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Maghrebail, une institution leader dans le secteur du leasing Entretien avec M. Mohamed Amine Bengeloun

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Publier le : January 29, 2004

La Nouvelle Tribune : Maghrebail que vous avez dirigée durant de longues années, est aujourd’hui une entreprise leader dans son secteur. Quel bilan dressez-vous de votre action au sein de cette entreprise de crédit-bail ?
Mohamed Amine Bengeloun :
L’histoire de Maghrebail se confond avec celle du crédit-bail au Maroc. En effet, lorsque Maghrebail a été fondée, en 1972, il n’y avait ni régime juridique, ni statut financier pour ce secteur d’activité et quelques balbutiements à peine au niveau fiscal. A l’époque, en présidant à la création de cette institution, j’avais compris que l’industrie marocaine naissante avait besoin d’un mode de financement approprié et que c’était là le rôle du crédit-bail, lequel avait déjà fait ses preuves dans plusieurs pays, développés ou en voie de développement. Maghrebail a été donc créée, à mon initiative, en association avec trois grandes banques marocaines, la BCM, le Crédit Populaire et la BMCE, trois compagnies d’assurances, la Royale Marocaine d’Assurance,  la MAMDA-MCMA, la Compagnie Africaine d’Assurance   et des investisseurs privés nationaux.
Son capital était important pour l’époque et s’établissait à dix millions de dirhams. Nous étions les seuls à ce moment  avec Maroc Leasing, fondée en 1966.  C'est véritablement la création de Maghrebail qui a permis de lancer l’activité de crédit-bail et de mener une démarche de  sensibilisation  auprès des pouvoirs publics afin d’en obtenir la reconnaissance et un statut spécifique.
Bien sûr, une telle reconnaissance est venue par étapes, mais dès 1973, le crédit-bail était reconnu comme moyen de financement dans le Code des Investissements, lequel code donnait également aux sociétés opérant dans ce secteur la possibilité de bénéficier de tous les avantages accordés aux investisseurs directs.
D’ailleurs, tous les codes des investissements ultérieurs ont repris et amplifié  l'usage de ce mode de financement, jusqu’à l’introduction par la Loi de Finances de 1992 du crédit-bail immobilier, pour lequel nous avons énormément travaillé, Maghrebail étant le premier opérateur du secteur à en  fournir les prestations.
Aujourd’hui, Maghrebail est devenue une institution parce qu’elle est cotée en bourse depuis 1997, a recours au marché pour son  refinancement  par les BSF, et occupe une place  prépondérante sur le marché. En outre, Maghrebail est arrimée à un groupe financier de premier ordre, celui de BMCE Bank et cette alliance est le fruit d’une évolution naturelle, similaire à celle qui s’est produite en Europe où le crédit-bail est allé en s’intégrant davantage aux banques, à tel point qu’il en est devenu un produit phare, proposé par les  réseaux bancaires à leurs clientèles. 
Parmi les actionnaires  d'origine de MAGHREBAIL, seuls demeurent aujourd’hui la BMCE et son groupe ainsi que la MAMDA-MCMA, tandis que le reliquat du capital, représentant un flottant de 20 %, est dans le public.
Nous avons d’ailleurs, parmi  les actionnaires personnes physiques, des investisseurs qui  depuis sa création accompagnent Maghrebail qui a toujours été une affaire " réussie ", puisqu’elle distribuait des dividendes dès son deuxième exercice. Et elle a continué à le faire, de manière ininterrompue jusqu’à ce jour,  offrant en outre une exellente rentabilité en terme de dividendes.
 
Quelles ont été les conditions de la réussite de Maghrebail dans un environnement devenu de plus en plus concurrentiel, du fait notamment de la multiplication des sociétés de leasing ?
Maghrebail a pu réussir grâce à sa structure interne, une forte direction générale et un encadrement mobilisés et dont la performance a été reconnue par le marché  et consacrée par la clientèle.  Maghrebail compte parmi sa clientèle de grands groupes nationaux et multinationaux, des PME et PMI, des entreprises individuelles et des membres des professions libérales. Maghrebail s’enorgueillit  de son encadrement qui allie expérience et jeunesse. De plus, la société a bénéficié de l’expérience du management, dont la mienne du fait de mes responsabilités antérieures au crédit-bail.
Et le parcours réussi de Maghrebail est, en quelque sorte, la matérialisation de cet engagement fort qui m’a lié à l’entreprise, mais aussi la volonté d’honorer la confiance que les divers investisseurs, institutionnels et personnes physiques, avaient  placée en moi et en mes collaborateurs. En outre, Maghrebail a compté dans son conseil d’administration des personnalités de premier plan qui ont marqué de leur empreinte l’économie nationale comme les regrettés Mohamed Laraki, M 'hamed Ben Jilali Bennani,  Haj Omar Benabdeljalil, Haj Omar Tissir,  Haj Abdeljalil Benamour. D’autres éminentes personnalités, comme Haj Abdelmajid Bengelloun, président-fondateur de la BMCE,  Othman Benjelloun, Abed Yacoubi Soussane, Abdelaziz Alami,  Abdellatif Laraki, Fouad Filali, Abdellatif Jouahri, et bien d’autres encore qui attestent de la qualité du "livre d’or" de Maghrebail.
 
Vous avez été fondateur et président de l’Association Professionnelle des Sociétés de Financement. Quelles sont les raisons et les causes à l’origine de la création de cette APSF ?
Lorsque le crédit-bail a commencé à se développer, avec l’accroissement du nombre d’opérateurs, nous avons ressenti le besoin d’une concertation professionnelle et il fut procédé à la création d’une association, Aprobail, "association professionnelle des sociétés de crédit-bail". Celle-ci représentait la profession auprès des pouvoirs publics et nous avons obtenu son adhésion également à Leaseurope en 1985. Lorsque la Loi bancaire de 1993 a été  promulguée, elle  englobait les sociétés de crédit-bail  comme établissements financiers soumis au contrôle des autorités monétaires (Bank Al-Maghrib), de même d’ailleurs que les sociétés de crédit à la consommation. La Loi énonçait  la nécessité pour  ces entités de  se regrouper dans une association qui les représente au sein des organes de concertation et de consultation mis en place par la tutelle, comme le Conseil National de la Monnaie et de l’Epargne ou le Comité des Etablissements de Crédit. Du fait de l’existence antérieure d’Aprobail, que je présidais, nous avons pris les devants et fédéré l’ensemble du secteur du financement  non bancaire  sous la houlette de l’APSF.
Celle-ci a largement contribué depuis à faire connaître les problèmes des sociétés membres et du secteur, de même qu’elle a joué et joue encore un rôle positif au sein du Comité des Etablissements de Crédit ou du CNME. Notre voix est écoutée et respectée. J’ai d’ailleurs eu l’honneur de présider  l'APSF durant deux mandats successifs, entre 1994 et 1997, avant de passer le flambeau au représentant des sociétés de crédit à la consommation, M. Abderrahmane Bennani-Smirès.
 
Comment, à travers votre expérience, établir un lien entre le développement du crédit-bail et l’évolution économique de notre pays?
Le crédit-bail a connu durant plusieurs années une croissance à deux chiffres, nettement supérieure à la croissance économique. Mais notre pays, malheureusement, ne dispose pas à ce jour de statistiques sur les investissements des entreprises du secteur concurrentiel.
Il semble qu'une étude  soit en cours par les pouvoirs publics pour la mise  en place  de cet outil statistique. Celui-ci établirait le volume et la nature des investissements par année.  En attendant, les investissements financés en leasing représentent 5% de la FBCF et environ 1.3% du PIB national.
 Par rapport à d’autres pays, le Maroc est classé en vingt-huitième position pour le financement par crédit-bail, avant le Chili, le Brésil ou la Turquie.
Il est clair, comme vous pouvez le constater, que le crédit-bail est un vecteur important d’investissement, qui finance l’industrie,  le BTP et les  services.
 
Mais le leasing est-il sensible à la crise économique ? Avez-vous senti l’impact de la conjoncture morose en 2002 et 2003 ?
Absolument. Nous avons connu la poursuite de la croissance du secteur, mais à un rythme plus lent. Le crédit-bail est véritablement un thermomètre de l’investissement dans un pays.
 
Quels sont les obstacles qui entravent le développement du secteur ou les avantages dont il bénéficie?
Nous avons aujourd’hui un régime juridique et fiscal ainsi qu’un statut financier qui sont enviables.
Ainsi le régime juridique du leasing est défini par le Code de Commerce. Devant les tribunaux, le contrat de crédit-bail est incontestable. De même, la Loi bancaire a évoqué le crédit-bail et lui a donné, officiellement, droit de cité  aux côtés du système bancaire.
Concernant la fiscalité, le leasing est très avantageux car il permet à l’entreprise  locataire de financer totalement son investissement, épargnant ainsi ses fonds propres pour les consacrer à d’autres actions. Les délais d’octroi sont très rapides et le bien donné en crédit-bail est en général constitutif de sa propre garantie. Le loyer est déductible et l’utilisateur a une option d’acquisition définitive du bien à une valeur  contractuelle définie à l'avance.
De plus, la TVA  sur les loyers est appliquée à un taux de 7 % contre 20 % auparavant, jusqu’en 1994.  Le crédit bail immobilier bénéficie de plusieurs avantages dont un amortissement rapide et des droits d'enregistrement symboliques.
 Le recours au marché des capitaux facilite amplement le refinancement  des sociétés de leasing à des coûts inférieurs à ce qu’ils étaient auparavant, permettant ainsi  de réduire le coût du crédit-bail pour l’utilisateur, renforçant par la même son attractivité et sa compétitivité par rapport aux autres formes de  financement.

Entretien réalisé par
Afifa Dassouli


Une carrière bien remplie au service de l’économie nationale

M. Mohmed Amine Bengeloun, qui vient de remettre son mandat de PDG au conseil d’administration de Maghrebail, a occupé pendant plus de trente années le poste de président de cette société de crédit-bail dont il fut le fondateur en 1972.
Né le 8 novembre 1930 à Manchester, en Angleterre, marié et père de trois enfants, M. Bengeloun fut le premier Marocain, après des études secondaires au Lycée Mixte de Fès, à intégrer l’École des Hautes Études Commerciales (HEC) de Paris dont il est diplômé au titre de la promotion 1957.
Après un stage au Département Économique du Quai D’orsay à Paris, il rejoint le tout nouveau ministère des AE à Rabat à la direction des Services Économiques avant d’occuper le poste de Directeur Commercial de Royal Air Maroc en 1959.
C’est en octobre 1960 qu’il est nommé Administrateur Directeur général de la BNDE, poste qu’il occupera jusqu’en 1965.
En août de cette année-là, il est chargé, en tant que Président de la Commission Nationale des Comptes, de préparer le projet de création de la Cour des Comptes.
En 1967, il rejoint le secteur privé et participe à la marocanisation de la Compagnie Marocaine de Crédit et de Banque dont il devient l’Administrateur Directeur général jusqu’en novembre 1971.
En 1972, il fonde Maghrebail, société spécialisée dans le financement locatif et en assume la présidence et la direction générale.
En 1994, il devient président de l’Association Professionnelle des Sociétés de Financement du Maroc, APSF, qu’il a portée sur les fonts baptismaux. En juin 2000, il est porté à la présidence de cette association et préside depuis plusieurs années l’Association Nationale des Sociétés Marocaines, ANMA, un organisme patronal consacré à l’étude des questions juridiques et fiscales de l’entreprise.



 

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