C’est le cas d’AXA Assurance Maroc qui, au même titre que les autres filiales étrangères, (à l’exception de la britannique et de l’allemande), a contribué favorablement à l’excellent résultat du groupe en 2003, selon M. Henri de Castries, Président du Directoire du Groupe AXA.
En effet, l’an dernier le Groupe AXA a réalisé un bénéfice opérationnel de 2,03 milliards d’euros, en hausse de 21% et un bénéfice net part du groupe en croissance de 6 %, à 1 milliard d’euros, sachant qu’en assurance-vie et en dommages, AXA tire un peu plus de 70 % de son chiffre d’affaires et de ses résultats opérationnels de ses activités internationales.
Pure orthodoxie financière
Ce retour à la normale donc dans le secteur national des assurances, a été rendu possible d’une façon générale par les reprises de provisions constituées au cours des années de crise boursière. Il a aussi permis à AXA Maroc de procéder à un changement de stratégie financière pour un meilleur équilibre de son activité et de ses capitaux propres, qui s’est exprimé par la cession d’une partie de ses participations stratégiques. Concrètement, celle-ci a procédé à la cession d’1,6 milliard de dirhams de titres boursiers considérés jusque-là comme intouchables du fait de leur caractère particulier, pour prendre ses bénéfices sur certaines participations sur lesquelles elle était trop chargée, avant de procéder à la distribution d’une partie de cette sur-liquidité afin de ramener la couverture de ses engagements à la norme.
Car, avant le remaniement de son portefeuille de titres de participations, la compagnie était dotée d’une couverture équivalente à sept fois ses engagements alors que la norme internationale est de deux fois seulement. En procédant à ces récentes cessions, elle a donc fait tomber ce multiple à trois, tout en continuant à dégager une marge de solvabilité très confortable.
Cette nouvelle stratégie financière décidée par le management d’AXA, a été réalisée au moment opportun, à la fin de l’exercice comptable qui coïncide avec celle de l’année civile. En effet, grâce à un aller-retour sur le marché, il s’est agi d’abord d’actualiser les cours des actions détenues en portefeuille par la compagnie (et, sans doute, pas uniquement celles qui ont été cédées par AXA Maroc), afin de réaliser les reprises de provisions massivement constituées en 2001 et 2002 et rattraper les pertes antérieures. Parmi les valeurs choisies dans des quantités déterminées, il y avait tout particulièrement des ONA, BCM, Centrale Laitière et BMCI. Cela a donc permis à AXA Assurance Maroc de dégager plus d’1,6 milliard de dirhams en argent frais, qui représentent les excédents de ses fonds propres par rapport à ses engagements. Et tout à fait logiquement, AXA a décidé d’en distribuer une partie à ses actionnaires, ce qui revient à les partager avec le groupe ONA.
On pourrait cependant s’interroger sur ce choix d’AXA de se dessaisir d’une partie de ses participations stratégiques, sachant que généralement, les compagnies d’assurances ne les intègrent pas dans leur gestion active. Car, par définition, les participations stratégiques d’AXA devaient être préservées au titre même de son partenariat avec l’ONA.
Dans le secteur, c’est également le cas pour Al Wataniya et la RMA avec leur participation au capital de BMCE Bank, qui ne pourraient envisager de la céder.
En vendant donc 2 % du capital d’ONA, 5 % de la Centrale Laitière, 5 % de la BCM et 10 % de la BMCI, AXA a ainsi transgressé le tabou qui consistait à préserver son portefeuille d’actions stratégiques. D’ailleurs, le fait de céder en partie sa participation dans la BMCI à BNP Paribas, son partenaire historique en France, se comprend comme un service rendu, puisque cela a permis à cette dernière de renforcer sa position dans le capital de sa filiale marocaine. Alors que le groupe ONA en achetant les paquets d’ONA, BCM et Centrale Laitière, renforce une position déjà bien définie. Pourtant, chez AXA, on persiste à dire que la décision de déverrouiller les transactions sur les participations stratégiques a été prise par le comité des actionnaires en total accord entre les groupes AXA et ONA. Le choix d’abaisser le seuil des participations d’AXA Assurance Maroc dans ces valeurs serait donc délibéré. La preuve en est qu’AXA garde 6% du capital d’ONA, 3,5 % dans Centrale Laitière et 5 % dans BCM. De plus, en agissant ainsi, AXA a appliqué une gestion de pur assureur dans l’intérêt réel de ses assurés sur la base des critères de la diversification du risque, du rendement et des perspectives de ces valeurs. Du côté du Groupe ONA qui a engagé beaucoup de liquidités pour la reprise de ces gros paquets d’actions au moment où leur utilisation pourrait être programmée dans l’OPA de la BCM sur Wafabank, force est de constater qu’il les récupère du moins en partie voire même en totalité avec la distribution du superdividende annoncé par AXA.
Or, en distribuant un super dividende à ses actionnaires, c’est-à-dire aux groupes AXA et ONA, la compagnie diminue volontairement sa propre valeur tout en permettant à ses actionnaires de réduire leur engagement. En effet, sur le plan financier strict, cette opération se traduit par un début de repli des deux actionnaires d’AXA Assurance Maroc et tout particulièrement du groupe ONA. Et, dans l’éventualité d’une transaction future pour la cession de l’un à l’autre, rend l’opération moins onéreuse et donc plus facile…
Un partenariat ébranlé ?
On ne peut donc pas nier que l’enchaînement des événements ces derniers mois tend à démontrer que les relations entre les groupes ONA et AXA se délient. En effet, il y a eu, tout d’abord, la décision d’ONA d’acquérir Wafa Assurance par le truchement de la BCM, ce qui représentait une rupture du pacte d’actionnaires avec AXA, lequel pacte leur interdisait d’acquérir plus que 5% d’une autre compagnie d’assurance et montrait déjà que les relations entre les deux partenaires n’étaient plus au beau fixe. Puis, vint l’annonce publique par le PDG de la BCM, du transfert des opérations de bancassurance d’AXA Assurance Maroc à Wafa Assurance. Et, aujourd’hui, c’est le Groupe Axa qui marque son retrait relatif du capital des sociétés du groupe ONA, permettant par la même occasion au groupe ONA de se désengager partiellement.
Une affaire à suivre donc…
Afifa Dassouli