Autorité de tutelle du secteur bancaire, le Wali de BAM a également souligné la nécessité "d’appliquer la loi, toute la loi et rien que la loi", réaffirmant ainsi la pertinence et l’importance de la politique prudentielle de la Banque Centrale. Ces deux postulats réaffirmés, M. Jouahri a souligné que la mondialisation n’était pas un phénomène que le Maroc pouvait ignorer ou minimiser ; le Royaume, membre de l’OMC, partenaire de l’Union Européenne, en cours de négociation de surcroît avec les Etats-Unis pour un accord de Libre Échange, devait, au contraire, en accepter et en respecter les règles.
Dans ce cadre et à partir d’un tel contexte, il est évident que le secteur financier a un rôle à jouer pour faciliter et concrétiser la libre circulation des biens et services. Or, devait affirmer le Wali de Bank Al-Maghrib, la force de frappe du système bancaire est relative, comme le prouve le montant total des fonds propres des banques marocaines qui atteint tout juste 3 milliards de dollars, ce qui équivaut à peine à la taille d’une banque européenne moyenne.
Nouveau statut, nouvelles missions, nouvelles contraintes
Un tel constat a pour conséquence la reconnaissance de la nécessité de la concentration du système bancaire national, ce que M. Jouahri a souligné, approuvant ainsi au passage le récent rapprochement entre la BCM et Wafabank et souhaitant que les besoins en fonds propres soient immédiatement comblés.
La concentration aurait donc pour objectif de rabaisser les points morts et d’améliorer les marges des banques qui, confrontées à une concurrence de plus en plus rude, se trouvent parfois dans l’obligation d’accorder à leurs plus gros clients des conditions de crédit susceptibles de mettre en péril leur santé financière. Le processus de concentration permettra ainsi de renforcer le système bancaire et de le préparer à l’adoption des normes internationales en matière prudentielle, organisationnelle et comptable.
L’ère de la facilité et du laxisme est bien révolue et le gouverneur de Bank Al-Maghrib a marqué la détermination de l’institution qu’il dirige à empêcher que des affaires comme celles du CIH, de la BNDE, voire de la CNCA, ne se reproduisent. D’ailleurs, la prochaine loi bancaire devrait instituer plusieurs garde-fous, notamment en interdisant à l’institut d’émission de siéger dans les conseils des banques soumises à son contrôle.
Avec cette nouvelle loi, BAM sera à même d’opérer la mise à niveau de son système de contrôle, afin qu’il soit plus efficace et préventif, à même de déceler les dysfonctionnements et les crises et d’y parer par anticipation. Par ailleurs, le projet de loi bancaire prévoit également un organisme de contrôle du système financier, ( banques, assurances, OPCVM, Bourse …) plus large où siègeront Bank Al-Maghrib, le ministère des Finances, mais aussi le Conseil déontologique des Valeurs mobilières et la Direction des Assurances et de la Prévoyance sociale pour l’accentuation du contrôle pluri-sectoriel.
Mais le nouveau statut de la Banque Centrale, qui renforce son indépendance, l’oblige également à exercer un contrôle renforcé sur le système dont il a la tutelle.
BAM est notamment invitée par le GAFI, (Groupement d’Action Financière Internationale), un organisme international qui surveille et recommande l’application de toutes les règles en matière de contrôle financier, à proposer et à œuvrer pour l’adoption d’une loi contre le blanchiment d’argent, sous peine de placer le Maroc sur la liste noire des pays qui ne respectent pas les prescriptions internationales en la matière.
Un plan de quatre ans
Bank Al Maghrib travaille donc à la mise en place d’une cellule d’information, mais aussi à la préparation des hommes et à la transmission de l’information sur les opérations et les clients suspects, dans l’objectif de mieux réguler et contrôler le système des paiements.
Le nouveau statut comporte aussi l’obligation pour la banque centrale de se soumettre à un commissariat aux comptes, de même qu’elle n’accordera plus de prêts au Trésor sous n’importe quelle forme, contrairement au passé où le Trésor bénéficiait du financement gratuit de BAM.
Les nouvelles orientations ici évoquées font partie intégrante d’un plan stratégique sur quatre ans, élaboré par la Banque centrale et dans lequel elle expose ses objectifs et ses moyens, ainsi que les procédures organisationnelles internes pour en favoriser la réalisation.
Dans ce même plan, BAM projette d’étudier les mécanismes de cotation du dirham, lequel est arrimé à l’euro,et suit la tendance à la hausse de la monnaie commune européenne, ce qui touche à la compétitivité du pays.
Si la libre convertibilité du dirham n’est pas d’actualité, une meilleure flexibilité du panier de devises qui en détermine la cotation, devient, selon M. Jouahri, une nécessité. En fait, les opérations courantes sont déjà convertibles depuis 1993, ainsi que les opérations de capital pour les non-résidents. Mais on ne saurait libéraliser pour les résidents sans s’assurer des rentrées de devises structurelles et permanentes. Or, les grandes sources de devises de notre pays ont plutôt été le résultat des privatisations qui sont des recettes exceptionnelles par nature ou encore le produit des rapatriements de nos compatriotes installés à l’étranger, et non le fruit des exportations de notre économie.
Une réelle libéralisation des changes ne saurait donc se concevoir et s’appliquer sans une croissance économique soutenue et pérenne, accompagnée d’une stratégie d’exportation claire et dynamique.
Et puisqu’il est question de clarté dans la démarche, on soulignera que la Banque Centrale est plus que jamais déterminée à remplir sa mission de régulateur en mettant en place les mécanismes et les outils pour éponger les excès de liquidité du marché monétaire, lesquels risquent d’engendrer une situation déflationniste préjudiciable à l’économie nationale. C’est dans cet esprit d’ailleurs que s’inscrit la récente introduction de la procédure d’appels d’offres hebdomadaires.