de référence se plaçait, sur un plan stratégique, dans l’objectif du respect de son plan de concrétisation de la fusion et la création du nouvel ensemble. L’évaluation de la valeur Wafabank a donc certainement été faite sur la base d’un business plan où l’exercice 2003 était déjà déficitaire, en application de la nécessaire homogénéisation des deux entités avant leur intégration définitive.
D’autre part, l’acquéreur BCM a certainement voulu être généreux par anticipation en proposant un prix de 825 dirhams dans le cadre de l’OPA sur Wafabank, avec une décote de 15 % et de 844 dirhams dans le cadre de l’OPE, afin d’inciter les actionnaires à demeurer au capital de la nouvelle entité.
Le résultat négatif que vient de publier Wafabank n’aura donc été qu’un passage obligé de tout un processus. Celui avait commencé avec l’annonce de l’acquisition par la BCM de Wafa-Assurances et, de ce fait, de 36 % du capital de Wafabank. Il se terminera avec les résultats des OPE et OPA, vers la mi-mai prochain.
Afifa Dassouli