Puis, les OFS ont rejoint les rangs du secteur bancaire classique, en élargissant leurs activités à celles des banques commerciales privées au moment même où elles devenaient des banques universelles.
Enfin, le dernier volet de la restructuration des banques publiques s’est matérialisé par la privatisation qui, en cédant le capital au privé, leur a permis de se mettre à niveau pour affronter un secteur devenu de plus en plus concurrentiel. Ce fut le cas de la BMCE en 1995 alors que la BCP devrait connaître prochainement cette mutation.
Et si on se réfère à la loi sur la privatisation de 1989 selon laquelle seules les entreprises publiques profitables devaient être privatisées, on pourrait hâtivement conclure que ceux des établissements bancaires qui n’ont pas suivi un tel processus n’étaient pas rentables.
Le contre exemple
Assurément, les anciens OFS étaient à l’époque dans cette situation, mais ils ont depuis entamé des restructurations et un assainissement au niveau de leurs gestion et management. Le CIH et la CNCA sont de ceux-là qui consolident activement leur situation financière et devraient renouer avec des résultats positifs. Mais ce n’est malheureusement pas le cas de la BNDE qui n’arrive pas à sortir la tête hors de l’eau. Il faut rappeler pourtant que cette banque a lancé sa transformation en banque commerciale au début des années 90. Elle a également voulu élargir son réseau commercial en absorbant la BMAO et a continué son financement à l’extérieur sans la garantie de l’Etat. Cependant, la BNDE n’a pas pu assumer dans le même temps sa croissance externe et sa restructuration, mais aussi et surtout la transformation de son activité de banque d’affaires ou de prises de participations dans des PME en banque commerciale classique avec un réseau de collecte de dépôts.
Aujourd’hui, la BNDE et sa filiale, la BMAO, connaissent de sérieux problèmes financiers. Elles se trouvent toutes les deux en situation de sous capitalisation avec des pertes qui dépassent leurs capitaux propres. L’Etat, principal actionnaire de la BNDE, a commencé par chercher des solutions pour le maintien de l’activité de la banque, mais, compte tenu de l’ampleur du gouffre financier dans lequel cette banque et sa filiale sont tombés, a fini par conclure à la nécessité de sa liquidation.
C’est ainsi que la BMAO devrait être cédée à la CNCA qui veut élargir son réseau d’agences aux zones urbaines tandis que le reliquat de l’activité banque d’affaires de la BNDE devrait être récupéré par la CDG.
Liquidation ?
La BNDE va donc disparaître, mais elle essayera au préalable de vendre ses filiales, la BMAO bien sûr, mais aussi Limadet Ferry ou encore Maroc Leasing et Safa Bourse.
Elle devra également réunir le maximum de liquidités possibles pour éponger sa dette vis-à-vis de l’extérieur et pour ses émissions obligataires. Dans cet objectif, elle pourrait céder son portefeuille de crédits accordés à sa clientèle, lequel s’élève à la fin 2001 à 5,6 milliards de dirhams. À la même date, l’endettement de la BNDE se déclinait comme suit :
- Dettes envers les établissements de crédits : 2,9 milliards de dirhams dont une partie envers des banques étrangères,
- Dépôts des clients :
1,1 milliard de dirhams
- Enfin, titres de créances émis sous forme de TCN (titres de créances négociables) et émissions obligataires : 3,9 milliards de dirhams.
Un simple calcul arithmétique permet de conclure que ses engagements de crédits ne pourront pas couvrir à eux seuls ses dettes. Pourtant, l’objectif serait bien de liquider sans trop de perte et tant bien que mal la BNDE car la CDG ne serait intéressée que par sa " carcasse de banque d’affaires ", c’est-à-dire guide le reliquat de son portefeuille de participations alors qu’il est de notoriété publique qu’elle a vendu à outrance plusieurs " bijoux de famille " qu’elle possédait en actions cotées. La CDG serait également intéressée par l’expertise de la BNDE expertise en la matière.
Ainsi, la dernière phase de restructuration des banques publiques n’aura pas réussi à tout le monde… La BNDE en est un bel exemple !