Sous l'effet d'une conjonction de facteurs globalement favorables: consolidation de la croissance économique, cours attrayant des titres cotés suite à plusieurs années de repli, conjoncture sectorielle très favorable notamment pour le Bâtiment & matériaux de construction, transparence accrue au niveau du marché, affaiblissement de la rentabilité des actifs monétaires, multiplication des opérations stratégiques, distribution intéressante de dividendes, etc. Si tous les secteurs ont contribué à la reprise du marché, il n'en demeure pas moins que certains se sont nettement mieux comportés que d'autres. Hormis les assurances dont la performance a un peu surpris le marché, pour le reste il n'y a pas de grandes surprises. Les secteurs Agro-alimentaires et le Bâtiment & Matériaux de construction ont confirmé tout l'intérêt que portent les investisseurs de plus en plus mûrs sur eux.
Agro-alimentaire & Boissons: le secteur confirme
Le secteur Agro-alimentaire a confirmé sa bonne santé. Après une performance sectorielle de 12,53 %, à 4 717,71 points, en 2002, l'indice sectoriel de l'Agro-alimentaire (Production) a bouclé l'année 2003 avec une performance de 68,03 %, à 7 923,92 points. Toutes les valeurs du secteur ont contribué à cette appréciation de l'indice. Centrale Laitière, qui a réalisé la meilleure performance annuelle 2003 de la Bourse de Casablanca avec une progression du cours de l'action de 112,15 % à 5 240 dirhams a beaucoup influé sur l'évolution de l'indice. Cosumar (69,53 %), LGMC (46,48 %), Lesieur (32,03 %) et Unimer (28,62 %) ont également tiré leur épingle de la situation. Du côté des Boissons, l'indice sectoriel a affiché une hausse annuelle de 24,01 % à 5 960,84 points. C'est Oulmès qui réalise la meilleure performance avec une progression de cours de 31,25 %, à 800 dirhams devant Brasseries du Maroc, 24,73 % à 1 135 dirhams. Ce secteur a enregistré durant l'année 2003 d'importantes opérations stratégiques dont les plus importantes ont concerné la cession de la participation de SNI dans la Société des Brasseries du Maroc (54,69 % du capital au prix de 1 073 dirhams l'action coupon détaché) ainsi que dans Branoma (12,77 % du capital à 741 dirhams l'action coupon détaché) au Groupe français Castel. Ce dernier a par la suite cédé la Société Centrale des Boissons Gazeuses au groupe espagnol Equatorial Coca-Cola Bottling Company pour plus de 73 millions de dollars. Ces opérations stratégiques ont eu un impact favorable sur les cours des titres concernés.
Prises globalement, les progressions des cours des valeurs cotées du secteur Agro-alimentaire se justifient par la solidité des fondamentaux et des perspectives de croissance et de rentabilité appréciables que les sociétés du secteur présentent, justifiant l'intérêt des investisseurs.
Bâtiment & Matériaux de construction: croissance en béton
Le secteur des Bâtiments & Matériaux de construction est incontestablement l'une des locomotives de la croissance économique nationale. Il consolide d'année en année ses performances. Selon la société de Bourse MSIN, "les bonnes performances du secteur sont le résultat d'une part d'une conjoncture globalement favorable notamment dans le secteur du BTP qui poursuit sa croissance grâce aux différents projets lancés dans le logement social et d'autre part de la consolidation des gains de productivité des usines traduite par une bonne maîtrise des charges".
La solidité de leurs fondamentaux, les perspectives de croissance du marché eu égard au faible niveau de consommation du ciment des ménages et les bons résultats semestriels 2003 des sociétés du secteur font que leurs titres font l'objet d'un intérêt particulier de la part des investisseurs justifiant les fortes progressions des cours des différents titres cotés du secteur. L'indice sectoriel a ainsi bondi de 49,34 % en 2003 à 6 901,44 points. A l'image de l'Agro-alimentaire, cette progression est à mettre sur le compte de toutes les sociétés du secteur, même si les titres Lafarge et Aluminium du Maroc s'en tirent mieux avec des progressions respectives de cours de 74,47 %, 1 989 dirhams, et 71,71 %, à 613 dirhams. Selon les analystes de BMCE Capital Bourse, "Lafarge Ciments devrait clôturer l'année 2003 sur un résultat net de 805 MDH lui permettant de dégager les meilleurs fondamentaux du secteur". Quant à la Sonasid, elle continue à tirer profit de son positionnement quasi monopolistique sur la branche des aciers longs. Le sidérurgiste qui investit dans la réalisation d'une aciérie électrique pour sécuriser ses approvisionnements en billettes à partir de 2005 dispose des fondamentaux solides et reste l'une des valeurs les plus attrayantes du marché. Selon BMCE Capital Bourse, "au cours de 775 dirhams, le titre Sonasid traite à des PER 2003 (E) et 2004 (E) respectives de 6,8x et 6,1x et offre un rendement de dividende de 8,4 %", ce qui en fait l'une valeur les plus attrayantes du marché.
Assurances: le secteur rassure
S'il y a bien un secteur qui a vraiment surpris plus d'un par ces performances, c'est certainement le secteur des Assurances. Après avoir chuté de -42,02 % en 2002, l'indice sectoriel de l'Assurance a réalisé une hausse de 83,36 % à 1 123,92 points, soit la meilleure performance sectorielle de la place. Les bons résultats réalisés par le secteur au terme du premier semestre expliquent en partie l'évolution favorable des cours des sociétés cotées du secteur. Selon les analystes de M.S.IN, "cette performance (semestrielle) a été possible grâce notamment à la reprise du marché boursier qui a permis d'absorber en partie les pertes cumulées durant les dernières années et par là d'améliorer le taux de rendement des placements". C'est le titre Marocaine Vie qui signe la meilleure progression. L'action de la filiale de la Société Générale s'est envolée de 98,37 % à 244 dirhams. Cette hausse se justifiant essentiellement par les bons résultats du plan de restructuration de la société lancé par la maison mère. La publication d'un résultat net semestriel positif tiré essentiellement par les éléments exceptionnels et l'engagement du groupe Société Générale, qui déploie tous les moyens nécessaires au redressement de la compagnie, ont poussé nombre d'investisseurs a anticiper de bons résultats à moyens terme pour la compagnie qui a souffert au cours de ces dernières années. Pour Wafa Assurance, à l'amélioration des résultats semestriels est venu se greffer l'effet du rapprochement entre le groupe Wafa et la BCM, tirant la performance de l'action à 87,12 % à fin décembre. Le secteur présente un potentiel de développement indéniable du fait du faible taux de pénétration actuel de l'assurance, le développement de la bancassurance, etc.
Sociétés de Portefeuilles/ Holdings: fruit des restructurations
L'année 2003 a été celle des restructurations des deux principales holdings du Royaume ONA-SNI suite à la conclusion d'un accord entre le Groupe Siger/Ergis et le groupe ONA. Cette restructuration a été bien accueillie par le marché profitant aux deux titres. Ainsi, après avoir cédé 25,32 % en 2002, l'indice sectoriel des Sociétés de Portefeuilles-Holdings a signé une progression de 21,37 % à 3 779,19 points. Toutefois, ce niveau de performance reste inférieur à celui des indices MASI et MADEX. Cette performance moyenne est le fait notamment du titre ONA dont l'action a réalisé une hausse de 14,19 %, à 845 dirhams. Selon les analystes de Wafa Bourse, "cette performance jugée timide par rapport au marché pourrait être justifiée par l'amenuisement des marges d'exploitation du groupe ONA, affectées par la conjoncture difficile qui entrave le développement du secteur minier, la baisse des captures du secteur de la pêche, le rétrécissement des marges du secteur financier ou la montée en force de la concurrence dans la distribution automobile". Quant au titre SNI, il signe une progression de 35,32 % à 839 dirhams. Les investisseurs s'attendent à de bons résultats 2003. La SNI ayant enregistré de conséquentes plus-values sur la cession de la Société des Brasseries du Maroc au groupe Castel et la SCE à la société Holichem.
Banques: effet provisionnement
A l'image des Holdings, l'indice sectoriel des Banques a enregistré une performance inférieure à celle des indices du marché en signant une hausse de 23,16 % à 2 919,98 points. Les performances des différents titres bancaires sont comprises entre +6,4 % (BMCE) et 52,94 % (CIH). Cette dernière jouit des de l'effet des rumeurs spéculatives faisant état de son absorption par le groupe Banques Populaires dans le cadre d'un programme de restructuration que concocterait le Gouvernement. Ces rumeurs conjuguées aux effets positifs de la restructuration de la banque avaient porté le cours de l'action à 80 dirhams avant que les démentis ne ramènent la valeur de l'action à 52 dirhams à fin 2003. Pour les autres banques, seule la BCM a pu surperformer le marché avec une performance annuelle de 33,58 %. Outre ses fondamentaux solides et son ancrage au sein du groupe ONA, l'action BCM a tiré profit du rapprochement avec Wafabank qui donnerait naissance au premier groupe bancaire et financier du Royaume.
La faible progression des cours pourrait se justifier par le fait que les investisseurs s'attendent à des progressions timides des résultats des bancaires. En effet, les politiques de provisionnement soutenues adoptées par le secteur sur injonction de Bank Al-Maghrib pour faire face à la montée des créances en souffrance, la concurrence acharnée que se livrent les banques avec à la clé la baisse des marges, etc, sont autant de facteurs qui militent pour une croissance sectorielle globalement faible. Face à cette situation, le rapprochement de BCM-Wafabank pourrait conduire à une accélération du mouvement de concentration du secteur bancaire national.
Pétrole & Gaz: bonne progression
Le secteur Pétrole & Gaz, représenté au niveau de la cote par la Samir et Afriquia Gaz s'est bien comporté au niveau du marché. L'indice sectoriel s'est amélioré de 46,09 % à 4 823,39 points. Avec une performance de 46,91 % en 2003, le titre Samir efface une partie importante de ses pertes enregistrées au terme de l'exercice 2002 (-59,01 %). Pour rappel, suite à une conjonction de facteurs défavorables -baisse des résultats de 2001, le maintien de la politique de libéralisation du secteur des énergies, l'incendie d'une partie de la raffinerie de Mohammedia- avaient fait chuter l'action à 218,5 dirhams à fin 2002. Les fondamentaux de la société étant solides, les investisseurs avertis avaient fini par miser sur le rebond de la valeur. La valeur avait effacé la totalité de ces pertes en s'établissant à 410 dirhams avant qu'un nouvel incendie ne vienne stopper sa progression. La baisse du titre s'explique également par la baisse de la rentabilité attendue consécutive à la réduction du niveau d'activité aggravé par le fait que la reinstauration des droits de douane sur l'importation des produits pétroliers n'est toujours pas à l'ordre du jour. Au terme du premier semestre, le résultat net du raffineur a baissé de 74% par rapport à son niveau de juin 2002.
Mines: effet de la conjoncture internationale
Parmi les grands secteurs du marché, c'est celui qui a enregistré la plus faible progression. L'indice sectoriel s'est établi à 5 954,01 points en progression de 12,42 %. Le secteur a été affecté durant l'année 2003 par l'effet conjugué des replis des prix des principaux métaux de base sur le marché international et de la dégringolade du cours du dollar. Outre l'effet de la conjoncture internationale, la montée des coûts due à la baisse des teneurs et à la saturation des capacités de traitement actuelles continue à grever les performances des minières. Conséquence, Managem a vu son résultat au terme du premier semestre 2003 signer un repli de 95 % par rapport à la même période de l'année précédente.
Pour ce qui est des perspectives 2004, pas de grands chamboulements. Les Bâtiments & Matériaux de Construction, l'Agro-alimentaire et les Holdings devraient continuer à tirer le marché. Toutefois, selon les analystes de BMCE Capital Bourse, "la forte hausse des indicateurs boursiers enregistrée en 2003 pourrait compromettre le potentiel de développement escompté pour 2004". Ils ajoutent que "les niveaux relativement élevés de valorisation actuels peuvent, en effet, conduire à une correction technique de moyenne ampleur ou au mieux à une stagnation du marché".
Moussa Diop