Le marché de la dette privée demeure jeune et en pleine croissance connaît-il une nouvelle vie? On est tenté de se poser la question au regard des émissions obligataires réalisées au cours des derniers mois ou programmées dans un avenir proche. L'encours des émissions obligataires privées s'est accru annuellement de 63,8 % durant la période 1997-2003. L'encours de financement obligataire rapporté à l'encours total de financement est passé de 4,6 % en 1997 à 12,5 % à fin 2003. Depuis janvier, le montant global des émissions obligataires a atteint 2 milliards de dirhams. Les sociétés de crédits à la consommation: Salaf et Salafin, l'ODEP, et la Lydec ont sollicité le financement du marché. Toutefois, vu que l'essentiel de ce montant est lié au processus de transfert des caisses internes de retraite de certains établissements, on est tenté de relativiser l'importance de la dynamique du marché de la dette privée. N'empêche, le fait que ces établissements aient choisi ce mode de financement montre clairement l'intérêt de cet instrument comme mode de financement alternatif ou complémentaire aux financements bancaires. En plus, la liste des entreprises faisant appel au marché de la dette privée va s'allonger dans les mois à venir. Déjà, l'ONEP, dans le cadre de sa politique d'optimisation du portefeuille de sa dette compte lancer, en mai prochain, un emprunt obligataire d'un montant de 500 MDH. Cet emprunt entrant dans le cadre d'un remboursement par anticipation de deux emprunts auprès de la Banque Africaine de Développement (BAD) vise à réduire le coût de l'endettement et d'atténuer le risque de change éventuel qui découle de ces dettes libellées en devises étrangères.
Il faut dire que ce marché offre d'indéniables avantages en matière de financement comparativement aux concours bancaires. L'avantage fondamental reste un coût de financement plus faible. Cela s'expliquant essentiellement par le fait qu'à l'opposé de la baisse continue des taux des Bons du Trésor depuis 1997, les taux bancaires ont connu une relative résistance à la baisse et ce en dépit des politiques de révision à la baisse des taux directeurs entreprise par Bank Al-Maghrib au cours de ces dernières années. Conséquence, à maturités comparables, et prenant exemple des émissions passées, on note, au niveau des taux, une différence comprise entre 80 et 150 points de base, en moyenne, entre le coût du marché de la dette et celui appliqué par le secteur bancaire. Pour certaines catégories d'entreprises, notamment les PME, cette différence peut être encore plus importante. De plus, ce mode de financement n'implique pas de garanties ou de contreparties commerciales de la part de l'émetteur contrairement au financement bancaire. En outre, la diversification des sources de financement permet aux entreprises d'améliorer leur capacité de négociation vis-à-vis des banques qui deviennent plus souples par la suite pour leur accorder des crédits. Par ailleurs, la diversité des maturités (2 an, 3 ans, 5 ans, etc) et la souplesse au niveau des taux (taux fixe, taux variable) constituent des atouts supplémentaires.
Quelques écueils
Les investisseurs (OPCVM, banques, compagnies d'assurances, holdings, etc) également trouvent leurs comptes dans le développement de ce marché. Ces émissions constituent pour eux des compléments aux adjudications du trésor, tout en étant mieux rémunérés que les Bons du Trésor. En plus, pour les compagnies d'assurance, les obligations cotées en Bourse sont prises en compte pour la couverture de leurs réserves techniques.
Partant de ces avantages, de la surliquidité actuelle du marché bancaire que les différentes interventions des autorités de tutelle n'épongent que de manière temporaire, et, de la détente des taux, on peut dire que le marché de la dette privée garde encore un fort potentiel de développement. La réduction de la taille critique des émissions de 50 MDH à 20 MDH permettra certainement de drainer plus de PME vers ce mode de financement. Le fait également qu'une émission obligataire soit validée même au cas où l'opération ne soit souscrite entièrement est également un pas vers la dynamisation du marché obligataire. Seulement, pour une plus grande dynamique du marché, quelques écueils doivent être dépassés. La simplification des délais et procédures pour l'émission d'un emprunt obligataire, l'amélioration de la transparence et de l'efficience de la formation des cours, la baisse des coûts des transactions jugées élevées par les professionnels, etc, sont autant de points à même de contribuer à la dynamisation de ce marché et donc au financement de l'économie nationale. En plus, un effort de vulgarisation du marché obligataire auprès du grand public demeure nécessaire pour sortir celui-ci du cercle très restreint des initiés du marché financier.
MD