C'est ainsi que cette levée, qui était de 305 millions de dirhams seulement lors de la première intervention de la banque le 26 septembre 2003, est passée à 1980,60 Mdh en octobre, à 3551 Mdh en novembre et à 3493 en décembre 2003. Il faut rappeler que les banques qui avaient la possibilité de placer leurs avoirs quotidiennement au taux de 2,5 %, ont pu avec la nouvelle formule introduite par BAM, soumissionner à des appels d'offres et bénéficier pour tout placement hebdomadaire de taux variant entre 2,75 % et 3 %. Ainsi, comme on peut le remarquer, ces ponctions portent sur des montants importants, qui sont perdus pour le financement de l'économie marocaine.
Car, ce qu'il faut savoir, c'est que la Banque Centrale ne fait aucun emploi de ces liquidités et que leur neutralisation par une politique monétaire dynamique consiste tout simplement en un jeu d'écritures qui ramène la situation du marché monétaire à la normale et préserve ainsi un certain niveau du taux d'intérêt au jour le jour, conformément au taux directeur fixé par BAM et qui s’établit à 2,5 %.
Cette même politique monétaire de la banque centrale aurait pu être incitative pour la croissance économique si son taux directeur servait de base à la détermination des taux de crédits bancaires ou de tout autre financement de l'économie. Mais son rôle est tout de suite faussé par les anomalies du marché et tout particulièrement quand les besoins d'une économie sont inférieurs aux ressources de financement disponibles.
C'est malheureusement le cas au Maroc depuis 1999, date de la cession de la deuxième licence GSM. Ainsi, la politique monétaire, même re-dynamisée par M. Jouahri,, est neutre pour l'économie, tout comme la baisse du taux directeur n'a aucun impact sur l'investissement et la création de richesses. Bank Al-Maghrib, par sa politique monétaire, ne joue donc qu'un rôle régulateur, ni plus, ni moins.
Pour mieux comprendre le pourquoi et le comment d'une telle situation de sur-liquidité qui caractérise l'économie marocaine, il faut comparer la balance commerciale et celle des paiements. C'est ainsi que comme le montrent les indicateurs mensuels des échanges extérieurs publiés par l'Office de Changes pour le mois de décembre 2003, la balance commerciale du Maroc est déficitaire alors que celle des paiements est largement excédentaire. En effet, au terme de l'année 2003, les résultats des échanges extérieurs se caractérisent par une hausse des importations de 4%, conjuguée à un recul des exportations de 3,6 %, donc une aggravation du déficit commercial de 18,7 % et une baisse du taux de couverture des importations par les exportations de 66,2 % à 61,5 %. Par contre, au niveau des flux financiers, pour 2003, on constate, d'une part, une réelle progression des recettes MRE de 7,4 %, à 34 milliards de dirhams contre 31,7 milliards en 2002. Puis, la balance Voyages qui mesure en partie, l'équilibre entre les recettes et les dépenses du secteur touristique est également quelque peu excédentaire du fait de l'augmentation des recettes et des dépenses voyages respectivement de 26,5 % et 6,7 % . Et surtout, les investissements et prêts privés étrangers ont plus que triplé passant de 6,811 milliards de dirhams en 2002 à 21,8 milliards de dirhams pour 2003, du fait, essentiellement, de la cession par l'Etat d'une partie du capital de la Régie des Tabacs à Altadis.
Donc si la balance commerciale marocaine est déficitaire, celle des paiements est largement excédentaire et fait ressortir des avoirs extérieurs nets de Bank Al-Maghrib de 122,2 milliards de dirhams, en progression de 16,9 % et représentant 13 mois d'importations de marchandises. Et la preuve que cette situation est structurelle c'est qu'en 2002, ces mêmes avoirs extérieurs nets étaient déjà de 104, 5 milliards.
Cette situation, qui dure d'ailleurs depuis la privatisation de Maroc Télecom par Vivendi et la cession de la deuxième licence GSM au consortium dirigé par l’Espagnol Telefonica, se traduit par des excédents de liquidités sur le marché interbancaire ou monétaire qui ne sont à ce jour pas pas absorbés par les besoins de financement de l'économie. En effet, la relation entre la balance des paiements et les avoirs extérieurs, c'est que l'excédent de cette balance se traduit par un accroissement des réserves en devises. La contrepartie du stock de devises détenu par la banque centrale est entre les mains des agents économiques en dirhams et, par voie de conséquence, déversé dans le système bancaire sans pour autant être absorbé par la machine économique.
Nous sommes dans une situation relativement paradoxale qui fait que nous avons des ressources, sous forme interne ou d'avoirs extérieurs, mais il y a un problème d'emploi de ces ressources qui est posé.
Cette panne de l'économie marocaine doit trouver une explication dans le contexte économique et l'environnement de l'investissement. L'investissement a besoin de signaux positifs et puissants, au niveau du coût des facteurs, de l'environnement social, des incitations fiscales, etc. Le Maroc a, certes, fait beaucoup de progrès dans ce sens, mais certainement pas suffisamment pour entrer dans une phase active de croissance économique durable, seul moyen d'absorber utilement les excédents de liquidités et redonner à la politique monétaire un rôle incitatif pour la croissance économique. Car la politique économique d'incitations à l'investissement, à la création d'emplois et la croissance ne dépend pas de la Banque Centrale. Celle-ci se contente, d'ailleurs, dans le cas d'espèces de gérer de façon active ses 13 milliards de réserves de change et d'utiliser le produit de ses placements à l'extérieur pour assurer son activité ou encore sa restructuration, comme c'est le cas en ce moment.
Afifa Dassouli
Les nouvelles missions de Bank Al-Maghrib
M. Abdellatif Jouahri, Gouverneur de Bank Al-Maghrib, a ouvert un chantier d'importance, celui de doter le pays d'une banque centrale digne de ce nom, qui sera jugée sur les missions qui lui sont propres, c’est-à-dire la conduite de la politique monétaire et la garantie de la santé financière du secteur bancaire. La première de ces missions ayant pour objectif principal la maîtrise de l'inflation et la stabilité des prix, Bank Al-Maghrib se doit d'être plus réactive qu'auparavant et à l'écoute du marché de façon plus soutenue, notamment en ce qui concerne les fluctuations des taux d'intérêt. C'est donc, toute une stratégie qui est actuellement mise en place par la banque centrale qui définit les objectifs, les moyens budgétaires et humains à la fois pour le contrôle du système bancaire et la gestion de la politique monétaire.
L'indépendance des banques centrales s'inscrit dans le cadre d'une évolution internationale. Elle se traduit par le fait de donner juridiquement à la Banque Centrale les moyens de concevoir une politique monétaire et de la mettre en œuvre, de concevoir une politique de contrôle du système bancaire et de rendre ce contrôle effectif.
De même que dans les nouveaux statuts de BAM qui consacrent son indépendance, une des dispositions lui interdit d'accorder un concours financier au Trésor et à toute entreprise publique. Et cette clause sera désormais respectée par Bank Al-Maghrib.
Pourtant, le respect de cette clause devrait se faire progressivement. Au lieu d'autoriser le Trésor à recourir à la Banque Centrale à hauteur de 10 % de ses recettes budgétaires, comme c'est le cas actuellement, le projet de loi, vraisemblablement, ramènera cette possibilité à 5 % seulement. Par contre, les avances conventionnelles, matérialisées par une convention entre l'Etat et la Banque Centrale, elles, seront supprimées, purement et simplement.
Pour remplir ses nouvelles responsabilités et jouer son nouveau rôle d'indépendance, la banque centrale se dote donc d'un plan stratégique, ce qui représente une innovation par rapport au passé. Il définit les orientations stratégiques dans toutes les missions de la Banque, les décline en programmes d'actions avec des clés d'appréciation des résultats obtenus par le management. En effet, les moyens mis à la disposition des différents départements seront conditionnés par un contrat de résultats qui leur fera obligation de remplir les obligations qui auront été fixées par le Wali de BAM.
En fait, c'est une politique de restructuration interne qui est mise en train à Bank Al-Maghrib, dont l'objet est également de donner une plus grande visibilité du rôle de la banque centrale. Effectivement, cela suppose une réorganisation interne, des recrutements pour des compétences qui étaient absentes jusque-là, des formations plus pointues dans des métiers plus spécialisés, une motivation et une implication plus importantes du management, etc.
Il y a donc une nouvelle gouvernance au niveau de la Banque et chacun s'en aperçoit, y compris au niveau de la rétribution des cadres qui étaient largement défavorisés par rapport aux émoluments de leurs collègues du secteur privé.
AD