Le ministre des Finances et de la Privatisation, M.F. Oualalou, a présenté le 15 février 2004 le bilan économique et financier de l'année 2003. Outre l'évolution des grandeurs macro-économiques, ce fut également l'occasion de faire le point sur l'endettement public et le financement du Trésor au titre de l'année 2004. Il ressort de cette présentation que l'encours de la dette intérieure s'est apprécié de 10,5% à 211,6 milliards de dirhams. Quant aux besoins du Trésor à moyen et long termes à couvrir sur le marché des adjudications, les prévisions tablent sur 32 milliards de dirhams. Concernant les privatisations de la BCP et de Maroc Télécom prévues pour cette année, des introductions en Bourse pourraient être privilégiées.
Très attendue, la présentation du bilan économique et financier 2003 n'a pas dérogé à la règle. M. Oualalou a d'emblée mis l'accent sur les objectifs assignés au gouvernement en matière de consolidation des équilibres fondamentaux de l'économie. Sur ce point, les résultats macro-économiques préliminaires de l'année 2003 sont en phase avec les objectifs fixés. "Avec un taux de croissance de 5,5 %, une inflation limitée à 1,2 %, un compte courant de la balance des paiements excédentaires de l'équivalent de 3 % du PIB et un déficit budgétaire aux alentours de 3,5 % du PIB, il est légitime de considérer que notre pays dispose d'ores et déjà d'un cadre macro-économique sain susceptible de constituer un levier efficace pour la réalisation des objectifs précités", laisse entendre M. Oualalou. L'amélioration du niveau de l'épargne nationale sous l'effet notamment des transferts de Marocains résidant à l'étranger (MRE) qui ont atteint 34 milliards de dirhams en 2003 et des recettes touristiques qui ont plafonné à 29,3 milliards de dirhams sont également à saluer. De même, les investissements et prêts privés étrangers ont atteint 21,8 milliards de dirhams contre 6,8 milliards de dirhams en 2002. La privatisation de la Régie des Tabacs (14 100 MDH), la cession de la société des Brasseries du Maroc (700MDH) et l'apport de Telefonica dans le capital de Meditelecom (500 MDH) y ont beaucoup contribué. Parallèlement, les avoirs extérieurs net de Bank Al-Maghrib se sont appréciés pour s'établir à 14 milliards de dollars -niveau dépassant le montant de la dette extérieure du Royaume- soit l'équivalent de 10 mois d'importations de biens et services non facteurs.
A ce tableau globalement positif, il faut tout de même souligner l'évolution défavorable de la balance commerciale suite à une hausse des importations de l'ordre de 4% et un recul des exportations de 3,6 %. Seul bémol à ce niveau, la hausse des importations est imputable en partie à la nette progression des importations des biens d'équipements (+14,1%) et des demi-produits (+8,4 %) augurant de perspectives meilleures pour le tissu productif national. De même, le recul des exportations est le fait surtout d'éléments conjoncturels dont la chute des exportations des produits énergétiques de 65% (1,6 milliard de dirhams) suite à l'incendie de la Samir, la stagnation des exportations de l'OCP et le recul des exportations des produits de la pêche de 13,1 %.
Revenant sur les finances publiques, le ministre souligne que "la situation provisoire des charges et ressources du Trésor dégage un déficit budgétaire hors recettes de privatisation de près de 5 % du PIB, à comparer à 5,9 % prévus initialement au titre de la loi de finances". Mieux, en tenant compte des recettes tirées de la privatisation de la Régie des Tabacs, et dont 6milliards son allés gonfler les recettes du Trésor, le déficit budgétaire 2003 tombe à 3,5% du PIB.
Le Trésor a besoin de 2 Mds Dhs
L'autre volet de l'intervention du ministre a concerné le financement du Trésor au titre de l'année 2003. Selon M. Oualalou, "l'exécution de la loi de Finances 2003 s'est soldée par un déficit de près de 15,3 milliards de dirhams". Le déficit budgétaire et le flux net négatif au titre du financement extérieur ont nécessité un financement intérieur net de près de 26,2 milliards de dirhams, dont 24,4 milliards de flux de financement non bancaire. A fin décembre 2003, le stock de la dette du Trésor a atteint 290,4 milliards de dirhams. Le dette extérieure s'est établie à 78,8 milliards de dirhams, en baisse de 13,8 milliards par rapport au niveau de 2002 sous l'effet d'une gestion active de la dette. La baisse de la dette extérieure est fortement compensée par la hausse de la dette intérieure dont l'encours est passé de 191,5 à 211,6 milliards de dirhams, soit une appréciation de 10,5%, et l'équivalent de 20,1 milliards de dirhams. Selon M.Oualalou, "cette évolution est le résultat d'un accroissement de 27,2 milliards de l'encours des bons émis par adjudications et d'un flux net négatif de 7,1 milliards des autres instruments de la dette". En pourcentage du PIB, le ratio de la dette intérieure est passé de 48,2 % en 2002 à 49,7 % à fin 2003. L'encours de la dette intérieure a une durée de vie moyenne de 3 ans et 9 mois. L'encours de la dette émise par adjudication s'est élevé à fin décembre 2003 à 197,1 milliards de dirhams, en hausse de 27,2 milliards, représentant près de 93% du stock global de la dette intérieure contre seulement 24% à fin 1995. Rien qu'en 2003, les souscriptions brutes ont porté sur un volume global de l'ordre de 66,5 milliards de dirhams dont 54,9 milliards souscrits par les intermédiaires en valeurs du Trésor. Ces levées ont permis les règlements de la dette émise par adjudication à près de 39,3 milliards de dirhams, soit 72% du montant total des tombées de la dette intérieure en 2003.
Pour 2004, le Trésor continuera à privilégier le marché intérieur de la dette et plus particulièrement celui des adjudications pour faire face à ses besoins de financement. Ainsi, les besoins prévisionnels de financement à moyen et long terme du Trésor à couvrir sur le marché de la dette en 2004 devraient s'établir aux alentours de 32 milliards de dirhams. Cependant, fait remarquer M.Oualalou, "compte tenu des tombées en principal de la dette à moyen et long terme pour un montant d'environ 15,4 milliards de dirhams, le financement net devrait porter sur un montant approximatif de 16,4 milliards de dirhams".
Enfin, notons que les privatisations devront rapporter à l'État une manne de 12 milliards de dirhams au titre de l'année 2004. Les deux opérations majeures de l'année 2004 concerneront la cession d'une partie de Maroc Télécom et l'ouverture du capital de la BCP à hauteur de 21 %. Des introductions en Bourse ne sont pas exclues, et seront d'ailleurs privilégiées pour ces deux joyaux. Des introductions qui changeront certainement la physionomie du marché boursier casablancais en manque de papiers de qualité. Tout en affirmant que les négociations avec Vivendi Universal sont toujours en cours, M. Oualalou souligne que son département n'est pas acculé à privatiser ces deux grosses entreprises publiques à santé solide. La surliquidité du système bancaire et la détente des taux assurant une marge de manœuvre conséquente au Trésor. En plus, pour M. Oualalou, "la privatisation n'a pas pour vocation d'améliorer les recettes budgétaires". Pour lui, "les bonnes privatisations sont celles qui ont des effets structurants". En d'autres termes, celles qui sont suivies de projets industriels solides à même de créer des emplois et de générer de conséquentes recettes fiscales à l'État. C'est le cas de "Maroc Télécom qui rapporte actuellement plus à l'État".
Moussa Diop
Une dette extérieure en baisse continue
La tendance baissière du stock de la dette extérieure publique s'est poursuivie en 2003 avec un recul de 12 % passant de 142,3 milliards de dirhams (Mds Dhs) à fin 2002 à 125,7 Mds Dhs à fin décembre 2003. Conséquence, le taux d'endettement extérieur est passé de 35,8 % à 29,5 % du PIB entre 2002 et 2003. De même, le rapport stock de la dette extérieure publique aux recettes courantes de la balance de paiement est revenu de 81 % à 70 % durant la même période. La baisse de la dette extérieure est le fait combiné des flux nets négatifs d'endettement extérieur (tirages et amortissements) et de l'effet positif de la dépréciation du dollar américain par rapport au dirham.
La structure de la dette par débiteur montre une prédominance du Trésor, lequel s'accapare des 62,7% du total de la dette, suivi de l'ONE (9 %), la société ADM (4,1 %), la RAM (3,3 %), CNCA (3,2%), les ORMVAs (3 %), l'OCP (2,9 %), et autres établissements (2,5 %). Quant à la répartition du stock par groupe de créanciers, elle laisse apparaître une prédominance des créanciers bilatéraux qui représentent 41,2 % de l'encours total de la dette extérieure légèrement devant les institutions internationales (40,4 %) et les banques commerciales (18,4 %). La composition de la dette par devises s'est également améliorée avec le renforcement de l'euro d'environ 8 points au détriment du dollar américain pour atteindre 56 % de l'encours total. Cette nouvelle configuration de la dette par devise contribue à atténuer l'exposition au risque de change en limitant l'impact des fluctuations des différentes devises.
Les mesures de réforme du marché des valeurs du Trésor
Pour l'année 2004, pas moins de cinq mesures de reforme du marché des valeurs du trésor ont été proposées dans le but de renforcer le dynamisme, l'efficience, et la liquidité des marchés primaire et secondaire de la dette intérieure:
- la mise en place d'un système de télétransmission des soumissions aux adjudications qui permet au Trésor de diminuer de manière notable le délai entre la soumission et l'annonce des résultats de l'adjudication, de réduire le risque opérationnel et sécuriser l'échange d'information, et, d'améliorer davantage la transparence des séances d'adjudication;
- la modification de la date de règlement pour les bons à court terme pour la faire passer de j+6 à j+2. Cela permettra au Trésor de disposer d'une recette complémentaire pour faire face à des besoins de trésorerie infra-hebdomadaire et d'assurer ainsi une meilleure gestion de la trésorerie publique;
- la hausse du plafond des gisements des lignes à court terme de 2 à 2,5 milliards et des lignes à moyens et long termes de 3 à 3,5 milliards de dirhams;
- la définition d'une nouvelle méthode de valorisation des titres de créances détenues par les OPCVM. Une méthode qui sera basée sur l'utilisation d'une courbe des taux unique qui prendra en compte les taux pratiqués aussi bien sur le marché primaire des valeurs du trésor que secondaire;
- l'établissement d'une liaison téléphonique spécialisée entre le Trésor et Maroclear afin d'obtenir des informations relatives aux transactions quotidiennes réalisées sur les bons du Trésor. De même, le trésor développera une base de données ainsi que des applications informatiques pour le stockage et la production de statistiques.