Après un résultat net 2002 de 27,6 MDH, les résultats de la BCM étaient très attendus par le marché. Le rapprochement avec la Wafabank pour donner naissance à la première banque du Royaume n'a fait qu'accentuer cette attente. En gros, on peut dire que la première banque privée n'a pas déçu. Tous les clignotants de la banque, en progression annuelle, sont au vert. Les ressources clientèles ont progressé de 12,3 % pour s'établir à 47,4 milliards de dirhams. Idem au niveau des créances clientèles qui ont progressé de 11,2 % à 29 milliards de dirhams. Ces évolutions ont permis à la banque de renforcer ses parts de marché qui gagnent 0,53 point dans les ressources à 17,54 % et 1,4 % dans les créances sur clientèle à 17,84 %. Le produit net bancaire (Pnb) s'est légèrement apprécié de 1,8 % à 2,47 milliards de dirhams. Cette faible croissance est le fait notamment d'une marge d'intérêt en retrait de -0,87% à 2,042 milliards de dirhams.
Thérapie de choc
Le fait de classer, dans le cadre de l'effort de provisionnement, des créances qui ne produisent plus d'intérêt explique la faible croissance du PNB. Sinon, la marge sur commission et les résultats des opérations de marché se sont appréciées respectivement de +13 % et +11%. Parallèlement, la politique de maîtrise des frais généraux de la banque continue à produire ses effets avec une légère progression de ceux-ci de l'ordre de 1,97 % à 825,1MDH. Cette maîtrise des charges a contribué à l'amélioration du résultat brut d'exploitation qui signe une hausse de +3,8 % à 1,442 milliard de dirhams. Ce résultat a permis à la banque de poursuivre sa politique rigoureuse de gestion du risque. Ainsi, pour l'exercice 2003, la dotation nette aux provisions pour risque a été de 814 MDH. Les reprises de provisions, en tenant compte de celle ayant supporté l'impôt, se sont établies à 486 MDH. Au final, tout en poursuivant son effort de provisionnement, la BCM a pu réaliser un résultat net 2003 de 429,3 MDH, contre 27,6 MDH en 2002. Fort de ce résultat, un dividende de 27 dirhams par action pour une année de jouissance est proposé aux actionnaires de la BCM.
Cette présentation a été également l'occasion de commenter les réalisations de Wafabank. A l'image de la BCM en 2002, une thérapie de choc a été adoptée dans le but "de mettre Wafabank aux standards de la profession par la mise à niveau du bilan", fait remarquer le PDG de la BCM. Cette thérapie s'est traduite par une dotation nette de reprise aux provisions de 991 MDH. Conséquence, le résultat net de Wafabank, en dépit d'une hausse du Pnb de 4,3 % (hors opérations exceptionnelles) s'est traduite par une perte de 398,8 MDH. Malgré cette perte, la situation financière de Wafabank demeure solide avec des fonds propres qui ressortent à 3,1 milliards de dirhams. Suite à cet effort de provisionnement, le taux de couverture des créances en souffrance de la banque est passé de 68,7 % à 75,7 %, se conformant davantage aux règles de provisionnement édictées par Bank Al-Maghrib.
Intégrer puis optimiser
L'autre volet de la présentation des résultats, actualité oblige, a concerné le rapprochement entre la BCM et Wafabank devant donner naissance au premier groupe bancaire et financier marocain. Sur ce point, "intégrer puis optimiser" est la ligne adoptée par le management de la BCM. Un calendrier opérationnel de la fusion a été établi. Dans ce cadre, il faut rappeler que le Conseil d'administration de la BCM a décidé de soumettre à l'Assemblée générale extraordinaire de la banque une offre publique d'échange (OPE), en raison de 7 actions BCM offertes pour 8 actions Wafabank présentées, et/ou une offre publique d'achat (OPA), au prix de 825 dirhams par action Wafabank. Cette OPE/OPA porte sur les 100% des titres Wafabank non détenus par la BCM. Selon M.Oudghiri, environ "75 % des institutionnels actionnaires de Wafabank ont montré leur intérêt à s'associer au projet de création du Champion national de la banque et de la finance, et opteront en conséquence pour l'OPE". Pour les autres, dont les OPCVM, l'OPA, avec une prime de 25,6% sur la base d'une période significative avant la date de l'annonce du rapprochement, constituera une porte de sortie. Quant au sort de la participation de Fininvest (holding contrôlé par Crédit Agricole Indosuez) qui contrôle 14,70% de Wafabank, les discussions entre la BCM et la banque française n'ont pas abouti à une position tranchée. En optant pour l'OPE, cette dernière verrait sa participation fortement diluée dans le nouvel ensemble et sans impact stratégique, à moins qu'elle ne souhaite attendre la formation du nouvel ensemble pour monnayer davantage sa sortie. Une fois la fusion accomplie, la nouvelle entité, en fonction des résultats de l'OPE/OPA, devrait peser environ 9 milliards de fonds propres et compter 5 000 collaborateurs. Un poids qui lui permettra d'encourager l'investissement, de stimuler la bancarisation du pays et de contribuer au développement des PME. Concernant l'acquisition de Wafa Assurance, M. Oudghiri souligne, sans donner plus de détails, "qu'un travail important est à faire au niveau de la bancassurance, un créneau qui enregistre un développement intéressant".
Moussa Diop